Alors que d'intenses combats se poursuivent dans la région de Marjah, dans le sud du pays, les troupes canadiennes en Afghanistan préparent une offensive anti-talibane majeure à Kandahar, dont le succès pourrait dépendre du soutien de la population locale.

Mis à jour le 27 févr. 2010
Malorie Beauchemin LA PRESSE

«Les opérations qui seront menées cet été dans la province de Kandahar seront différentes de ce qu'on voit dans la province du Helmand. Bien entendu il y aura des combats, mais ils devraient avoir lieu dans les campagnes, à l'extérieur des villes et des grands villages, ce qui est essentiel dans une guerre de contre-insurrection», a indiqué hier, par téléconférence, le brigadier-général Dan Ménard, commandant de la force opérationnelle en Afghanistan.

«Prélude»

Au même moment, les autorités américaines ont indiqué que l'offensive actuelle dans la région de Marjah, à laquelle participe le Canada, n'est qu'un «prélude» à ce qui se prépare dans la province voisine de Kandahar. Les combats dans cette région auraient déjà fait 28 victimes civiles, selon la commission afghane des droits de la personne. Les commandants de l'OTAN ont par ailleurs dû s'excuser publiquement, mardi dernier, pour la mort d'au moins 21 civils dans des bombardements aériens sur la province d'Uruzgan, non liés aux opérations à Marjah.

S'il est impossible d'éviter complètement la mort de civils lors des combats, limiter ce genre d'incidents est fondamental pour assurer le succès de la lutte contre les talibans, croit le brigadier-général Ménard.

«Il n'y a aucun doute que le succès de la mission (à Kandahar) repose sur la population, a-t-il expliqué. Chaque fois que des civils locaux sont tués ou blessés par nos opérations, ça nuit à 100% aux opérations.»

Les forces canadiennes et leurs alliés tentent depuis des mois de gagner la confiance de la population locale, notamment en vivant parmi elle, afin qu'elle s'allie à eux plutôt qu'aux combattants talibans.

«Malgré l'accent énorme que l'on place sur cette réalité, lorsque les insurgés se dissimulent dans les villages et dans les villes, c'est extrêmement difficile de différencier ces gens-là de la population qui, elle, est prête à nous appuyer», a dit M. Ménard, ajoutant que de plus en plus d'Afghans aident les militaires en leur indiquant où sont dissimulés les engins explosifs artisanaux et où se cachent les insurgés.

Mais la confiance des Afghans n'est pas encore acquise aux forces de l'OTAN, concède-t-il.

«Tout va dépendre de cet été, a souligné le brigadier-général. Si nous faisons notre travail comme il faut, non seulement on sera en mesure de combattre avec 5400 soldats, mais on va pouvoir combattre avec les Afghans qui travaillent avec nous, et aussi peut-être le million d'habitants qui, eux, vont dire qu'ils ne veulent pas voir les insurgés dans leurs villages parce qu'ils sentent qu'on est en mesure de les protéger.»

La stratégie des forces alliées sera donc de forcer la tenue des combats à l'extérieur des villes, loin des foyers de population, d'une part pour éviter de faire des victimes civiles et, d'autre part, pour isoler les insurgés.

Du côté américain, on insiste que la prise de Kandahar est «l'objectif pour 2010». Au début du mois de décembre 2009, le président Barack Obama a annoncé l'envoi de 30 000 militaires supplémentaires en Afghanistan.

Actuellement, depuis la mi-février, quelque 15 000 soldats des forces de l'OTAN participent à l'opération Mushtarak, dans la province du Helmand, où se trouvent les villes de Marjah et Nad Ali.

- Avec l'Agence France-Presse