Deux jours après la parution du rapport de la Commission Laurent, les directions régionales de la protection de la jeunesse (DPJ) réclament maintenant d’être « impliquées » dans les actions qui seront prises par le gouvernement Legault au courant des prochains mois.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Nous avons la conviction que d’agir en prévention contribuera à diminuer le recours aux services de la protection de la jeunesse. Nous partageons cette volonté et souhaitons être contributifs et impliqués en tant que DPJ dans les actions à venir et les instances de suivis, convaincus que nous sommes toujours plus fort quand nous agissons ensemble », écrivent les 16 directeurs régionaux de la DPJ, dans une lettre conjointe diffusée en soirée mercredi.

Lundi, la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, déposait son rapport attendu de 417 pages, recommandant notamment que la DPJ remette le bien-être des enfants au cœur de ses décisions. Au cœur du rapport se trouve la notion de prévention : on souhaite ainsi protéger les enfants avant même qu’ils n’aient besoin des services de la DPJ.

« Nous devons passer de l’indignation à la dignité. Nous devons transformer notre colère en actions », a martelé Mme Laurent. Elle a rappelé que la mort d’une fillette de sept ans à Granby en 2019 – évènement qui avait déclenché la mise sur pied de la commission – « n’est pas que l’échec de nos services aux enfants, aux jeunes et à leurs parents », mais bien un « échec collectif ».

Un « ambitieux » projet de société

Dans leur lettre, les directeurs régionaux de la DPJ disent accueillir favorablement les « recommanDACTIONS » du rapport Laurent qui « invitent à un virage important ». « Nous sommes prêts à s’y investir. […] La commission nous propose un ambitieux projet de société, celui de mettre collectivement à l’avant-plan le bien-être des enfants et de tout mettre en place pour répondre à leurs besoins tôt et avec diligence. Nous devons faire preuve de bienveillance », plaident-ils.

Ils saluent au passage « la reconnaissance de l’expertise nécessaire au travail en protection de la jeunesse et de l’ampleur des responsabilités qui incombent à nos intervenants ».

Ces derniers interviennent au quotidien dans des situations complexes et émotivement exigeantes. Nos attentes sont grandes à l’égard des actions concrètes qui devront être posées pour reconnaître et valoriser les travailleurs.

Extrait de la lettre des 16 directeurs régionaux de la DPJ

Selon eux, le rapport Laurent a pour principal avantage de proposer « divers leviers, de la grossesse au passage à la vie adulte, en tenant compte des origines ethniques et culturelles ». « Les enfants du Québec ont besoin de nous tous pour leur bâtir un présent et un avenir lumineux. En unissant nos forces, nos connaissances, nos compétences, nos expériences et nos ambitions, nous pouvons faire briller cette lumière », soulignent-ils, d’un ton plus optimiste.

Mardi, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a (promis de réformer « en profondeur » la Loi sur la protection de la jeunesse à l’automne, afin de répondre aux recommandations de la commission Laurent. « Quand je dis réforme, ce n’est pas anodin. C’est en profondeur que l’on doit revoir la loi, ainsi que le rôle et le fonctionnement des DPJ », a insisté M. Carmant.

Québec s’est également engagé à renforcer les services en matière de prévention pour détecter, dès la grossesse, les familles à risque, mais aussi pour réduire la pression sur la DPJ.