Dix jours sans balises sur le trek Donjek

Le glacier Donjek.... (Photo Marie Tison, La Presse)

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Le glacier Donjek.

Photo Marie Tison, La Presse

Dans le parc national de Kluane, au Yukon, se trouve le légendaire trek Donjek, un parcours de 120 km qui s'enfonce dans la vallée de la rivière Donjek. Pour s'y mesurer, il faut se munir de cartes, d'une boussole et d'un bon sens de l'humour.

Jour 1

L'entrevue

Pas question de se lancer dans le trek Donjek sans préparation. Au centre des visiteurs du parc de Kluane, les employés de Parcs Canada font passer une véritable entrevue aux randonneurs: ont-ils de bonnes cartes et une boussole? Quel type de balise de secours apportent-ils? Se sont-ils munis de gaz poivre et de contenants anti-grizzlys? Les employés prennent en note la couleur des tentes et des sacs à dos des randonneurs pour pouvoir les identifier du haut des airs, en cas de pépin... Rassurant.

Jour 2

Les vieux chemins

Pour s'orienter, les randonneurs consultent une description détaillée du trajet, avec quelques coordonnées GPS, établie par Parcs Canada, et un vieux guide de randonnée paru en 1997. Au départ, la randonnée est plutôt facile parce que le trajet suit d'anciens chemins miniers situés à l'extérieur du parc. Les sacs à dos sont cependant au plus lourd, car ils contiennent 10 jours de nourriture. Les arrêts sont fréquents. Ce qui est fréquent aussi, c'est la découverte de traces et d'excréments de grizzlys sur le sentier. Certains sont bien frais. Pour ne pas prendre un grizzly par surprise (les ours détestent ça), les randonneurs lancent des cris à intervalles réguliers.

Jour 3

La toundra

Il faut laisser les vieux chemins miniers et traverser la toundra jusqu'à une crête. C'est le temps de sortir la boussole et le GPS qui, heureusement, s'accordent sur la direction à suivre. La toundra, c'est joli mais très spongieux. On s'enfonce à chaque pas, c'est comme marcher sur un trampoline. Des parties carrément marécageuses forcent à faire des détours. Les randonneurs arrivent enfin sur la crête et redescendent de l'autre côté, dans la vallée du ruisseau Burwash, où ils tombent sur un chercheur d'or. Celui-ci place des pancartes de concession minière pour permettre l'exploration du secteur jusqu'aux limites du parc. Étrange rencontre.

Sur le bord de la rivière Donjek.... (Photo Marie Tison, La Presse) - image 2.0

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Sur le bord de la rivière Donjek.

Photo Marie Tison, La Presse

Jour 4

La ravine herbeuse

Le trajet est maintenant complexe, il faut franchir un col pour redescendre dans la vallée de la rivière Donjek. Les randonneurs étudient soigneusement les descriptions de Parcs Canada. À partir du col, il faut redescendre par une «ravine herbeuse». Les randonneurs en comptent cinq... Parcs Canada recommande de ne pas prendre la première. Il en reste quand même quatre! Certaines ravines sont dangereuses parce que trop verticales. Après une heure d'examen visuel minutieux, les randonneurs finissent par choisir une des ravines, qui finit heureusement par les amener tout en bas dans la vallée. Il reste encore à suivre un ruisseau encaissé dans un canyon, qu'il faut traverser à gué à plusieurs reprises, pour atteindre la Donjek.

Jour 5

Les fourrés infernaux

Les randonneurs suivent d'abord la rive de la rivière Donjek, ce qui leur permet d'admirer montagnes et glaciers. Malheureusement, la rivière, infranchissable, vient se serrer sur une falaise. Il faut s'enfoncer dans la forêt. Parcs Canada parle d'une ancienne piste d'équitation facile à suivre. Victoire, après 30 minutes à travers bois, les randonneurs tombent dessus. La victoire est de courte durée: ça fait certainement une décennie qu'aucun cheval n'est passé par ici, les fourrés se sont resserrés. Les branches griffent les jambes, tentent de retenir le sac, giflent le visage. Bonheur, les fourrés laissent place à une clairière offrant une vue sur le spectaculaire glacier Donjek.

