Il y a deux façons de voir le plan de priorisation de la gestion des hospitalisations présenté mardi par le ministère de la Santé et des Services sociaux : soit on se dit qu’on est vraiment en période de guerre, soit on se dit qu’on prend réellement les choses en main.

Publié le 19 janvier

Et que ça devrait nous rassurer.

Mais j’avoue que découvrir des phrases comme « redéfinir la qualité minimale des soins » ou « ne plus mettre tous les efforts pour empêcher son entrée [le virus], mais plutôt composer avec les contraintes qu’il engendre et en tirer le maximum de possibilités » a de quoi secouer l’imaginaire collectif.

Avec ce plan prévu pour avoir une courte durée de vie (de quatre à six semaines) et dont les mesures seront appliquées si la situation s’aggrave, le gouvernement va plus loin dans son discours qui dit de plus en plus qu’on doit apprendre à vivre avec ce virus.

Cela dit, avant de partir en peur, il faut reconnaître que ce plan contient plusieurs éléments positifs, comme celui de procurer une certaine souplesse aux divers milieux hospitaliers du Québec. On le sait maintenant, chaque région a ses réalités et ses défis.

Les mots « agilité » et « créativité » ont d’ailleurs été prononcés, mardi, au cours du breffage technique de ce plan.

L’autre aspect est l’accroissement du rôle des membres de la famille et des proches aidants auprès des personnes malades. On vise par ailleurs aussi à attirer plus d’aides bénévoles. On compte sur ces gens pour venir en aide au personnel de la santé.

Avec les doses de rappel qui augmentent, les effets d’Omicron (différents de ceux des autres variants) et l’arrivée (timide) de médicaments, on pense que nous pourrions être en mesure d’assouplir les règles d’isolement et permettre davantage de mouvements.

Sur papier, ce plan, rédigé dans un vocabulaire qui fait sans doute saliver les administrateurs travaillant en milieu hospitalier, est à la fois audacieux et solide. Mais est-ce que sa mise en application est réalisable ?

Il va falloir un énorme leadership et une coordination à toute épreuve entre les hôpitaux et les CIUSSS. Et ça, ce n’est pas gagné.

Le nerf de la guerre est là !

La phrase de Christian Dubé qui a le mieux résumé le point de presse de mardi fut sans doute : « Oui, la cinquième vague est de trop ! Et on doit vivre avec ! »

Tout en répétant qu’il est, lui aussi, « tanné » de la situation, il a adopté le ton de celui qui souhaite qu’on se ressaisisse.

Pour son segment « la bonne nouvelle du jour », il a dû gratter les fonds de tiroirs. Quelques milliers de travailleurs de la santé sont retournés au boulot. On parle d’une poignée, mais la nouvelle est tout de même encourageante.

Mais la question qui est demeurée en suspens touche l’arrivée du Paxlovid, ce traitement de Pfizer qui vient d’être homologué par Santé Canada et dont le coût est évalué à quelques centaines de dollars par personne.

Il sera offert en priorité aux patients les plus vulnérables, c’est-à-dire les adultes immunosupprimés, quel que soit leur statut vaccinal, les personnes âgées de plus de 80 ans qui ne sont pas entièrement vaccinées et, finalement, les personnes de plus de 60 ans résidant dans les centres de soins de longue durée, dans les communautés rurales ou autochtones et qui ne sont pas entièrement vaccinées.

À ces groupes s’ajoutent les personnes qui, pour diverses raisons, ne sont pas encore vaccinées. On retrouve là-dedans les fameux antivax, ceux qui refusent obstinément de franchir cette étape depuis deux ans.

On sent que nos dirigeants marchent sur des œufs quand vient le temps de dire de quelle façon on fera les choix. Avec une première distribution de 6300 traitements pour le Québec, en janvier, des choix difficiles devront être faits. Rappelons que 600 000 Québécois ont été touchés par la COVID-19 le mois dernier.

On parle beaucoup de la course aux tests de dépistage. Imaginez maintenant celle au Paxlovid.

Dans une chronique publiée au retour des Fêtes, je faisais preuve d’un certain enthousiasme quant au nombre croissant de gens qui reçoivent une première dose.

Aujourd’hui, je dirige mon enthousiasme vers une autre pensée : celle qu’il faut apprendre à composer avec ce noyau d’« irréductibles Gaulois », comme les a appelés la Dre Marie-Pascale Pomey, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, en entrevue avec mon collègue Henri Ouellette-Vézina, mardi.

Selon elle, les mesures coercitives ou punitives risquent de les braquer encore plus. « Leur positionnement est identitaire et très fortement ancré en eux », a-t-elle dit. Je suis entièrement d’accord avec elle.

Un exemple de ces gens « boqués » est apparu plus tôt cette semaine dans les médias internationaux.

Hana Horka, la chanteuse d’un groupe de folk tchèque, est morte dimanche après avoir délibérément contracté le virus.

La femme de 57 ans, dont le style s’apparente aux chanteuses Enya ou Sarah McLachlan, a préféré contracter la COVID-19, plutôt que de se faire vacciner, afin d’obtenir son passeport sanitaire.

Son fils, Jan Rek, a expliqué que sa mère s’est volontairement exposée à la maladie que lui et son père, tous les deux vaccinés, avaient attrapée avant Noël.

Deux jours avant sa mort, Hana Horka a écrit sur les réseaux sociaux : « J’ai survécu… Ça a été haut en couleur. Donc maintenant il va y avoir théâtre, sauna, concert… et un voyage urgent à la mer. »

Il est dur, ce noyau. Et on doit, tout comme la cinquième vague, accepter de vivre avec lui.

Les mordus de politique

Je suis un inconditionnel des Mordus de politique sur RDI. Françoise Boivin, Jean-François Lisée, Pierre Moreau et Dimitri Soudas forment une superbe équipe avec des horizons riches et divers. Ce quatuor est mené de main de maître par un solide et aiguisé Sébastien Bovet. Si les échanges sont parfois corsés, le ton est toujours agréable et constructif. Cette émission est un service essentiel en période de pandémie.

Parlant de service essentiel, l’édition spéciale en direct de Découverte, dimanche, avec Anne-Marie Dussault et Charles Tisseyre, était extraordinaire. Et tellement nécessaire.