Fous de Mickey

Roxane Gamelin et Éric Champoux, qui sortent ensemble... (Photo François Roy, La Presse)

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Roxane Gamelin et Éric Champoux, qui sortent ensemble depuis la fin du secondaire, ont trouvé une passion qui les allume chaque jour. À l'arrière-plan, on aperçoit une partie de la collection d'objets reliés à Disney, qui appartient à la jeune femme de 23 ans.

Photo François Roy, La Presse

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Ils sont majeurs, vaccinés et passionnés de Disney. Ils ont Mickey tatoué sur le coeur et vivent la magie au quotidien. Portrait et analyse d'une passion insolite.

Vivre la magie de Disney, jour après jour

Les yeux de Roxane Gamelin brillent lorsqu'elle parle de sa passion pour l'univers empreint de magie de Disney. Depuis qu'elle est toute petite, ses nombreux voyages à Walt Disney World, à Orlando, ont nourri son imaginaire et forgé sa personnalité. Son bras gauche en porte la marque indélébile, des deux côtés : elle s'est d'abord fait tatouer le célèbre château de Cendrillon, qui domine Magic Kingdom, puis, en août, elle a fait ajouter le visage souriant de Mickey Mouse.

«Comme l'a dit Walt Disney, tout a commencé avec une souris, explique la jeune femme. Sans Mickey, tout cela n'existerait pas.»

De chacun de ses huit séjours à Walt Disney World, elle est revenue avec le désir d'y retourner, pour replonger dans l'atmosphère très spéciale qui y règne. «On est dans une bulle, tout le monde est content», indique son amoureux, Éric Champoux, également âgé de 23 ans, qui l'a accompagnée une fois avec sa famille, en 2013. Caressant le rêve d'y retourner ensemble et de passer deux semaines à Orlando, le couple a plutôt décidé de mettre le cap sur la Chine, où le Shanghai Disney Resort a été inauguré en 2016, une option plus économique.

«Aucun voyage organisé ne faisait escale au parc d'attractions», souligne Roxane en riant.

«En mai dernier, nous avons fait le parcours avec un groupe et la dernière journée, nous avons pris le métro pour aller par nous-mêmes à Shanghai Disney. Ce fut toute une aventure! Nous sommes fiers de nous.»

À leur retour, ils désiraient faire connaître leur expérience et donner quelques conseils. Ils voulaient aussi continuer d'avoir la magie de Disney dans leur vie. Encouragés par un autre passionné, le blogueur Yves Douville, versé dans l'organisation de voyages à Walt Disney World, ils ont décidé de se tailler une place dans l'univers du mode de vie Disney (Disney lifestyle), popularisé par les réseaux sociaux, qui consiste à intégrer des thèmes propres à Disney dans son quotidien, que ce soit dans son habillement, dans sa maison, ses réceptions, etc. Ils ont donc créé les comptes Facebook et Instagram Vivre la magie.

«Rien n'existe de comparable en français, au Québec», précise la dynamique étudiante en enseignement au primaire à l'Université de Montréal.

Simple et joyeux

Le duo prend ses propres photos. La composition peut être très simple, comme une tasse montrant Blanche-Neige, qui sera entourée de quelques figurines des sept nains puisées dans l'immense collection de Roxane. Pas besoin de dépenser une fortune pour s'habiller en faisant un clin d'oeil à des personnages, veut aussi montrer la jeune femme. Une jupe mi-longue à carreaux et un chandail vert forêt dénichés au Village des valeurs lui ont, par exemple, permis de rappeler la princesse Merida du film Brave.

«C'est plaisant, c'est joyeux, nous sommes extrêmement chanceux d'avoir pu trouver une passion qui nous allume jour après jour», dit Roxane, qui porte toujours quelque chose de relié à Disney et constate que beaucoup sont à la recherche d'idées.

Les sujets explorés dépassent l'univers traditionnellement associé à Disney. Il faut dire qu'Éric est un fan de Marvel et de Star Wars, qui font dorénavant partie de la famille élargie. Il y est aussi question des prochains films, des produits dérivés, des nouveautés dans les parcs, etc. «On rejoint un public très large, qui s'étend jusqu'en Europe», note Éric, qui aime faire part de ce qu'il découvre.

Déjà, certaines photos des deux Montréalais se sont retrouvées sur les sites des magasins Disney aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Ils ont attiré l'attention d'une entreprise chargée par Disney de trouver les plus grands fans de Disney au monde, ce qui leur a valu une visite surprise de Mickey Mouse, pour son 89e anniversaire, devant la Biosphère. Ils ont été seuls pendant une trentaine de minutes avec la célèbre souris. Un moment tout simplement magique!

Pour certains, Disney n'est pas qu'une passion, c'est... (Photo Bernard Brault, archives La Presse) - image 2.0

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Pour certains, Disney n'est pas qu'une passion, c'est un mode de vie.

