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48 heures à Alexandrie

Construit au IIe siècle, c'est le seul amphithéâtre... (Photo: Janie Gosselin, La Presse)

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Construit au IIe siècle, c'est le seul amphithéâtre de l'époque romaine encore debout en Égypte.

Photo: Janie Gosselin, La Presse

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Visiter Alexandrie, c'est se plonger au coeur de l'Histoire. Alexandre le Grand, Cléopâtre, le mythique phare disparu. La deuxième ville d'Égypte a gardé son aura de mystère. Et elle vaut toujours le détour.

Vendredi

14h 30

J'arrive à Alexandrie trois heures après avoir quitté la majestueuse gare Masr du Caire. L'air me semble plus respirable que dans la capitale. Je saute dans un des nombreux taxis jaunes qui parcourent la ville. Direction Midan Saad Zaghloul, un square situé à côté de mon hôtel, en bordure de la Méditerranée. Le trajet d'une dizaine de minutes me permet d'apprécier l'architecture très européenne des bâtiments, aux façades jaunies et aux nombreux balcons, qui n'ont rien perdu de leur charme. Les Grecs et les Français ont laissé une influence certaine sur la ville, très cosmopolite. Haut lieu du savoir pendant l'Antiquité, Alexandrie continue d'inspirer les écrivains, comme Ibrahim Abdel Méguid et Edward el-Kharrat. Certains déplorent qu'elle ait perdu de sa grandeur, vivant de sa réputation surannée. D'autres voient sa renaissance avec la construction récente de la Bibliotheca Alexandrina. Force est de constater que la ville possède une aura mythique qui en fait un lieu unique.

15h 30

En descendant la rue Nabi-Daniel, je feuillette de vieilles revues et des livres pour enfants éparpillés sur les étagères des bouquinistes, installés entre les magasins de vêtements et les comptoirs de jus. Je bifurque vers l'ouest. La grande artère devient piétonnière. C'est le début du souk. Épices multicolores dans des sacs de jute, poules, lapins et babouches se succèdent, dans un ordre logique malgré le chaos apparent. Les gens se bousculent. Le soleil décline. Je me perds dans les ruelles. Je demande mon chemin. Inutile. À Alexandrie comme au Caire, le nom des rues change fréquemment. Ainsi, la rue du 26-Juillet est connue des habitants comme la rue de la Mer. Logique pour cette grande artère qu'est la corniche.

17h 40

Installée au balcon du cinquième étage du Windsor Palace, je regarde le soleil colorer la Méditerranée. La métropole d'environ quatre millions d'habitants se teinte de rose, de jaune, de bleu. Le spectacle de la brunante terminé, je sors prendre une bouchée à La Taverna, qui sert des crêpes égyptiennes. Les rues sont bondées. L'ambiance est à la fête. Des enfants courent derrière les vendeurs de sucreries. Je me rends jusqu'au Midan el-Tahrir, où les gens flânent, assis près des statues. Des femmes voilées discutent entre elles, leur marmaille s'amusant à leurs côtés. De jeunes hommes regardent les passantes en se donnant des coups de coude. Le son des klaxons enterre les cris des enfants. La circulation est si dense que ni les voitures ni les calèches ne peuvent bouger.

Samedi

9h30

Le Musée national d'Alexandrie est nettement moins fréquenté (et moins grand) que le Musée égyptien du Caire. Il recèle néanmoins des trésors, de l'époque pharaonique au XXe siècle. Au fil des statuettes et des poteries, on remonte l'histoire de cette ville portuaire, maintes fois occupée. À ne pas manquer.

11h

Petit arrêt au théâtre gréco-romain, construit au IIe siècle et seul amphithéâtre de l'époque romaine encore debout en Égypte. Pour qui aime les vestiges d'une autre époque. Il est encore tôt, je suis presque seule. Sur les conseils d'un guide, je me plante au bout du demi-cercle, sur un petit carré de marbre. Surprise, ma voix résonne comme celle d'un maître de cérémonie d'un autre temps.

12h

En route vers le fort Qaytbay, je passe devant la grande mosquée Abou El-Abbas, de style andalou. Bâti sur l'emplacement du phare d'Alexandrie par le sultan Qaytbay au XVe siècle, le fort est un véritable labyrinthe. Le meilleur moment pour le visiter est le midi. L'intérieur en pierre ocre conserve la fraîcheur ambiante. Dommage que des touristes aient dessiné quelques graffitis sur les murs autrement immaculés. D'en haut, une vue impressionnante sur Alexandrie, ses hauts immeubles et ses bateaux.

14h

Je mange au Kadoura, un excellent restaurant de fruits de mer sur la corniche. On choisit soi-même son poisson, très frais. Les prix sont plus bas si vous baragouinez l'arabe. L'ambiance est sympathique, quoique très touristique. La vue du deuxième étage, donnant sur la mer, est inoubliable.

16h30

Le Yacht Club et le Club grec n'offrant pas d'excursions sur la Méditerranée à cette période de l'année, on me dirige vers Sharif, un pêcheur qui accepte de m'emmener des environs du fort Qaytbay jusqu'à la Bibliotheca Alexandrina, moyennant quelques dollars. Une expérience unique, sur un minuscule bateau, qui me permet de voir les hauts immeubles de la corniche et les vieilles mosquées. Et, surtout, de voir la bibliothèque de la mer. Elle ressemble à un cadran solaire en angle, avec des parois métalliques qui réfléchissent le soleil.

Dimanche

10h

J'entre dans la Bibliotheca Alexandrina, inaugurée en 2002, comme on pénètre dans une église. Un intérieur très moderne, tout de gris métallique et de bois blond. Je m'attendais à un cachet antique, à une tentative de reconstruire la grandeur de la bibliothèque détruite par un incendie au IVe siècle, gardienne des trésors littéraires de l'époque. Malgré le choc, j'apprécie la majesté de l'endroit. Je grimpe les marches pour avoir une meilleure vue. Après tout, elle est haute de 11 étages et peut contenir jusqu'à 8 millions d'ouvrages. Des habitants de la ville sont plongés dans les livres, d'autres sont rivés à un écran d'ordinateur. L'ambiance est unique, presque solennelle, et différente des autres lieux de savoir moderne. Il y a plusieurs expositions et il faudrait plusieurs heures pour tout visiter. Je m'attarde dans la salle des manuscrits anciens et dans celle des «impressions d'Alexandrie», regroupant gravures, photographies et lithographies de la ville qui a inspiré tant d'artistes. J'y reconnais les rues étroites, les Alexandrins attablés au café-shisha du coin, les tapis suspendus aux fenêtres, les amoureux marchant au bord de la mer. Avant d'avoir réussi à saisir l'aura de mystère, qui plane sur les toiles comme dans la vie d'Alexandrie, le sifflement du train m'indique que je dois partir.

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