Le gouvernement fédéral n'est pas en mesure de préciser combien il est prêt à verser pour la reconstruction de Lac-Mégantic parce qu'on commence à peine à mesurer l'ampleur des dommages causés par le déraillement meurtrier, affirme la nouvelle ministre des Transports, Lisa Raitt.

Martin Croteau LA PRESSE

En entrevue à La Presse au lendemain de sa visite sur les lieux de la tragédie, Mme Raitt a affirmé que les dommages subis par la population locale risquent d'être plus importants qu'il n'y paraît pour le moment.

«Nous n'avons encore aucune idée du niveau d'aide [financière] qui sera nécessaire, a-t-elle indiqué. Par conséquent, si nous avancions un chiffre en ce moment, il serait sans doute insuffisant.»

La Sûreté du Québec, le Bureau de la sécurité des transports et Transports Canada scrutent toujours le centre-ville de Lac-Mégantic afin de dénombrer les victimes et d'établir les causes du déraillement du train de la société Montreal Maine & Atlantic Railway. Aux dommages matériels s'ajouteront les dommages économiques, prévoit Mme Raitt.

«Il y a plusieurs entreprises qui se trouvent dans les zones rouge et jaune et qui ne sont pas en exploitation présentement, note-t-elle. Et la question est de savoir si elles rouvriront, car plusieurs sont des entreprises saisonnières.»

À ceux qui lui reprochent de ne pas avoir chiffré les engagements fédéraux lors de sa visite dans la municipalité, la ministre réitère que son gouvernement soutiendra la population et sera présente pendant toute la durée du processus de reconstruction.

MMA va payer

L'Office des transports du Canada a ouvert un examen sur MMA afin d'établir si sa couverture d'assurance responsabilité est suffisante pour maintenir ses activités, malgré la crise. Le grand patron de l'entreprise, Edward Burkhardt, a reconnu la semaine dernière que les limites de sa couverture seraient «mises à l'épreuve» par le déraillement.

La ministre s'attend à ce que l'entreprise paie sa juste part des réparations, soit par l'intermédiaire de son assureur, soit à même ses avoirs. Elle convient toutefois que les gouvernements devront également financer les efforts de reconstruction.

«Il n'y a aucun doute qu'en raison de l'ampleur des dommages à Lac-Mégantic, nous anticipons que les gouvernements fédéral et provincial devront s'impliquer dans le nettoyage et la reconstruction, a-t-elle dit. Mais cela ne dispense pas MMA de s'assurer qu'ils paient leur part aussi. C'est leur accident.»

L'accident de Lac-Mégantic place les autorités devant un dilemme. D'une part, les résidants et élus des villes qui se trouvent le long du chemin de fer de MMA se méfient de la société. De l'autre, des entreprises de la région et du Maine voisin souhaitent la reprise du service au plus vite.

Lisa Raitt affirme que les trains ne rouleront pas à Lac-Mégantic de sitôt.

«Il faudra plusieurs mois avant que ce chemin de fer puisse être utilisé de nouveau, s'il est remis en service, dit-elle. Et encore, cela dépendra de ce que nous dira le Bureau de la sécurité des transports.»

Elle dit néanmoins étudier une proposition avancée par la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, qui permettrait une reprise du service ferroviaire.

Deux entreprises ferroviaires, le CN et le CP, ont confirmé hier qu'elles modifient leurs normes de sécurité dans la foulée de la tragédie. Mme Raitt assure que le ministère dont elle vient de prendre la barre en fera autant.

«N'importe quelle bonne compagnie ferroviaire au Canada, en ce moment, a révisé ses règles de sécurité, ses pratiques et ses procédures, elle a parlé à son personnel et s'est assurée qu'elle fait tout ce qu'elle doit pour se conformer aux directives d'opération ferroviaires, a-t-elle dit. Transports Canada n'est pas différent.»