(Ottawa) Les frontières des champs de compétence s’effacent lorsqu’il est question de vie ou de mort et de dignité humaine, a plaidé Justin Trudeau dans l’espoir de faire accepter son idée d’imposer des normes nationales pour les centres d’hébergement et de soins de longue durée.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre a fait valoir cet argument vendredi, au lendemain de sa 20conférence téléphonique avec ses homologues des provinces et territoires. Lors de cette conversation, il a notamment discuté de cette idée qui déplaît fortement à certains, dont François Legault, jaloux de son champ de compétence en santé.

Mais aux yeux de Justin Trudeau, les questions de compétence deviennent accessoires quand on parle des soins aux aînés. « Je respecte tout à fait les champs de compétence des provinces, mais quand on parle de dignité, de santé, et surtout de la vie des gens, il n’y a pas de champ de compétence », a-t-il lancé.

Le fédéral n’a certes ni l’autorité ni « le bagage d’expérience » pour gérer des centres de soins de longue durée, mais il a cependant la « responsabilité » de « s’assurer que d’une province à l’autre, on est en train de protéger nos aînés », a souligné le premier ministre en conférence de presse à Ottawa.

« On a vu que les résultats sont différents à travers le pays […] et c’est un des bienfaits du fédéralisme : on peut voir ce qui fonctionne dans d’autres régions et l’amener dans notre région, s’est-il enthousiasmé. C’est ça que le gouvernement fédéral va encourager, parce que la protection des Canadiens, c’est la job de nous tous. »

M. Trudeau n’a pas précisé si les normes souhaitées par Ottawa seraient exclusivement liées à la pandémie de COVID-19, donc ponctuelles. En revanche, il a souligné qu’il lui semblait approprié de « saisir l’occasion » pour agir, la crise ayant mis en relief les « vulnérabilités qui existaient déjà dans nos systèmes ».

L’objectif est néanmoins de « travailler immédiatement pour protéger les gens », alors que sévit la deuxième vague, a insisté Justin Trudeau, brandissant les 19 milliards de dollars transférés aux provinces et territoires en guise de preuve de l’action fédérale.

Selon nos informations, l’interdiction pour les membres du personnel d’un établissement de soins de longue durée de travailler dans un deuxième établissement pourrait être hissée au rang de norme nationale par le gouvernement Trudeau.

Le cadre fédéral s’appuierait en grande partie sur les lignes directrices provisoires émises au mois d’avril par l’Agence de la santé publique du Canada à l’intention des provinces au moment où la pandémie de COVID-19 frappait de plein fouet les centres de soins de longue durée québécois et ontariens.

Au bureau du premier ministre François Legault, on n’a pas souhaité commenter les récents échos en provenance de la capitale fédérale. Son attaché de presse Ewan Sauves a pointé vers les réactions émises plus tôt cette semaine par le dirigeant québécois au sujet de cette pomme de discorde.

« Moi, je pense que M. Trudeau joue avec le feu, a lâché le dirigeant québécois mardi dernier. Je pense que M. Trudeau fait une erreur [en proposant] des mesures centralisatrices. Je pense qu’il y a consensus entre autres dans les provinces comme le Québec et l’Ontario pour avoir plus d’autonomie. »

Il y a aussi consensus au sein du Conseil de la fédération en ce qui a trait à la nécessité d’augmenter les transferts en santé, une demande dont le gouvernement Trudeau n’a fait aucune mention dans le discours du Trône prononcé à la fin septembre.