Normand Piché et «l'étincelle» de la quarantaine

Normand Piché est de retour, au grand plaisir... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

Agrandir

Normand Piché est de retour, au grand plaisir de sa fille Kina-Moon. En tout, il a nagé 100 km en eaux vives en 86 jours.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Quand Normand Piché est arrivé à l'aéroport Montréal-Trudeau, hier, sa fille de 16 ans lui a sauté au cou. Il venait de relier les cinq continents à la nage.

Il y a deux ans, quand ce projet un peu fou est né, elle a été la première à qui il en a parlé. À ce moment-là, il ne voulait pas ébruiter l'affaire. Il ne savait pas s'il irait jusqu'au bout de cette aventure franchement compliquée.

«Je suis fière de lui, pas tant pour le record qu'il a établi, parce que ce n'est pas si important, a dit Kina-Moon Aubry-Piché. Je suis fière de lui simplement parce qu'il a réalisé son rêve.»

Normand Piché a terminé mardi son entreprise lorsqu'il a bouclé la traversée de la mer Rouge, entre l'Égypte et la Jordanie. C'était la cinquième et dernière étape de ce tour des continents qui l'a mené du détroit de Gibraltar au détroit de Béring. En tout, il a nagé 100 km en eaux vives dans des endroits parfois compliqués.

«Là, je suis content et fier d'avoir fini, mais je sens aussi une petite tristesse que ce projet achève. Il y a une certaine nostalgie, je trouve que ç'a passé trop vite. Mais j'ai d'autres projets en tête.»

La genèse de cette aventure remonte aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. Normand Piché avait l'idée d'y écrire un livre sur les athlètes et leurs rêves. C'est là qu'il a réalisé qu'il devrait peut-être se concentrer sur son propre rêve. Le livre n'a jamais vu le jour. Mais le projet fou de relier les continents à la nage est né.

À 45 ans, cet homme qui a fait carrière dans l'industrie du spectacle a décidé de se lancer corps et âme dans l'aventure. «Je ne parlerais pas de crise de la quarantaine. C'était une étincelle que j'avais en dedans, une flamme que j'avais qui avait besoin de vivre, d'exploser», a expliqué Piché hier, tout juste descendu de l'avion.

Il n'avait pas à chercher loin pour comprendre l'importance de réaliser ses rêves. Lui-même avait «un petit sentiment d'échec» par rapport à sa carrière. «Là, j'avais une envie folle de me réaliser, tant du point de vue physique qu'intellectuel. Il y avait du sport dans ça, mais aussi pas mal de logistique.»

Son père est par ailleurs un ancien joueur de hockey dont la carrière a été brisée par la maladie. Il a joué en Suisse pour l'équipe de Fribourg-Gottéron. Mais alors qu'il était encore tout jeune, dans la mi-vingtaine, l'arthrite a mis fin à sa carrière. Il n'a jamais réalisé son rêve de jouer dans la LNH. En 2010, il a subi un AVC qui l'a laissé à moitié paralysé.

«Je ne veux pas rentrer dans une dimension trop spirituelle, mais il n'a pas réalisé son rêve. Moi, je l'ai trouvé, mon rêve, et j'ai décidé de le faire, pour moi et aussi un peu pour lui», explique Piché.

Nager avec les baleines

C'est ainsi qu'après deux ans d'entraînement, Piché s'est lancé à l'aventure le 24 août dernier. Il est parti entouré d'une équipe de quatre personnes, dont son entraîneuse et un kayakiste qui le suivait notamment pour repérer les prédateurs marins.

Il y a d'abord eu le détroit de Béring, son eau glaciale et les baleines qui sont venues nager à 50 m de lui. Il a ensuite traversé entre l'Asie et l'Océanie, de la Papouasie à l'Indonésie. Entre l'Asie et l'Europe, de la Turquie à la Grèce, des bateaux militaires ont escorté le nageur.

Le détroit de Gibraltar s'est révélé le plus compliqué. Son permis ne lui avait jamais été délivré. Il a rencontré sur les lieux, par hasard, un nageur indien qui avait reçu le sien après trois ans d'efforts. Ils se sont liés d'amitié, et le Québécois s'est joint à lui pour les 16 km vers l'Afrique. «Ç'a été un moment fort de l'aventure pour moi», dit-il.

Puis mardi, il y a eu la traversée de la mer Rouge. «Physiquement, ç'a été très éprouvant. Il y avait beaucoup, beaucoup de vagues. J'ai encore de la misère à réaliser que je l'ai fait, dit-il. J'ai aussi vu des petits requins, une trentaine, ils étaient très beaux. Je me suis simplement dit: j'espère que la maman n'est pas dans le coin...»

Il a bouclé l'aventure en 86 jours, 14 de moins que le précédent record, établi en 2012 par le Français Philippe Croizon, amputé des quatre membres après avoir été électrocuté.

Maintenant, Normand Piché souhaite donner 80 conférences gratuites dans les écoles, sorte d'hommage au Tour du monde en 80 jours de Jules Verne.

Qu'entend-il dire aux jeunes? Il ne le sait pas exactement encore, il veut prendre le temps de décanter tout ça. Mais il savait déjà ce qu'il voulait dire à sa fille.

«Ce n'est pas vrai qu'on choisit sa voie à 16 ans, qu'on décide qu'on va devenir médecin ou infirmière pour toujours, dit-il. J'aimerais lui dire d'aller voir la vie, d'explorer, de découvrir, de voyager, et après, de voir ce qui l'allume. Je lui dirais d'aller trouver sa flamme.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Sports

Tous les plus populaires de la section Sports
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer