Malédiction dans le jardin

Feuille de vigne après le passage des scarabées.... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Feuille de vigne après le passage des scarabées.

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Pierre Gingras
L'appétit des scarabées japonais semble sans limites.... (Photo Martin Chamberland, La Presse) - image 1.0

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L'appétit des scarabées japonais semble sans limites.

Photo Martin Chamberland, La Presse

Rencontre troublante, il y a trois semaines à Chambly. J'ai vu pour la première fois des scarabées japonais. Ils étaient des centaines et des centaines à dévorer les rosiers et les vignes du jardin de mon ami Ricardo Larrivée. Avec ses reflets vert métallique, l'insecte est fort joli, il est vrai, mais ses dommages sont épouvantables.

 Le scarabée japonais s'attaque à au moins 300 espèces de plantes. Parmi ses préférées, notons les vignes, pommiers, pommetiers, cerisiers, pruniers, framboisiers, bleuets, ormes, tilleuls et rosiers, sans oublier plusieurs autres vivaces comme les zinnias et les dahlias. Les plantes potagères ne sont pas épargnées non plus: les asperges, la rhubarbe ou encore le brocoli figurent à son menu. Non seulement mange-t-il le feuillage, mais il bouffe aussi les fleurs et même les fruits.

 Quand il s'attaque à une feuille, une fois le repas terminé, il n'en reste plus que les nervures. Des lecteurs m'ont même écrit pour me dire qu'ils abandonnaient la culture des rosiers après le passage du scarabée. (Et ils n'avaient pas encore été confrontés au scarabée du rosier, une autre bestiole semblable, particulièrement active cet été.)

 Heureusement, les problèmes causés par Popillia japonica, de son nom scientifique, sont avant tout d'ordre esthétique, ce qui est désastreux évidemment puisqu'on entretient un jardin pour sa beauté. Mais la plupart du temps, l'attaque n'entraîne pas la mort du végétal et le feuillage repousse. On imagine toutefois que des agressions répétées peuvent affaiblir la plante.

Un été propice

 L'hiver doux et enneigé, de même que le temps pluvieux qu'on a connu depuis le printemps, ont favorisé la survie des larves dans le sol et l'émergence d'innombrables adultes en juillet et août. Les affamés sont actifs durant six à huit semaines.

 D'environ 1,3 cm (1/2 po), la bête est active quand il fait chaud (21 C et plus) et que le temps est ensoleillé; ce sont d'ailleurs toujours les feuilles bien hautes et exposées au soleil qui sont d'abord dévorées. Le vol du scarabée est erratique mais il peut voyager sans peine sur une distance de plusieurs kilomètres s'il profite d'un bon vent.

 Le scarabée japonais est non seulement dommageable quand il est adulte mais, comme le hanneton européen, sa larve - un autre ver blanc - mange allègrement les racines de nos pelouses au cours de l'automne et au printemps. Avec les résultats que l'on imagine.

 Originaire d'Asie notamment de la Chine et du Japon, l'insecte maléfique est arrivé aux États-Unis en 1916. Il a ensuite été signalé en 1939 en Nouvelle-Écosse et au Québec, à Lacolle, où on avait capturé trois spécimens. Aujourd'hui, il est présent dans une trentaine d'États américains, en Ontario, (où il fait des dommages dans les vergers), au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Chez nous, sa progression a commencé il y a une quinzaine d'années mais elle semble limitée par les hivers rigoureux.

 L'insecte, qui affectionne les sols sablonneux, est aujourd'hui présent surtout dans le sud-ouest du Québec et les principaux foyers d'infestation sont situés à Sorel-Tracy, Bedford dans l'Estrie, à l'ouest de Montréal et à Berthier, dans Lanaudière.

 Selon les données de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, qui suit son évolution, les scarabées japonais étaient particulière nombreux cet été à Bedford, de même qu'à Brossard et Candiac.

POUR MIEUX COMBATTRE LA BÊTE

 Si les producteurs commerciaux disposent toujours de certains produits chimiques pour faire face aux invasions d'insectes, le jardinier amateur, lui, se retrouve sans défense. Depuis l'application du Code de gestion des pesticides en avril 2006, bon nombre d'insecticides lui sont maintenant interdits et il est souvent difficile d'obtenir des renseignements fiables sur les divers produits sur le marché. Les informations sur l'internet sont aussi parfois contradictoires. Le cas du scarabée japonais est assez éloquent à cet égard.

 Par exemple, dans l'excellente documentation du ministère ontarien de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales, on nous indique qu'il existe plusieurs pièges à phéromone pour capturer la bête mais que, la plupart du temps, ils attirent plus de scarabées qu'ils n'en capturent. Beau dilemme! Le hic c'est qu'aucun autre site ne mentionne ce fait. Avec l'aide de Brigitte Mongeau, conseillère à l'Institut québécois du développement de l'horticulture ornementale (IQDHO), une spécialiste qui suit l'évolution du scarabée, voici quelques trucs qui pourront vous aider.

 Contre les scarabées adultes

 Éteindre les lumières qui éclairent les platebandes pour éviter de les attirer.

 Piéger la bête, notamment par des pièges lumineux. Ou encore poser une planche sur le sol près des plantes préférées des scarabées. Ils se cacheront sous la pièce de bois. À vous de les ramasser au petit matin, avant qu'ils ne soient actifs.

 Capturer l'insecte à la main ou avec un aspirateur portatif. On dépose ensuite les scarabées dans une solution d'eau et de savon.

 Planter des alliums au pied des rosiers ou vaporiser sur les plantes une solution faite d'eau et d'ail macéré. L'ail aurait un effet répulsif. L'efficacité de la solution reste toutefois à démontrer, si je me fie à certains lecteurs qui n'ont obtenu aucun résultat avec cette méthode.

 Arroser les plantes avec une solution faite d'une macération d'eau et de feuilles de rhubarbe ou d'ail. Il faut vaporiser après chaque pluie. Le traitement tuerait les scarabées, mais son efficacité reste aussi à démontrer, selon certains lecteurs.

 Saupoudrer de la terre diatomée sur le feuillage des plantes. Attention! Il faut éviter d'inhaler ce produit.

 Les pélargoniums (géraniums) sont mortels pour les scarabées à très petites doses.

 Contre les larves

 Maintenir le gazon en santé, bien dense et faire la coupe à 3 po (8 cm) durant la période de ponte, de juillet au début septembre.

 La méthode de la pomme de terre: sous le gazon, on insère de gros morceaux de pomme de terre. Les larves en sont friandes. Au bout de quelques jours, on élimine les larves qui bouffent la patate.

 Utiliser des nématodes, surtout l'espèce Steinernema carpocapsea, celle qui serait la plus efficace contre le scarabée japonais. Il faut toutefois suivre le mode d'emploi rigoureusement et ne jamais faire de traitement par temps ensoleillé.

 En désespoir de cause, faire appel à un expert en entretien du gazon pour un traitement avec le pesticide Merit. L'utilisation de ce produit est toutefois interdite dans plusieurs municipalités.

 




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