Éric Duhaime, hissé depuis samedi dernier à la tête du Parti conservateur du Québec (PCQ), multiplie les entrevues. FM93, Radio X, QUB radio, 98,5 FM… Tout y passe. Il est parfois choyé, la plupart du temps malmené.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Les animateurs savent qu’Éric Duhaime est capable d’en prendre. On sait que l’ancien animateur de radio est fait de téflon.

Interrogé par Jocelyne Richer, de La Presse Canadienne, il a été invité à exprimer ses idées sur la parité aujourd’hui tant souhaitée en politique. Quand j’ai lu ses propos, j’ai dû nettoyer mes lunettes.

Je veux pas mettre d’objectif d’avoir des femmes pour des femmes. On veut pas de poteaux. C’est ridicule !

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Duhaime n’empêchera pas les candidates de se joindre à son parti, mais l’atteinte d’un équilibre n’est pas absolument nécessaire. Pour le nouveau chef, qui n’a jamais caché son aversion pour la « discrimination positive », cet objectif de parité est carrément de la « parure ».

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Samedi dernier, l’animateur et chroniqueur Éric Duhaime a été élu à la tête du Parti conservateur du Québec, raflant 95 % des votes contre son seul adversaire, Daniel Brisson.

Il préfère donc laisser venir les gens, peu importe leur sexe ou leur identité. Il reconnaît toutefois qu’il est surtout sollicité en ce moment par des candidats masculins. « J’ai rien que des gars qui m’envoient leur CV. »

Ça ressemble à ce que disaient les metteurs en scène et les réalisateurs il y a quelques années : « Y a rien que des acteurs blancs qui sont disponibles ! » C’est drôle comme on découvre des acteurs de toutes les origines tout à coup.

Alors qu’une lutte acharnée est menée dans plusieurs secteurs (politique, conseils d’administration, théâtre, télévision, etc.) pour créer un équilibre et une meilleure représentativité des sexes et des groupes minoritaires, Éric Duhaime croit que cette réalité n’est pas une priorité.

Sur sa page Facebook, il va plus loin : « Sous mon leadership, il n’y aura pas de quota de femmes, ni de gais, ni de minorités. On fera de grands efforts pour que notre équipe soit la plus représentative de la diversité québécoise. Cela étant dit, chaque personne qui occupe une fonction sera la plus compétente. Les femmes occuperont une place de choix parce qu’elles sont bonnes. »

Quelle pelure de banane pour celui qui a été choisi par une très forte majorité de membres de son parti, penseront certains. C’est mal connaître Éric Duhaime, qui a une idée très précise des électeurs qu’il souhaite séduire lors des élections d’octobre 2022.

Casant le parti qu’il dirige au centre droit, il sait très bien qu’en faisant une telle déclaration, il abat ses cartes.

Sur toutes les tribunes qui lui ont été offertes depuis lundi, Éric Duhaime a répété à quel point il est « déçu » des quatre grands partis au Québec. Quant à la CAQ, il croit que François Legault a laissé tomber une part de son électorat pour enfiler ses « vieilles pantoufles péquistes ».

Sauf qu’il ajoute qu’il a obtenu de ses supporteurs qu’on accole au Parti conservateur du Québec une vision nationaliste. « Je veux lui faire prendre un virage patriotique », a-t-il dit à Richard Martineau, sur QUB radio.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Éric Duhaime, au moment de sa victoire comme chef du Parti conservateur du Québec, le 17 avril dernier

Il n’est pas toujours facile de suivre celui qui se dit défenseur des libertés individuelles. Au fil des années, celui qui qualifie le Québec d’« extrémiste sanitaire » est passé maître dans l’art de jongler avec les mots et les pensées.

Quand Jonathan Trudeau et Jérôme Landry (particulièrement coriaces avec lui lundi dernier), du FM93, Nathalie Normandeau, du 98,5 FM, et Richard Martineau, de QUB, lui rappellent sa participation à une récente manifestation contre le port du masque, il dit qu’il n’est pas contre le port du masque en général, mais contre celui qu’on oblige à l’école.

Quand on ramène à sa mémoire qu’il a déjà encouragé ses auditeurs (au moment où il officiait derrière un micro du FM93) à aller au Méga Fitness Gym, il rigole gentiment en se demandant si les règles sanitaires ont été bien respectées.

Quand on lui demande s’il recommande à tout le monde d’aller se faire vacciner, il répond qu’il ira, mais qu’il laisse le soin aux autres de décider ce qui est mieux pour eux.

Malgré cette performance de jongleur et d’équilibriste, la présence d’Éric Duhaime à la tête du PCQ devrait nous intéresser. Ses idées, aussi virevoltantes soient-elles, vont trouver écho auprès d’une part de la population. C’est clair.

Il faut préciser (et il ne cesse de s’en vanter) qu’il a fait passer le nombre de membres de son parti de 700 à 14 000 en quelques mois. Près de 10 000 membres ont exercé leur droit de vote dimanche dernier.

Déjà, il parle de son désir de ravir une circonscription de la région de Québec. Il a « deux ou trois » options en tête. Il sait aussi que son outil le plus précieux sera l’utilisation qu’il fera des réseaux sociaux.

Son parti réussira-t-il à percer dans d’autres régions du Québec ? Saura-t-il mettre la main sur des candidats et des candidates solides ? Mais surtout, saura-t-il répondre aux questions sans jouer au pain de savon qui nous glisse entre les mains ?

Éric Duhaime sait très bien qu’il y a présentement un espace vide sur la scène politique du Québec et il entend l’occuper. Il promet qu’il sera là pour de nombreuses années, qu’il est prêt à mettre le temps nécessaire pour installer ce parti au Québec. On verra bien.

Ses supporteurs, « loin d’être tous des coucous », comme il tient à le rappeler, comptent sur lui pour mettre de l’avant un « État neutre » qui ne cherche pas constamment à régler les inégalités.

À défaut d’être de son temps, on aura compris que cette idée a le mérite d’être claire.