Jennifer Abel: humaine, après tout

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Les Mondiaux de Budapest représentent pour Jennifer Abel un premier jalon en vue des Jeux olympiques de Tokyo, en 2020.

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Jennifer Abel n'avait pas l'air dans son assiette aux Jeux olympiques de Rio. Comme si elle n'assumait pas pleinement son nouveau statut de leader de l'équipe canadienne de plongeon avec Roseline Filion et Meaghan Benfeito.

En réalité, elle était diminuée physiquement. Trois mois avant les Jeux, elle a subi une déchirure musculaire à un mollet, une blessure dont elle avait minimisé la gravité, mais qui l'avait tenue sur le carreau pendant quatre semaines. À son retour, son dos l'a fait souffrir, au point qu'elle n'a pu plonger durant les sept jours menant à l'événement.

Abel n'avait jamais parlé de ces soucis physiques avant une entrevue avec La Presse en prévision des Championnats du monde de la FINA, qui se mettent en branle demain à Budapest.

«On se crée une carapace pour ne pas se laisser affecter, a-t-elle expliqué au téléphone depuis la capitale hongroise, plus tôt cette semaine. On pense qu'on est des superhéros. Mais dans le fond, on est des humains, nous aussi.»

Malgré tout, Abel s'en est tirée plus qu'honorablement au Brésil. Elle a d'abord terminé quatrième au 3 m synchro avec Pamela Ware, à moins d'un point du podium. Cinq jours plus tard, elle a rebondi en prenant le premier rang des préliminaires au tremplin individuel. Troisième en demi-finale, derrière les deux Chinoises, elle a reculé d'une place en finale, battue par Tania Cagnotto sur le tout dernier plongeon.

L'Italienne de 31 ans comprenait très bien les sentiments d'Abel : elle-même avait fini deux fois quatrième à Londres en 2012. Fille d'un athlète olympique qui est son entraîneur, Cagnotto en était à ses cinquièmes et derniers Jeux. Dans le clan canadien, certains suggéraient qu'elle avait bénéficié de la faveur des juges.

«Pour être honnête, je n'ai pas regardé l'épreuve depuis, répond Abel quand on lui demande son avis. Je ne suis pas encore rendue là. La seule chose que je peux contrôler, c'est mes plongeons. Les juges décident des notes qu'ils veulent donner.»

La Lavalloise avait quitté le bassin carioca la tête haute. «J'ai donné le meilleur de moi-même, analyse-t-elle avec le recul. J'ai manqué un plongeon sur 15, sur trois jours de compétition. La stabilité en plongeon, c'est ce qui est le plus difficile. Ça peut bien aller une journée et être un désastre complet le lendemain.»

«La tête ailleurs»

Sur le coup, elle aurait été prête à remonter sur le tremplin dès le lendemain s'il avait fallu. Or, les quatre années du cycle olympique l'avaient usée plus qu'elle ne le pensait.

Abel l'a senti cette saison. «Je ne vais pas mentir, ça a été assez difficile de revenir après ces deux quatrièmes positions-là. Mentalement surtout.»

Troisième au classement cumulatif des Séries mondiales, elle a connu une baisse de régime à la Coupe Canada de Gatineau, terminant 11e de cette épreuve du circuit Grand Prix (deuxième catégorie).

Au début de juin, l'athlète de 25 ans a touché le fond aux championnats nationaux de Toronto. Après avoir manqué son deuxième essai en finale, elle s'est carrément laissée tomber à l'eau au plongeon suivant. Son résultat n'ayant pas d'incidence sur sa sélection pour les Mondiaux de Budapest, elle a préféré abandonner plutôt que de s'enfoncer davantage.

«Malheureusement, j'avais la tête ailleurs côté familial, explique-t-elle. C'est pour ça que ça n'a pas fonctionné. On a juste décidé d'arrêter plutôt que de risquer d'aggraver les choses. Je n'ai pas perdu confiance, loin de là.»

Sa mère a eu un souci de santé, heureusement résolu depuis. «Aujourd'hui, elle va super bien», assure Abel.

En Hongrie, elle s'alignera sur trois épreuves: le 3 m individuel, le 3 m synchro avec la recrue Mélissa Citrini-Beaulieu et le 3 m synchro mixte avec François Imbeau-Dulac.

«On vise toujours le podium», souligne la quadruple médaillée en quatre participations, dont le bronze individuel en 2011. «C'est faisable. Les entraînements vont bien, ça va donc se passer entre les deux oreilles le jour J.»

Abel doit mettre en application une nouvelle stratégie qu'elle développe avec son entraîneur Arturo Miranda. Le défi de la puissante plongeuse sera de garder son calme et de ne pas surréagir aux rebonds de la planche, comme elle le fait en entraînement.

Ces Mondiaux représentent un premier jalon en vue des prochains Jeux de Tokyo, en 2020, pour lesquels l'objectif est très clair: «Je veux ma médaille individuelle, c'est la seule qui me manque. Je vais tout faire pour aller la chercher.» 

Voilà les paroles d'une véritable leader.

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Mélissa Citrini-Beaulieu... (Photo Vaughn Ridley, fournie par Plongeon Canada) - image 2.0

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Mélissa Citrini-Beaulieu

Photo Vaughn Ridley, fournie par Plongeon Canada

Nouveau duo

Après une association fructueuse de quatre ans avec Pamela Ware (bronze et argent aux deux derniers Mondiaux), Jennifer Abel évolue maintenant avec une nouvelle partenaire en synchro, Mélissa Citrini-Beaulieu, 22 ans.

«C'est une fille très forte physiquement et mentalement, a noté Abel. On mise beaucoup sur le fait qu'on a eu une très bonne saison pour bâtir notre confiance.»

Opérée à un pied avant Noël pour une fracture de stress qui l'ennuyait depuis trois ans, Ware est montée sur le podium individuel à deux reprises depuis son retour en avril, avant de s'imposer aux championnats canadiens.

«La blessure de Pamela a pesé dans la balance, mais je pense que l'équipe canadienne voulait s'assurer qu'on n'ait pas une seule option d'équipe, a précisé Abel. Pour le moment, c'est Mélissa et moi.»




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