Une maison au coeur de l'histoire

La maison Nathaniel-Douglass, à Saint-Cyprien-de-Napierville.... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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La maison Nathaniel-Douglass, à Saint-Cyprien-de-Napierville.

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(Saint-Cyprien-de-Napierville) Dans ce troisième reportage sur les maisons du Bas-Canada, on découvre l'univers de Nathaniel Douglass, Américain d'origine écossaise venu s'établir à Saint-Cyprien-de-Napierville, au début du XIXe siècle. Sa maison est citée patrimoniale, tant pour son style architectural que pour sa riche histoire, tumultueuse.

La maison Nathaniel-Douglass dresse sa sobre façade de pierre au carrefour de trois routes de campagne. Seule sur son îlot de verdure entre ces voies publiques, elle est dissimulée, en été, par de vénérables érables à Giguère et quelques jeunes chênes, marronniers et pommetiers.

En plus d'avoir mis beaucoup de soin à préserver la maison, Sylviane Soulaine et Pierre Couture, qui en sont propriétaires depuis octobre 1990, ont pris intérêt aux fascinants personnages qui y ont vécu.

« Autant les Douglass, arrivés en 1809, que les Peron, qui ont acheté la maison en 1876, ont marqué ce coin de pays », rapporte Mme Soulaine, qui fouille avec passion et rigueur l'histoire de l'habitation et de son patelin, épluchant avec patience divers documents : poursuites judiciaires, actes notariés, inventaires après décès, testaments...

« Un document indique que les Douglass sont arrivés en 1809, dans ce qui était alors la seigneurie de Léry, indique Sylviane Soulaine. La maison a sans doute été construite vers 1809, même si, officiellement, la terre a été concédée en 1816. Il n'était pas rare qu'on attende que les gens soient installés avant de concéder la terre. »

«Leur vie n'a pas dû être facile. Il devait faire froid, l'hiver, entre ces quatre murs de pierre non isolés.»

Sylviane Soulaine
copropriétaire actuelle

Dans les documents, on les appelle « les Américains », ce qui souligne leur différence. « J'y suis sensible, moi qui suis aussi une immigrée [de France], reprend Mme Soulaine. De plus, les Douglass se souciaient d'éducation, ce qui ne peut me laisser indifférente, en tant qu'ancienne enseignante. Dans certains documents, les enfants aînés doivent s'engager à faire instruire les plus jeunes. »

Depuis le temps qu'elle reconstitue leur vie, Sylviane Soulaine a un peu l'impression de vivre avec les Douglass. Elle n'est aucunement portée sur la communication avec les disparus, mais se prend à questionner mentalement Nathaniel Douglass père, comme un ami. « Qui a construit la maison, toi ou Nathaniel fils ? Et où est Charlotte Traversier, ton épouse, que je n'ai trouvée dans aucun cimetière ? Pourquoi la famille s'est-elle convertie à l'Église méthodiste, en 1833 ? »

RESTAURATION ET ENTRETIEN 

Le carré d'origine de la maison Nathaniel-Douglass est imposant : 40 pi sur 35 pi. Le bâtiment comporte un rez-de-chaussée, un étage et un grenier à superbe charpente. Les Soulaine-Couture y ont réalisé les nécessaires travaux de restauration et d'entretien. 

Un maçon spécialisé a rejointoyé les pierres extérieures sur les quatre faces du bâtiment. En 1995, toutes les fenêtres ont été refaites sur mesure, avec des vitres thermos. Un poêle Jotul a été installé dans l'immense âtre de pierre d'origine. Les deux portes principales, en façade et sur le côté, ont été changées pour des portes de cèdre identiques. La cuisine d'été, qui avait été convertie en garage autour de 1980, a retrouvé son aspect d'origine. Le sous-sol a été creusé d'un pied ou deux et a été bétonné.

UN ÉVIER DE PIERRE

Un étonnant évier de pierre, devant une fenêtre, servait à laver les légumes. L'eau était évacuée directement dans la cour par une « gargouille », un conduit de pierre propre.

La décoration reflète l'amour de la dame de la maison pour l'art populaire : ici, un ensemble de canards de bois, là, un assemblage de chevaux, ailleurs, une collection de trépieds pour fers à repasser.

«Je ne sais pas résister à un joli vieil objet déniché chez un antiquaire.»

Sylviane Soulaine

De nombreuses pièces de porcelaine ou de verre à connotation religieuse occupent tablettes et tables d'appoint. « Pas parce que je suis dévote, mais parce que j'adore la porcelaine ! »

Selon la tradition orale, la maison a servi de relais pour changer les chevaux, sur la route vers New York. Puis, du temps de Delilah, la femme méthodiste d'Edward Wheeler Douglass, qui a habité la maison de 1825 à 1875, l'habitation servait aussi d'auberge « de tempérance » (sans alcool), selon le guide Lovell.

« Ce qui est fascinant avec une vieille maison comme celle-là, c'est que beaucoup de gens nous racontent des souvenirs qui s'y rapportent et nous montrent des photos. Une fois, il y a eu un décès dans la famille Peron, et des membres de la famille, revenus dans le coin pour lui rendre un dernier hommage, en ont profité pour revoir la maison. Une dame de 90 ans m'a dit : "Je dormais là, dans cette chambre, avec mes six soeurs." »

La maison Douglass est citée monument historique par le ministère de la Culture depuis 1995, et le cimetière Douglass, adjacent, est nommé site historique.

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