Camping: entre nature et confort

Les tentes Huttopia se multiplient dans les parcs... (Photo fournie par la Sepaq)

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Les tentes Huttopia se multiplient dans les parcs nationaux du Québec. On y trouve tout le nécessaire pour le camping, dont un réchaud sous un auvent, un petit réfrigérateur, de la vaisselle, une table à pique-nique et même quatre chaises de jardin.

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Depuis plusieurs années, la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) multiplie les nouveautés dans les parcs et les réserves fauniques pour y attirer davantage de visiteurs. Avec ses tentes tout équipées et ses chalets confortables, le «prêt-à-camper» attire ainsi une clientèle que le camping sauvage rebutait. Mais les amants de la nature brute ont un peu l'impression d'être les laissés-pour-compte de cette petite révolution.

La nouveauté n'a pas toujours la cote. C'est le moins qu'on puisse dire en voyant les courriels reçus par La Presse à la suite de chaque article exposant ici l'ajout de yourtes, là celui de tentes Hékipia ou de chalets dans un territoire géré par la SEPAQ. Si on constate que les parcs et les réserves sont bien entretenus, on les trouve souvent beaucoup trop chers et on craint la disparition de l'accès à la nature sauvage au profit du «glamping», le camping de luxe.

«Restera-t-il, dans le futur, des emplacements dans les parcs nationaux qui permettent de vraiment connecter avec la nature sauvage et intouchée et de faire un type d'activité «de pleine nature» qu'on nommait jadis le camping sauvage?», se demande ainsi, entre autres, Benoît Duhamel, qui nous a écrit à lapresse.ca.

Plusieurs lecteurs se plaignent aussi des droits d'entrée instaurés dans les parcs (6$ par jour pour les adultes, 2,75$ pour les enfants de 6 à 17 ans), souvent plus élevés que les tarifs des autres provinces, alors que la randonnée est souvent gratuite en Europe et dans les Adirondacks et les Appalaches américaines. Et la comparaison est aussi rarement avantageuse pour le camping au Québec (voir tableau ci-dessous).

Il faut dire que la SEPAQ a l'obligation d'être rentable et n'est pas peu fière de l'être. La société publique n'a mis que trois ans après avoir reçu le mandat de gérer les réserves fauniques du Québec pour en effacer le déficit annuel de 7 millions. Puis, elle a fait bondir l'autofinancement des parcs, qui est passé de 30 à 60% quand elle en a pris la gouverne, en 1999. «Maintenant, l'ensemble de la société est profitable», relève Élaine Ayotte, responsable des communications de l'organisme.

Séduire la clientèle

Pour y parvenir, la SEPAQ a eu le flair de diversifier le type d'hébergements et d'activités offerts pour séduire une clientèle plus vaste, habituée à un niveau de confort plus élevé, qui voyage normalement en hôtel et n'a peu ou prou l'habitude du camping sauvage, sans eau ni électricité. La SEPAQ promeut le «prêt-à-camper» avec les tentes Huttopia et Hékipia (avec chauffage, lits et nécessaires de cuisine à partir d'un peu moins de 100$ la nuit, droits d'entrée en sus), les yourtes (avec chauffage, lits, réfrigérateur, cuisinière et électricité à partir de 134$ la nuit) en plus des chalets et autres auberges quatre étoiles dont la facture peut dépasser les 130$ par personne par nuit. L'achalandage a doublé depuis 1999, dépassant maintenant les 4 millions de visites par année. *

Un succès d'affaires

Ce virage attire les félicitations d'experts en tourisme. «Elle a démocratisé l'accès au plein air et permet à tout le monde d'avoir accès à des réserves et à des parcs qui ne sont pas si accessibles», approuve Michel Zins, professeur de marketing à l'Université Laval et président de la firme de conseil Zins Beauchesne et associés.

M. Zins croit que la société d'État a bien joué ses cartes en transformant les anciens camps de pêche et de chasse plus ou moins confortables pour en faire des unités plus petites qui plaisent davantage aux familles et aux couples. «Les gens ne veulent plus se retrouver dans des dortoirs avec 8 ou 10 inconnus, ils préfèrent avoir de l'intimité.»

