Une touche de Bourgogne à Saint-Armand

Le vignoble de Pigeon Hill passe presque inaperçu dans le paysage verdoyant de... (Photo Simon Giroux, La Presse)

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Karyne Duplessis Piché

Collaboration spéciale

La Presse

(SAINT-ARMAND) Le vignoble de Pigeon Hill passe presque inaperçu dans le paysage verdoyant de la frontière du Vermont. Les deux vins rouges qu'on y produit méritent toutefois qu'on s'y arrête.

Le mont Pinnacle et les cimes du Vermont se dressent devant la petite colline de Pigeon Hill. C'est au pied de ce panorama sublime que les vignerons Kevin Shufelt et Manon Rousseau cultivent leurs vignes depuis 2008.

À l'entrée du vignoble, dans le bâtiment de bois qui sert de boutique et de chai, le couple sert deux rouges. Ils sont élaborés avec un cépage hybride, le marquette. Les vignerons, des amateurs de vins de Bourgogne, ont choisi cette variété, car elle contient des gènes de leur cépage préféré, le pinot noir, et qu'elle produit des vins fruités et épicés.

«Quand on a démarré le vignoble, le marquette n'était pas encore planté au Québec, relate Manon Rousseau. Mais les vins que l'on a goûtés aux États-Unis nous ont donné envie d'en planter.»

Aujourd'hui, les deux tiers des 4500 plants en production dans leur champ sont composés de ce cépage. Contrairement au pinot noir, qui doit être protégé pendant les hivers québécois, le marquette résiste bien aux températures froides d'ici. Les vignerons cultivent aussi d'autres variétés hybrides, dont le frontenac noir, le frontenac gris et le lacrescent. Le tout en suivant les règles de l'agriculture biologique.

Des rouges faits comme en Bourgogne

Kevin Shufelt et Manon Rousseau savent que les rouges du Québec ont mauvaise presse. Et bien qu'ils n'utilisent pas les mêmes cépages que les bourguignons, le couple tente d'élaborer des rouges aussi raffinés que sur la Côte d'Or. Pour ce faire, ils font appel aux conseils de l'oenologue Patrick Barrelet, diplômé de Dijon et spécialiste du pinot.

«Patrick nous répète qu'il faut trier les fruits pour ne garder que les plus belles grappes, explique M. Shufelt. On perd chaque année près de 30% de notre récolte. Mais le résultat vaut le sacrifice.»

Le couple n'hésite pas à investir dans l'achat de fûts de chêne français afin de vieillir ses rouges en barrique comme en Bourgogne plutôt que d'utiliser des copeaux de bois. Cette pratique coûte plus cher mais ajoute de la complexité au vin et peaufine ses tannins.

Les vignerons ont mis de côté leurs deux meilleurs fûts. Leur contenu sera assemblé et commercialisé à l'automne sous l'étiquette «réserve» après un séjour plus long en barrique. Ils comptent ajouter un rosé et un blanc à leur gamme l'an prochain.

À l'écart des touristes, le couple a planté quelques rangées de pinot noir. La première récolte aura lieu l'an prochain, et les yeux de Kevin Shufelt brillent déjà à l'idée de servir bientôt ses propres bouteilles de pinot.

Une intuition

L'agriculture est une affaire de famille chez les Shufelt. Ils cultivent leur terre depuis cinq générations.

Kevin est toutefois le premier vigneron de la lignée. Cet amateur de vin a constaté que la vigne sauvage pousse sur la petite colline de Pigeon Hill. Il a déduit que l'endroit serait propice à la viticulture. Une étude du sol effectuée par l'Université Laval et le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) a confirmé son intuition, si bien qu'il a remplacé ses champs de luzerne par des rangs de vigne en 2008.

«Faire du vin, c'est bien différent que de produire du lait ou du maïs, dit Kevin Shufelt. C'est le seul produit que je sers moi-même au client. Je peux voir sa réaction et ça me fait chaud au coeur.»

Pour les amateurs de vin qui ne peuvent se rendre jusqu'au vignoble, les rouges de Piegon Hill sont servis dans les restaurants montréalais Au Petit Extra et Santa Barbara.

Comment s'y rendre

Si vous partez de Montréal, calculez près d'une heure et demie pour vous rendre à Pigeon Hill. Le chemin le plus rapide consiste à prendre l'autoroute 10 Est, puis d'emprunter la sortie 22. Vous roulez ensuite sur l'autoroute 35 Sud en direction de Saint-Jean-sur-le-Richelieu. La sortie 39 vous mène à la route 104 Est. Trois kilomètres plus loin, tournez à droite sur le rang Kempt. Au bout du chemin, prenez à droite sur la route 235 Sud en direction de Bedford. Une fois au village, tournez à gauche sur la route 202 Est, nommée rue de la Rivière. Après avoir roulé 3 km, tournez à droite sur le chemin du Ridge. Au bout de la route, tournez de nouveau à droite sur le chemin Guthrie. Vous arriverez enfin au chemin de Saint-Armand. Vous devez alors tourner à gauche. Le vignoble est sur votre droite, sur le chemin des Érables.

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Photo Simon Giroux, La Presse

À déguster

Le chai 2013

Ce rouge 100% marquette explose de notes poivrées, de fruits rouges et de noisette. Sa bouche rappelle certaines cuvées à base de cabernet franc de la Loire. C'est croquant en bouche et fruité. Les tannins sont légers et soyeux. Les arômes de bois sont subtils. Très bien fait. 13% 15$

Pigeon Hill 2013

Les amateurs de vin plus corsé seront comblés avec cet assemblage 70% marquette et 30% Frontenac noir. Vieilli 12 mois en fût de chêne, on retrouve beaucoup de fruits noirs au nez comme en bouche. Les tannins sont délicats. C'est rond et légèrement vanillé en finale. 13% 18$




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