Un Québécois de 68 ans suspendu pour dopage

Gérard-Louis Robert vient d'être suspendu pour dopage. Le... (Photo Martin Chamberland, Archives La Presse)

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Gérard-Louis Robert vient d'être suspendu pour dopage. Le cycliste franco-québécois ne pourra plus participer à des compétitions avant le 11 octobre 2024.

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Un cycliste franco-québécois de 68 ans, détenteur de deux records du monde dans sa catégorie d'âge, vient d'être suspendu pour dopage. Gérard-Louis Robert ne pourra plus participer à des compétitions avant le 11 octobre 2024.

La suspension de huit ans est sévère. C'est que Gérard-Louis Robert, qui vit au Québec, n'en était pas à sa première infraction. Il avait déjà été suspendu deux ans pour dopage en 2009, ce qu'ignoraient jusqu'à tout récemment la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC) et l'agence canadienne antidopage.

Le cycliste sexagénaire jouissait d'une excellente image dans la communauté du vélo. Il a récemment fait l'objet de reportages élogieux sur les ondes de Radio-Canada et dans La Presse, où un article intitulé «De l'or dans les jambes» a été publié en décembre dernier.

Mais tout a chaviré pour lui le 27 août 2016, alors qu'il participait aux Championnats québécois sur piste. Il a été sélectionné pour un contrôle antidopage, et ses échantillons ont révélé un niveau de testostérone particulièrement élevé.

La testostérone produite naturellement par le corps est dite «endogène». Mais des athlètes utilisent de la testostérone exogène pour se doper. C'est une pratique interdite par l'Agence mondiale antidopage. Après avoir recoupé les résultats du test avec ceux du passeport biologique de l'athlète, les autorités en ont acquis la certitude: il s'agissait d'un cas de dopage.

Une augmentation de plus de 600%

L'arbitre au tribunal antidopage du Centre de règlement des différends sportifs du Canada (CRDSC) a entendu l'experte en dopage Christiane Ayotte, qui était formelle. «Selon elle, il est possible d'observer une variation de 30%, mais rarement plus, pour la testostérone endogène. Ici, il est question d'une augmentation de plus de 600%, ce qui est extraordinaire», peut-on lire dans la décision.

Lors d'une audience devant l'arbitre, en mars dernier, Gérard-Louis Robert nie tout. Il assure qu'il ne sait pas comment ces résultats ont pu survenir. Il fait valoir qu'il s'agit de sa première infraction, comme l'arbitre le croit, comme tout le monde au Québec le croit.

«Selon lui, ce n'est pas à 68 ans qu'il commencerait à prendre des produits dopants. Il a expliqué avoir toujours fait attention à sa santé», affirme l'arbitre du tribunal antidopage.

Il demande toutefois, si jamais il était suspendu, que l'on passe toute l'histoire sous silence. «Toute sa vie est basée sur la confiance que les gens ont en lui. Il est une source d'inspiration pour plusieurs personnes. C'est pourquoi il mentionne avoir peur des répercussions que la présente affaire pourrait avoir sur sa réputation et il craint la réaction des gens sur les réseaux sociaux», écrit l'arbitre Patrice Brunet dans sa décision.

«Pour ces raisons, il demande au Tribunal de considérer une ordonnance de non-publication pour préserver la confidentialité du présent dossier, si jamais il n'avait pas gain de cause», continue l'arbitre, qui la lui refusera conformément aux règlements de l'antidopage canadien.

Une infraction «secrète» en 2009

Le tribunal antidopage rend sa décision le 22 mars: Gérard-Louis Robert est suspendu quatre ans pour usage de testostérone. La durée est celle prévue pour une première infraction. Le cycliste décide le 17 avril d'interjeter appel auprès du Centre de règlement des différends sportifs du Canada.

Mais après la demande d'appel, le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES, l'agence antidopage canadienne) reçoit des informations troublantes de l'Union cycliste internationale (UCI). En 2009, en France, Robert avait violé une règle antidopage et avait dû purger une suspension de deux ans.

Face à ces nouveaux renseignements, Gérard-Louis Robert renonce à faire appel. Le CCES exige maintenant une suspension de huit ans, puisque c'est une deuxième infraction. Le cycliste accepte.

Hier, un courriel envoyé à Gérard-Louis Robert est resté sans réponse. L'un de ses proches, Pierre Hutsebaut, entraîneur réputé sur la scène canadienne, a témoigné en faveur de son ami devant le CRDSC. Hier, joint par La Presse, il a refusé de répondre à nos questions, a dit être à l'aéroport et a raccroché.

«Nous n'étions pas au courant de l'infraction de 2009. Peut-être que ça s'explique par la double nationalité de Gérard-Louis Robert, qui est également français», explique le directeur de la Fédération québécoise des sports cyclistes, Louis Barbeau.

«En 2009, lorsqu'il a été testé, ç'a probablement été géré par l'agence antidopage française et l'UCI. Nous, on n'a jamais été informés de ça. Pour moi, c'était une nouvelle, ajoute Louis Barbeau. J'ai appris ça il y a quelques jours à peine quand M. Robert est venu m'expliquer qu'il allait écoper d'une suspension de huit ans.»

«Épouvantable»

La directrice du laboratoire de contrôle antidopage de Montréal, Christiane Ayotte, se demande comment tous les acteurs québécois et canadiens du cyclisme ont pu être tenus dans l'ignorance quant à l'incident de 2009.

«Je trouve ça épouvantable. Je ne comprends pas pourquoi l'UCI n'a pas réagi avant, ne nous a pas informés avant, alors qu'elle savait qu'il y avait une audience, dit-elle en entrevue. C'est très bizarre, il n'y a aucune trace sur l'internet de cette infraction-là. Par contre, si on regarde le parcours de l'athlète, on voit qu'il y a un arrêt des compétitions, alors on peut le déduire.

«Ç'a pris un temps fou avant que l'UCI nous envoie ces résultats. Peut-être que l'UCI avait des raisons réglementaires de ne pas publiciser tout ça? Je ne sais pas. En tout cas, je vais envoyer le dossier à l'Agence mondiale antidopage pour qu'elle rende des comptes là-dessus. On a perdu notre temps! C'est ahurissant, je n'ai jamais vu ça en 30 ans de carrière.»

Gérard-Louis Robert est né en France et s'est mis à pratiquer le cyclisme en bas âge. À 19 ans, un médecin lui a interdit de remonter en selle, car il souffrait d'arythmie cardiaque, selon la version racontée par l'athlète à plusieurs médias.

Puis, en 2002, un médecin québécois l'a opéré. Il s'est remis au vélo et est devenu l'un des athlètes les plus dominants chez les Maîtres. L'année suivante, il a gagné un titre de champion du monde dans sa catégorie d'âge. En tout, il estime avoir gagné plus de 350 courses sur piste. Il détient deux records du monde sur piste dans la catégorie des 65-69 ans, en poursuite et au contre-la-montre.




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