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Appel à la modération d'un insecticide dangereux pour les abeilles

Les grandes cultures de maïs et de soya... (Photo André Pichette, Archives La Presse)

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Les grandes cultures de maïs et de soya sont les plus importants consommateurs de néonicotinoïdes.

Photo André Pichette, Archives La Presse

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Alexis Riopel
La Presse

Récemment, le gouvernement du Québec a annoncé que les agriculteurs devraient obtenir une prescription auprès d'un agronome afin de pouvoir utiliser les insecticides de la classe des néonicotinoïdes dans leur champ. L'objectif : réduire l'usage de ces substances extrêmement répandues, mais dont l'impact sur les abeilles - et, potentiellement, sur toute la classe des insectes - est catastrophique. Bilan scientifique.

Que sont les néonicotinoïdes ?

Les néonicotinoïdes sont des insecticides, c'est-à-dire qu'ils protègent les cultures des insectes indésirables. Ils tirent leur nom de leur similitude chimique avec la nicotine. « Au Québec, l'utilisation massive des néonicotinoïdes a commencé au cours des années 90 », indique Marie-Hélène April, coordonnatrice de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture du MAPAQ. Les grandes cultures de maïs et de soya en sont les plus importants consommateurs. Selon un rapport du Vérificateur général du Québec de 2016, ces insecticides sont employés dans environ 97 % des cultures de maïs et 60 % des cultures de soya de la province.

Comment sont-ils utilisés ?

Avant l'adoption des néonicotinoïdes, les insecticides étaient tout simplement arrosés sur les cultures en cas d'infestation. Maintenant, on enrobe les semences de maïs ou de soya de néonicotinoïdes afin de protéger les plantes dès leur éclosion. « Quand la plantule se développe, elle est imbibée d'insecticide. C'est ce qu'on appelle une protection systémique », explique Monique Boily, professeure associée au département des sciences biologiques à l'Université du Québec à Montréal. Grâce à cette approche, une dose plus faible d'insecticide est nécessaire pour procurer la même protection contre les ravageurs. Le traitement systémique change complètement la manière de contrôler les invasions d'insectes nuisibles : plutôt que d'asperger la culture ponctuellement, on la traite préventivement.

Comment tuent-ils les insectes indésirables ?

« Les néonicotinoïdes sont des composés neurotoxiques qui s'attaquent au système nerveux des insectes, indique Monique Boily. Normalement, des neurotransmetteurs semblables stimulent la transmission nerveuse de neurone en neurone. Toutefois, les néonicotinoïdes restent fixés aux récepteurs, ce qui les surcharge complètement. » S'ensuivent la paralysie de l'insecte et sa mort. Chez les insectes ravageurs, c'est l'effet recherché. Le type de récepteur ciblé par les néonicotinoïdes est présent en plus grande proportion chez les arthropodes - embranchement dont font partie les insectes, mille-pattes et araignées, notamment - que chez les autres animaux, ce qui rend cette substance toxique particulièrement efficace pour se débarrasser des insectes.

En quoi nuisent-ils aux autres insectes ?

Les néonicotinoïdes sont particulièrement nocifs pour les abeilles. Puisqu'ils subsistent pendant des semaines dans les plantes traitées, le nectar et le pollen en sont imprégnés lors de la floraison. On retrouve aussi l'insecticide dans les flaques d'eau où s'abreuvent les abeilles. Souvent, la dose est trop faible pour tuer les abeilles, mais elle réduit leur sens de l'orientation, de sorte qu'elles ne retrouvent pas leur ruche. Les chercheurs soupçonnent aussi que les néonicotinoïdes tuent d'autres insectes que les abeilles. Dans le sol, l'enrobage des semences s'accumule au fil des années et affecte les insectes rampants et les vers. De plus, « les néonicotinoïdes sont des composés très solubles qui se retrouvent dans les rivières autour des champs », observe Geneviève Labrie, biologiste pour l'OBV Yamaska. Ils peuvent alors tuer les larves des insectes.

Sont-ils efficaces pour protéger les cultures ?

« Les néonicotinoïdes protègent efficacement les récoltes des ravageurs - quand il y en a », explique Marie-Hélène April. Une étude d'un centre de recherche du MAPAQ sur 780 cultures de maïs révèle que seuls 4 % des champs ont réellement bénéficié du traitement. De plus, l'efficacité des néonicotinoïdes contre certains ravageurs a diminué depuis leur introduction en raison d'une utilisation massive. En effet, des espèces ont développé une résistance à leur endroit, par exemple le doryphore de la pomme de terre. Dans le cas du soya, les néonicotinoïdes sont peu efficaces, car la plante rejette l'essentiel de l'insecticide avant même que ne s'y attaque son principal ravageur, le puceron.

Constituent-ils un risque pour la santé humaine ?

« À l'heure actuelle, il y a un manque cruel de données quant à l'effet des néonicotinoïdes sur la santé humaine », indique Maryse Bouchard, professeure du département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal. Puisque les néonicotinoïdes sont taillés sur mesure pour s'attaquer le système nerveux des insectes, ils sont relativement inoffensifs pour l'humain. Toutefois, une étude récente associe une forte exposition de femmes enceintes aux néonicotinoïdes à des malformations du cerveau chez leurs nouveau-nés. Chez les animaux, les néonicotinoïdes causent des problèmes au foie, à la reproduction et au système immunitaire.

Quelles sont les solutions de rechange ?

Souvent, les agriculteurs n'ont pas d'autre option que d'utiliser des néonicotinoïdes. Les semences de plusieurs variétés de maïs sont vendues déjà enrobées. Pourtant, croit Monique Boily, l'utilisation préventive de néonicotinoïdes est loin d'être essentielle. « Ce que font déjà quelques agriculteurs, et ce qu'on faisait auparavant, c'est prélever un échantillon des insectes dans le champ avec de petits pièges. S'il y en a, on arrose. » Une autre solution de rechange pour les agriculteurs serait de constituer un fonds mutualisé qui compense le ravage occasionnel des récoltes plutôt que d'utiliser des insecticides, soulignait récemment le Groupe de travail sur les pesticides systémiques. Selon les chercheurs, l'adhésion à cette forme d'assurance coûterait moins cher que l'achat d'insecticides.




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