Métier: matelassière

Compter sur les moutons pour dormir

La laine, une fois lavée, conserve sa couleur... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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La laine, une fois lavée, conserve sa couleur naturelle et son suint, une matière sébacée dont on tire notamment la lanoline. C'est le suint qui donne à la fibre son élasticité, son imperméabilité et sa souplesse.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

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De la laine de mouton brute. Du coutil, trois aiguilles, du fil. C'est tout ce qu'il faut à Isabelle Desgagné pour fabriquer un matelas digne de la princesse au petit pois. Dans le conte qui nous occupe, c'est elle la fée. Et par sa magie, fini de compter les moutons pour s'endormir : on n'a qu'à compter sur leur laine !

Le métier de matelassier, s'il est relativement courant en France, n'existait plus ici jusqu'à ce qu'Isabelle Desgagné le ressuscite. Comme bien d'autres, il avait disparu à mesure que l'industrialisation gagnait du terrain. C'est d'ailleurs en Ardèche qu'Isabelle Desgagné a dû aller chercher sa formation, en 1981. Durant six mois, elle a appris à traiter la laine, à manier les aiguilles et le fil et à façonner des matelas comme on le fait depuis des siècles.

Rentrée au Québec, elle a battu la campagne pour trouver des éleveurs de moutons capables de lui fournir une laine suffisamment gonflante et résistante. Heureusement, les races ovines les plus courantes au Québec (élevées essentiellement pour la viande) ont une toison idéale, et les éleveurs ne se font pas prier pour la céder à notre artisane : « Bien souvent, ils ne savent pas quoi en faire... Certains producteurs la jettent même, parce que c'est trop compliqué à gérer », explique-t-elle.

Une fois la laine tondue, il faut la laver, ce qu'Isabelle fait à la main, l'été, dans de grandes cuves disposées à l'extérieur. Elle lave comme ça, chaque année, jusqu'à deux tonnes de laine (oui, plus de 4400 lb) ! 

Alors que, dans l'industrie textile, l'opération de lavage vise d'ordinaire à débarrasser la laine de son suint (matière sébacée que sécrète la peau du mouton), ici, il importe au contraire de le conserver puisque c'est ce qui donne à la fibre les propriétés qu'on recherche (élasticité, imperméabilité, gonflant, souplesse).

UN PROCESSUS DE FABRICATION ASSEZ SIMPLE

À Sainte-Eulalie, tout près de Victoriaville, Isabelle Desgagné a acheté l'ancien presbytère, magnifique demeure de brique qu'elle occupe entièrement et qu'elle retape peu à peu (elle sait tout faire). 

Au rez-de-chaussée se trouvent la boutique Merlaine, où l'on peut tester le confort (absolu) des matelas et des couettes qu'elle fabrique, et l'atelier, une pièce relativement petite où elle assemble et coud patiemment tout cela. Au bout de sa table de travail dorment les rouleaux de coutil, cette toile 100 % coton habituellement rayée mais qui, en l'occurrence, est joliment semée de petites fleurs. À côté, la laine brute, seul et unique matériau de garnissage, forme un gros boudin moelleux.

Le processus de fabrication semble assez simple : l'artisane épingle l'enveloppe de coton autour de l'épaisseur de laine voulue et la coud au point de surjet. Puis elle pique au point droit, à l'aide d'une aiguille courbe, le bourrelet qui donnera à l'objet sa forme carrée. Enfin, elle procède au capitonnage avec une longue et redoutable aiguille à double pointe. 

Ses doigts devenus calleux travaillent sans se presser, mais avec une remarquable précision. Fabriquer un matelas grand format (queen) lui demande une douzaine d'heures (sans compter le lavage de la laine, qui peut prendre une semaine !).

La clientèle d'Isabelle est surtout française. « Ce sont souvent des gens qui viennent faire refaire un matelas qu'ils ont apporté d'Europe. » Car si la toile s'use, la laine, elle, peut durer toute une vie. « Il s'agit simplement, tous les 10 ans environ, de la regonfler et de fabriquer une nouvelle enveloppe si l'ancienne est trop usée », explique Isabelle.

Un matelas bon pour la vie entière ? Voilà vraiment de quoi rêver...

AVANTAGES DU MATELAS DE LAINE

MOELLEUX

La laine procure un soutien semblable à la mousse dite à mémoire de forme. Elle n'est pas conseillée aux personnes qui aiment un soutien ferme, mais celles qui cherchent la sensation « nuage » seront comblées.

ISOTHERME

La laine « respire » mieux que les fibres synthétiques et aide à réguler la température du corps. Les dormeurs qui ont toujours trop chaud restent plus au sec, et les frileux conservent mieux leur chaleur.

ANTIALLERGÈNE

Les fibres naturelles produisent moins d'électricité statique et, de ce fait, attirent moins la poussière et les acariens.

MANIABLE

Le matelas de laine ne fait que 15 cm d'épaisseur. Il est de ce fait facile à manipuler. On peut donc le faire aérer une ou deux fois par an, au soleil ou au froid, ce qui tue les acariens et regonfle la laine.

DURABLE ET ÉCOLOGIQUE 

Contrairement aux matelas du commerce, le matelas de laine dure toute la vie : il suffit de faire recarder la laine tous les 10 ans environ (certains fabricants français recommandent même jusqu'à 15 ans). Comme il est fait de fibres naturelles, aucun sous-produit de pétrole n'entre dans sa fabrication. 

ÉCONOMIQUE

Un matelas double coûte 1500 $ à l'achat ; un grand format, 1750 $. La réfection, tous les 10 ou 15 ans, coûte la moitié moins. 




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