Au p'tit lyonnais: l'erreur gastronomique

Au p'tit lyonnais est devenu ce que plusieurs... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Au p'tit lyonnais est devenu ce que plusieurs restos du genre sont devenus: une sorte de musée de la bouffe qui persiste à servir des choses sans souffle, brouillonnes, exsangues !

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Robert Beauchemin
La Presse

Que se passe-t-il avec les petits bistros de quartier? Hier, on les aimait bien. Ils servaient d'ancres à nos humeurs mélancoliques, ils nous raccrochaient aux nourritures terrestres en un sens. Celles qui ont presque disparu du monde de la restauration de notre ville et qui ont fait place à des «compositions de chef», des plats signature, des lieux d'invention et de... molécules! On se demande ce qu'il est advenu des vieilles recettes, des plats phare, des goûts si évocateurs de l'enfance. Soudainement, nous avons eu envie de découvrir ceux qui s'accrochaient toujours.

Par exemple, au détour d'une petite rue au coeur du Plateau, on trouve cette maison, baptisée Au p'tit Lyonnais. Jadis, on y mangeait plutôt bien une cuisine de province française, saucière, riche, parfumée, autour de plats de cochonnailles qui s'accrochaient à nos flancs. L'hiver, on en a bien besoin. Et l'ambiance était celle d'une maison de campagne.

Si ce bistro est resté très certainement petit, il n'est plus du tout lyonnais. Il est devenu ce que plusieurs restos du genre sont devenus: une sorte de musée de la bouffe qui persiste à servir des choses sans souffle, brouillonnes, exsangues!

Si ce n'était que de la cuisine, mais en quelques heures, nous sommes passés proches de la catastrophe. Il n'y avait pas de serveurs, le patron cuisinait d'une main et servait de l'autre pendant qu'un aide faisait bruyamment la vaisselle derrière un rideau. La carte des vins proposait quelques petits crus, aucun n'était disponible sauf celui qu'on avait inscrit sur le tableau noir, un Corbières confituré (vendu 38$) et trop jeune. La cuisine aurait eu besoin d'un sérieux coup de balai et la porte d'entrée ne fermait pas bien, les courants d'air nous arrivaient dans le dos. Dans ce cas, il aurait fallu avoir le courage de faire marche arrière, quitte à chercher ailleurs un lieu de remplacement, et on sait qu'il y en a des tas dans le coin.

Entrée, plat et dessert

Côté cuisine, la formule inclut une entrée, un plat et un dessert. Il y a là des intitulés qui rappellent ces restos de gare des années 70, carrés d'agneau en croûte d'herbes «de Provence», filet de veau sauce au Brandy, canard aux framboises, pétoncles à l'huile de noix. La soupe annoncée pompeusement «aux 12 légumes» n'était qu'une compotée de légumes épuisés. Pas mauvaise, avec des notes d'amertume apportées par des choux et des brocolis trop cuits. Le pain avait l'air d'avoir été décongelé quelques minutes avant le service. Nous avons partagé une entrée, un «feuilleté» de chèvre au miel et au basilic (sans la moindre feuille de ce dernier), un embrouillement de pâte filo crayeuse, sur quelques morceaux d'un fromage sans caractère.

En plat, c'était un peu mieux. De la pintade servie toute nue, sur un jus au romarin et à la pêche. Tout ça, avec des pommes de terre à la dauphinoise, du reste assez bonnes, bien qu'elles aient été préparées longtemps avant le service, des bâtons de carottes et de céleri sautés au beurre et déglacés, deux purées indéfinissables au parfum mollement végétal.

Les mêmes garnitures sont présentées avec le jarret d'agneau braisé dans quelque sauce sombre et facturé, attention, 44$! Le jarret avait un fort goût laineux, certains l'aiment, moi pas. Nous étions comme légèrement mortifiés. Pas assez cependant pour résister au «coulant au chocolat» en forme de coeur, sur lequel on avait nappé du sirop de chocolat. Trop dense, un peu carton-pâte, et surtout bien trop sucré. On laisse presque tout sur l'assiette.

Que dire de plus? Quand un resto change de patron, il lui faudrait aussi être rebaptisé.

Au p'tit Lyonnais. 1279, rue Marie-Anne E. . 514-523-2424

Prix : La formule est proposée à partir de 38$ pour le plat, précédé d'une soupe ou d'une salade et d'un dessert (encore là, un seul) et il nous a bien fallu se l'avouer, c'est bien cher payé pour cette tambouille de cafeteria! Avec le vin, les taxes et le «service», l'addition montait à 160$ à deux!

Faune : Des couples, et encore pas beaucoup pour un vendredi soir, semblant égarés et pas du tout contents au final. On les comprend!

Service : Que quoi?

Vin : Que quoi (bis)?

Plus : Bon! Allez, le patron tunisien est gentil, il essaie bien fort de colmater les brèches, de faire sourire, de nous faire oublier ce moment d'égarement.

Moins : Propreté douteuse des lieux, décor kitsch de brocante, prix « astronomiques » pour le genre et annoncés moins chers sur le menu que sur la facture!

On y retourne? Non. À moins d'être un peu maso.

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