Et l'enthousiasme est aussi palpable à la Chaire de tourisme Transat de l'UQAM. «Le virage «glamping» de la SEPAQ, sans être nécessairement unique, est tout à fait à l'avant-garde, dit Claude Péloquin, directeur de la Chaire. Maintenant, l'offre est plus adaptée par segments de clientèle. Il y a de tout, pour tout le monde.»

Une étude menée par la Chaire pour le Conseil de développement du camping au Québec en 2012 confirme d'ailleurs que 91% des vacanciers qui ont testé le «prêt-à-camper» répéteraient l'expérience.

Trop cher?

Les tarifs de la SEPAQ sont-ils trop élevés? «Je comprends que les gens se disent: ce sont nos espaces, on devrait y avoir accès gratuitement. Mais on n'est plus dans une époque où le gouvernement a les poches profondes, il faut qu'il y ait un rendement», note Claude Péloquin.

L'an dernier, 36% du budget de la SEPAQ a été fourni par Québec, le reste, par les utilisateurs. La SEPAQ a alors enregistré un bénéfice net de 2,57 millions, mais ses profits ne sont pas renvoyés dans le Fonds de consolidation du Québec. Ils sont répartis dans les secteurs déficitaires de la société (certaines réserves ou parcs, par exemple), ou investis dans le maintien des installations, dans des projets de préservation de la nature ou de développement des services, comme l'ajout de nouveaux Parcs Parcours, qui permettent aux visiteurs de suivre avec une application mobile un parcours pédestre, cyclable ou navigable agrémenté de bornes interactives à caractère éducatif. Et si les tarifs sont généralement légèrement supérieurs au Québec que dans les autres provinces, les services sont ici plus complets. Rarement offre-t-on ailleurs des possibilités de «prêt-à-camper», et autant de chalets équipés. «Certains réseaux de parcs sont financés davantage par leur gouvernement, et tous n'ont pas d'aires aussi bien protégées que les nôtres», souligne aussi Martin Soucy, vice-président de la SEPAQ, responsable du secteur Parcs, en entrevue à La Presse.

Or, au-delà des prix, certains adeptes de plein air craignent justement qu'à force de vouloir rendre la nature accessible à tous, la SEPAQ ne néglige les intérêts de ceux qui préfèrent les longues randonnées, le camping sauvage et les circuits plus difficiles. La SEPAQ ne compte que sept circuits de longue randonnée contre 127 de courte randonnée.

«Est-ce que cela vaut la peine de développer de nouveaux longs sentiers alors que la fréquentation de ceux qui existent est en déclin? demande Martin Soucy. Nous devons dépenser l'argent là où il sera le plus utile possible, là où il touchera le plus grand nombre.»

Or, dit-il, les usagers réclament surtout de courtes randonnées.

La même philosophie justifie le réaménagement du sentier de l'Acropole des Draveurs dans le parc des Hautes-Gorges-de la-Rivière-Malbaie, que certains grands randonneurs trouvent «trop» facile maintenant. «Avant, seule une petite quantité de grands pratiquants de plein air pouvaient y aller. Maintenant, beaucoup plus de gens peuvent en profiter», dit Martin Soucy, ajoutant que les travaux ont aussi servi à limiter la dégradation de la nature.

Le retour du camping sauvage

N'empêche que la SEPAQ ne peut ignorer ces critiques, et poussera donc au cours des prochaines années la mise en valeur d'expéditions dans l'arrière-pays de quelques parcs, où les aventuriers pourront s'aventurer en autonomie complète dans la nature sauvage, sans toilettes, sans refuge, sans électricité. Des cours de camping 101 seront aussi lancés, pour ceux et celles qui voudraient s'initier au camping sauvage.

«Ce n'est pas parce que nous offrons des hébergements plus confortables que nous cessons de répondre aux besoins des autres. [...] Le camping constitue toujours notre offre principale, avec plus de 6000 emplacements», se défend Martin Soucy.

À force de miser sur la promotion des nouvelles installations, constate-t-il toutefois, la SEPAQ a peut-être négligé de s'assurer que les autres services étaient aussi connus de tous.

* une entrée par jour, par personne, compte pour une visite




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