Photo Bernard Brault, archives La Presse

Portrait d'une sous-culture

Imaginez aller à Disney World toutes les six semaines. Mieux: 40 fois par année. Ou encore dépenser des dizaines de milliers de dollars en produits dérivés. Pour certains, Disney n'est pas qu'une passion, c'est un mode de vie. Portrait en sept temps d'une sous-culture méconnue.

Ici comme ailleurs

Depuis plusieurs saisons, Canal Vie présente dans sa série Les accros de tels fans finis d'ici de Disney. Le phénomène n'est pas nouveau. En 2012, Le Figaro dressait le portrait d'un couple d'Américains qui avait passé 366 jours à Disneyland, en Californie. Et sur son blogue consacré au tourisme disneyesque, Yves Douville confie, quant à lui, aller à Orlando chaque année (ou presque) depuis 40 ans maintenant.

Un rituel proche du religieux

Pour Matthew J. Smith, directeur du département de communications de l'Université de Radford, en Virginie, expert en fandom (ces sous-cultures des fans), ces mordus de Disney partagent plusieurs traits avec les gens «très religieux», notamment les «rituels», «costumes», «reliques» et autres «textes sacrés», sans oublier, bien sûr, les «pèlerinages». «Comme les musulmans qui vont à La Mecque, les fans de Disney se rendent à Burbank ou en Floride», avance l'expert en culture pop.

Des valeurs attrayantes

«Comme la religion devient moins centrale, d'autres pratiques prennent sa place dans nos vies», poursuit-il en entrevue. Loin d'être un signe d'immaturité, cette passion pour des scénarios de personnages animés et un univers fantastique serait plutôt attisée par les valeurs «attrayantes» véhiculées par Disney. «Ce sont les valeurs dont Disney fait la promotion qui jouent: la bonne volonté, la transcendance, le bonheur! C'est très attrayant», fait valoir Matthew J. Smith.

Transcender le quotidien

Pour un public type qui a peut-être un boulot ordinaire, des collègues de travail amers, bref, une vie monotone, la promesse d'un voyage à Disney («l'endroit le plus magique sur terre») peut rendre ce quotidien plus supportable, avance-t-il. «Parce que la marque Disney transcende le quotidien typique, dit-il. Aller à Disney, c'est transcender le terre à terre pour rejoindre le fantastique.»

Retrouver l'enfant en soi

«Ça a l'air un peu cucul [cheesy] de dire ça, mais c'est vrai qu'en allant à Disney, on se sent de nouveau comme un enfant. On oublie tout le reste du quotidien», ajoute David Zanolla, expert des communications de Disney et professeur à l'Université de Western Illinois. Celui qui amène ses élèves tous les ans à Orlando depuis neuf ans souligne que c'est d'ailleurs la «mission» de la boîte: «créer du bonheur». «C'est leur job. Alors que vous ayez 50 ou 60 ans, peu importe, vous allez vous sentir à nouveau comme un enfant» - bref, oublier les responsabilités, tâches et soucis des grandes personnes, dit-il.

Se sentir importants

À nouveau, enchaîne l'expert, «ça va avoir l'air extrêmement cucul, mais à Disney, on se sent importants, et ça, c'est quelque chose qui fait une très grande différence à notre époque ». David Zanolla a analysé non seulement les communications de Disney avec ses employés, mais surtout celles des employés avec les clients (les «invités»). «On dirait que Disney a poussé une coche plus loin la prise en charge des visiteurs par ses employés.» Et ils sont nombreux: à Orlando, 70 000 employés sillonnent les parcs, et chacun trouve le temps d'interagir personnellement avec un enfant ici, un parent là. «Je ne suis pas sociologue ou psychologue, mais dans nos vies occupées, on prend moins le temps de vivre ces échanges. On va au service au volant, on paye nos factures en ligne, etc.» D'où l'importance que ces échanges prennent ici, croit-il. «On se sent appréciés, c'est un gros morceau. C'est ça qui fait que les gens reviennent.»

À chacun son dada

Évidemment, ce n'est pas tout le monde qui s'emballe à ce point pour les princesses, collectionne les oreilles de Mickey ou multiplie les voyages à Disney. «La moyenne des gens consomme modérément», reprend l'expert en culture pop Matthew J. Smith. «Mais il y a des gens pour qui la culture populaire touche une corde sensible», dit celui qui a par ailleurs une collection de 16 000 bandes dessinées. Et finalement, en quoi serait-ce plus «socialement acceptable» de faire des voyages à répétition pour aller voir une équipe de football, dépenser des fortunes en billets, se peinturer le visage et hurler sa vie pendant un match? «On ne remet pas cela en question, conclut-il, parce que c'est plus commun, donc mieux toléré dans le contexte...»




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