De moins en moins de Montréalais se rendant à l’hôtel de ville pour assister aux conseils municipaux, Montréal pourrait bientôt permettre aux citoyens d’envoyer leurs questions par courriel sans y être présents. C’est l’une des recommandations d’un groupe d’élus chargé de moderniser les échanges entre élus et citoyens.

Mayssa Ferah
La Presse

La commission de la présidence présentera sous peu un rapport afin de modifier la période de questions du public. Depuis 1986, les élus sont tenus de répondre aux doléances des citoyens se présentant au conseil municipal, une période d’une heure leur étant réservée à chaque rencontre. Le règlement prévoit toutefois que les citoyens doivent être présents physiquement.

Avec ce plan, Cathy Wong, présidente du conseil municipal, veut réduire les efforts considérables des citoyens qui ont leur mot à dire. Pour le faire, ils doivent monopoliser une soirée entière, se déplacer ou encore chercher une gardienne pour leur enfant, sans assurance que leur question sera tirée au sort.

« On doit passer au XXIe siècle. En 2019, on ne devrait plus avoir à se déplacer physiquement pour poser une question à un élu. »

Cathy Wong, présidente du conseil municipal

À une époque où la transition écologique est importante, un habitant de Pierrefonds doit se rendre en voiture à l’hôtel de ville à l’heure de pointe pour venir s’adresser à un élu pendant une minute, déplore l’élue de l’arrondissement Ville-Marie.

« Un nombre de plus en plus restreint de citoyens se déplacent à l’hôtel de ville », constate Montréal. Pour augmenter la participation, les élus invités à réfléchir sur la question veulent rendre possibles la réception des questions à distance et l’inscription à la période de questions sur le web, le jour du conseil municipal.

Avant l’ère des courriels et des réseaux sociaux, se déplacer pour poser ses questions était la seule façon de faire valoir ses préoccupations aux élus. Mais la technologie a fait beaucoup de chemin depuis 1986 et le conseil municipal n’a pas suivi toutes les nouvelles technologies, affirme Aref Salem, membre du conseil à l’origine des recommandations et élu de l’arrondissement de Saint-Laurent. « Les questions à distance seraient traitées au même titre que celles des gens qui se déplacent », précise-t-il.

M. Salem dit ne pas avoir senti une baisse de présence ou d’engouement des citoyens aux conseils, mais « nous sommes conscients, dit-il, que beaucoup de gens tentent de concilier travail et famille, par exemple, et ne peuvent se déplacer ».

Mme Wong ne croit pas qu’il y ait une baisse de mobilisation citoyenne. Elle parle plutôt d’une migration de la participation vers les conseils d’arrondissement.

Rejoindre les jeunes

Cette revitalisation du système encouragerait les plus jeunes générations, habituées aux nouvelles technologies, à participer au débat démocratique municipal, pense M. Salem. « On veut entendre de nouvelles voix s’exprimer », indique l’élu.

« On constate que lorsqu’on est en ligne, on rejoint les plus jeunes générations, les parents de jeunes enfants, les personnes à mobilité réduite et les nouveaux arrivants », dit Cathy Wong.

Si les recommandations sont adoptées par le comité exécutif de la Ville de Montréal, 30 minutes seront consacrées à la lecture des questions envoyées par courriel et aux réponses transmises par webdiffusion. Les interrogations pourraient être envoyées d’une semaine à une heure et demie avant la séance.

Tous les partis s’entendent sur les impacts positifs de telles mesures, insiste M. Salem. « Je ne peux pas parler au nom du comité exécutif, mais le monde avance et cette question n’a pas été abordée depuis 1986. On doit intégrer les nouvelles technologies à la démocratie municipale », dit-il.