Un jeune Sherbrookois de 24 ans a été arrêté par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avec 249 armes de poing, selon la police, qui auraient été importées illégalement des États-Unis. William Rainville est décrit comme ambitieux et sérieux par ses proches. Sur ses photos, il est l’image même du jeune homme de bonne famille.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

M’en contre-crisse : ce dont on l’accuse est un crime qui, s’il en était reconnu coupable, le placerait à la lisière de la psychopathie.

Où vont se retrouver ces armes, pensez-vous ? Eh oui, elles vont vraisemblablement se retrouver dans la rue, dans les mains de petits criminels qui jouent aux durs avec leurs guns.

Et qui, des fois, tuent des innocents.

On l’a dit et on l’a répété ces derniers temps : les incidents de décharge d’armes à feu sont de plus en plus nombreux à Montréal. Meriem Boundaoui, 15 ans, a été tuée par balles le mois dernier, dans un de ces incidents.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

William Rainville

Je lis les reportages sur William Rainville, depuis mardi. La trame narrative ? Un jeune homme sérieux, qui investissait dans des projets immobiliers. Conseiller financier chez Desjardins. Étudiant en comptabilité. Ambition : être riche avant 40 ans.

Sideline présumé : importateur de guns. Donc, semeur de mort. Belle p’tite mentalité d’entrepreneur.

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Quelle est la différence entre le crétin qui, au début de février, a tiré sur des « ennemis » – tuant par erreur la jeune Meriem – et une crapule qui importe illégalement des armes au Québec ?

Il n’y en a pas, ou presque.

Si M. Rainville a bel et bien trempé dans l’importation illégale de 249 armes des États-Unis pour revente au Canada, il est pour moi encore plus coupable que le crétin qui va jouer du gun dans les rues de Montréal.

PHOTO LA PRESSE

William Rainville a été arrêté par la GRC avec 249 armes de poing.

Le jeune de l’est de Montréal qui se procure un gun baigne généralement dans des circonstances socioéconomiques qui le poussent vers une forme ou une autre de délinquance. Il a bien sûr sa responsabilité à assumer, s’il appuie sur la gâchette. Mais on peut présumer du terreau dans lequel il a grandi.

Le jeune diplômé de l’Université de Sherbrooke, jadis membre de l’équipe de badminton de son université, titulaire d’un emploi stable, candidat au titre de CFA et investisseur immobilier qu’est William Rainville, lui, n’aurait aucune espèce d’excuse pour tremper dans l’importation de 249 guns au Canada…

Je n’en vois qu’une, excuse, en fait : un goût immodéré et méprisable du profit, goût qui lui aurait fait oublier à quoi servent des P80 dans la vraie vie. À tuer.

Sur Twitter, Philippe Néméh-Nombré, candidat au doctorat en sociologie et vice-président de la Ligue des droits et libertés, a eu ce commentaire en relayant un article de La Presse sur l’arrestation de William Rainville : « Un jeune et ambitieux homme d’affaires de Sherbrooke, qui écoutait sûrement du rap… »

Référence sarcastique, bien sûr, à ces analyses des dernières semaines sur « la culture du rap » made in USA qui influencerait les jeunes qui, à Montréal, veulent se procurer une arme. Ces analyses m’ont exaspéré, personnellement.

Dans les années 1980, c’était la musique heavy métal qui poussait supposément les jeunes à la violence ; puis, les jeux vidéo violents ont été désignés coupables et là, ce serait la « culture du rap » ? J’ai de la misère à avaler cette couleuvre…

Oui, une partie de l’iconographie d’un certain rap repose sur le banditisme, sur l’argent facilement gagné à vendre de la drogue et sur le « pouvoir » des guns. Mais c’est bien beau de vouloir imiter ces rappeurs, encore faut-il se procurer des guns…

Ça fait plusieurs décennies que cette iconographie existe, pourtant, ce n’est que récemment que des jeunes de Montréal réussissent à trouver des guns. Pour la relation de cause à effet entre écouter du rap et se procurer un gun, on repassera…

Le problème, ici, c’est que des crapules importent illégalement des armes au Canada, au Québec et à Montréal. C’est un problème grandissant. On devrait s’inquiéter davantage de ces filières méprisables que d’un style musical qui fait peur aux matantes.

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Je vous écris tout cela le jour où, dans La Presse, la une est consacrée à MindGeek, le géant numérique montréalais qui chapeaute des sites pornos parmi les plus connus dans le monde, comme Pornhub.

Depuis un an, on sait que Pornhub – mais pas seulement – est utilisé par des internautes pour diffuser des images de viols d’adolescentes, qui sont ainsi victimisées à perpétuité par la dissémination des pixels documentant leur agression partout dans le cyberespace…

Or, qu’ont dit les boss de MindGeek à la GRC, selon des infos de La Presse ?

Qu’ils n’étaient pas obligés de rapporter à la police des cas de pédopornographie diffusés sur leurs plateformes parce que MindGeek n’est officiellement « pas canadienne » !

Car les bureaux de MindGeek ont beau être à Montréal, les boss ont beau habiter à Montréal et les subventions être québécoises, reste que l’entreprise est enregistrée… au Luxembourg.

Belle p’tite mentalité, non ?

Personnellement, entre le violeur pédophile qui filme l’agression d’une ado et un homme d’affaires qui fait du profit en disséminant ladite agression, je ne saurais dire lequel est, au fond, le plus grand salaud…

Mais je sais ceci : la différence est bien mince. Je soupçonne cependant le boss de MindGeek d’avoir un meilleur tailleur.

https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2021-03-09/un-jeune-homme-d-affaires-arrete-avec-249-armes-a-feu-a-la-frontiere.php

https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2021-03-10/denonciation-d-exploitation-sexuelle-juvenile/pornhub-au-dessus-des-lois.php

https://www.lapresse.ca/actualites/2021-01-17/pornographie/mindgeek-a-touche-pres-de-190-000-en-subventions-de-quebec.php