Jour 6

Le grizzly

Le terrain est heureusement plus facile, la vue est magnifique sur le glacier. Les descriptions de Parcs Canada ressemblent toutefois à des énigmes: «Recherchez la ravine aux caractéristiques particulières.» Heu... Mais encore? Effectivement, les randonneurs tombent sur une ravine qui semble apparaître de nulle part. Ça doit être celle-là. En effet, ils aboutissent comme prévu au ruisseau Bighorn. Seul problème, ils aperçoivent un grizzly à 70 m du camp. Comme ils l'ont appris, ils se mettent à parler pour signaler leur présence. L'ours, qui n'a aucune envie de rencontrer qui que ce soit, détale comme un lapin. Chacun a joué parfaitement son rôle, tous en sortent vivants, bien que secoués.

Les montagnes de Kluane.... (Photo Marie Tison, La Presse) - image 3.0

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Les montagnes de Kluane.

Photo Marie Tison, La Presse

Jour 7

L'itinéraire C

Parcs Canada propose deux itinéraires pour la matinée: A) se faire un chemin dans les fourrés, une marche infernale de trois heures, ou B) suivre le ruisseau Bighorn au fond d'un canyon, une affaire d'une heure. Le hic: ce n'est pas recommandable si le niveau d'eau est élevé. Mais comment juger si le niveau est plus élevé que la normale quand on n'est jamais venu ici? Heureusement, le vieux guide propose de C) monter vers le col Expectation. C'est un gros dénivelé, mais les randonneurs évitent ainsi un choix peu inspirant et se retrouvent en hauteur, à proximité de quelques mouflons, avec une excellente vue sur la suite du trajet.

Jour 8

Satanés castors

Après un nouveau col, Atlas, une sombre vallée fantasmagorique s'étend devant les randonneurs. La descente est abrupte, mais le trajet devient plus aisé lorsque les randonneurs atteignent la vallée de la rivière Duke. Le vieux guide promet un vieux sentier d'équitation bien facile à suivre au sud de la rivière. Mais depuis 1997, des castors ont élu domicile ici et ont construit un incroyable complexe de barrages. Le sentier d'équitation a disparu sous l'énorme étang ainsi créé, il faut faire un long détour dans les fourrés pour arriver à destination.

Jour 9

La traversée

Il faut traverser la rivière Duke. Parcs Canada suggère de s'exécuter 1 km après le camp si le niveau d'eau est moyen, ou 4 km en amont s'il est élevé. Les randonneurs hésitent, essaient de traverser à gué, pour finalement revenir sur leurs pas devant des flots un peu trop agités. Excellente décision: en amont, la traversée se fait rapidement. Il faut maintenant contourner ce que Parcs Canada appelle un tertre. Léger problème, toutes les collines ressemblent à un tertre. Les randonneurs choisissent une colline un peu différente des autres et la gravissent. Victoire: l'objectif d'aujourd'hui, le lac Cache, est tout en bas.

Jour 10

La sortie

Selon le vieux guide, la dernière section du trajet est facile: un ancien chemin minier suit le ruisseau Copper Joe. Mais voilà, au fil des années, le ruisseau a emporté le chemin et il faut contourner de petits et gros rochers et traverser le cours d'eau à répétition. Après une baignade bien involontaire, les randonneurs commencent à souhaiter un répit. Heureusement, un chemin mieux entretenu fait son apparition et les randonneurs réussissent à rejoindre la route. Il ne reste plus qu'à faire de l'auto-stop (et rencontrer des êtres humains pour la première fois depuis plus d'une semaine) pour retourner au point de départ.




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