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Relations entre le Canada et les É.-U.: «Ça n'augure pas très bien», dit un ex-conseiller

« Si Justin Trudeau pense qu'il peut charmer Donald... (Photo William Philpott, Reuters)

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« Si Justin Trudeau pense qu'il peut charmer Donald Trump, il se trompe, avertit Alec Ross. Justin Trudeau est incapable de charmer Donald Trump parce que Donald Trump est tellement imbu de lui-même. Il va se sentir menacé par le charisme et la jeunesse de M. Trudeau. »

Photo William Philpott, Reuters

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(Ottawa) L'arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier risque de mettre à rude épreuve les relations entre le Canada et les États-Unis, estime Alec Ross, qui fut un conseiller d'Hillary Clinton durant la dernière campagne pour les questions d'innovation et de technologie.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche est un homme imprévisible et le charme de Justin Trudeau ne sera pas suffisant pour protéger les intérêts du Canada à Washington, avise-t-il dans une entrevue exclusive accordée à La Presse lors de son passage à Ottawa cette semaine.

M. Ross était au pays à l'invitation des dirigeants de la Chambre de commerce du Canada, qui désiraient l'entendre sur les possibles conséquences de la victoire de M. Trump sur les relations entre les deux pays. Voici un compte rendu de l'entrevue.

Quel effet aura une administration dirigée par Donald Trump sur le Canada ?

Je pense que ça n'augure pas très bien pour le Canada. Ce serait une erreur de croire qu'il pourrait y avoir des affinités entre le Canada, les Canadiens et Donald Trump et son entourage. On a juste à penser au commerce. Durant sa carrière d'homme d'affaires de plus de 40 ans, Donald Trump voyait les affaires et les négociations comme une manière d'arracher des choses. Il obtient quelque chose et il ne donne rien en retour. C'est la même chose en matière d'approvisionnement. Il achète des pianos pour ses hôtels, mais il n'en paie que la moitié. Il a tendance aussi à ne pas avoir des associés d'affaires pendant très longtemps. Il a tendance à les voir comme des adversaires. Je crois qu'il ne voit pas les Canadiens comme il perçoit les Mexicains. Mais il voit tout le monde comme une partie adverse dans les négociations. De son point de vue, durant les négociations, il y a des gagnants et des perdants. Donc, sur les questions commerciales, il y a matière à inquiétude pour le Canada.

Peut-on faire des comparaisons entre Donald Trump et d'anciens présidents américains ? Certains pensent qu'il pourrait être du même acabit que Ronald Reagan.

Non, je ne crois pas qu'il y ait de présidents à qui on puisse le comparer. Ayant vu Barack Obama pendant les huit dernières années, je pense qu'il serait aussi difficile de dire qu'il est comme tel ou tel autre président. Ronald Reagan et Donald Trump ont peu de choses en commun. Ronald Reagan choisissait ses mots très attentivement. Tout était bien chorégraphié. Il était extrêmement discipliné. Il était un acteur. Aussi, il s'était entouré de gens tels que James Baker, George Shultz - des gens qui étaient des hommes d'État dans le sens traditionnel. Il n'y a pas de James Baker ou de George Shultz dans l'entourage de Donald Trump. Si Ronald Reagan était discipliné, Donald Trump démontre tout le contraire. Même sur le plan idéologique, les deux sont très différents. Ronald Reagan croyait à la menace soviétique. Donald Trump est presque un fan de Vladimir Poutine.

Diriez-vous, comme certains experts, que Justin Trudeau a fait une erreur en se disant prêt à renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain aussi rapidement ?

Oui. Si Justin Trudeau pense qu'il peut charmer Donald Trump, il se trompe. Justin Trudeau est incapable de charmer Donald Trump parce que Donald Trump est tellement imbu de lui-même. Il va se sentir menacé par le charisme et la jeunesse de M. Trudeau. C'est bien sûr tout à l'honneur de Justin Trudeau d'être poli et ouvert. Mais il doit bien faire attention de ne pas être naïf avec Donald Trump.

Nous avons vu un Donald Trump plus posé depuis les élections...

Quand ? Je ne l'ai pas encore vu ! Sérieusement. Il a choisi un néonazi [Steve Bannon] pour être son conseiller stratégique. Il a nommé quelqu'un qui s'oppose aux lois sur le droit de vote au poste de secrétaire à la Justice. Il a nommé quelqu'un qui croit aux théories du complot au poste de conseiller à la sécurité nationale. Il a écrit des tweets sur le ton de la colère encore récemment. Alors, je n'ai pas encore vu un Donald Trump plus docile. C'est le même Trump que lors de la campagne.

M. Trudeau souhaiterait avoir une politique commune pour l'Amérique du Nord en matière d'énergie et d'environnement. Doit-il faire une croix sur cette ambition ?

Il peut faire une croix là-dessus. À moins que ses politiques en matière de changement climatique soient de nier ce phénomène, il ne pourra y avoir une politique commune en matière énergétique. Donald Trump croit que les changements climatiques n'ont pas été causés par les humains. Il croit que cela est une fabrication de la Chine. Alors, dites-moi les convergences entre ce point de vue et celui de Justin Trudeau ? Croyez-vous que Donald Trump est prêt à mettre un prix sur le carbone ? Si oui, vous fumez du crack ! Il n'y aura pas de tarification sur le carbone tant que Donald Trump sera président.

Voyez-vous des gens au sein de son administration qui pourraient être des alliés du Canada ? Par exemple, Mitt Romney est l'un des candidats en lice pour devenir secrétaire d'État.

Je crois que le meilleur allié serait David Petraeus [ancien haut commandant du US Central Command et ancien directeur de la CIA]. David Petraeus a une solide vision de ce que doit être l'Amérique du Nord au XXIe siècle. Il comprend les affaires, a une bonne connaissance de la géopolitique, il comprend comment on peut mettre en oeuvre des accords où il y a aussi un partage des valeurs. Le Canada doit espérer la nomination d'un Mitt Romney ou d'un David Petraeus à des postes importants. Quant à savoir s'il y aura encore des gens de l'extrême droite ou encore des gens de l'establishment, le mystère demeure entier pour le moment.

Croyez-vous que le Congrès sera animé par la même dynamique qui prévaudra à la Maison-Blanche ?

Je crois que ce sera une autre dynamique au Congrès. Même si je crois que le Congrès [qui est républicain] va se ranger du côté de Donald Trump, il y a néanmoins un nombre important de républicains au Congrès qui croient aux vertus du libre-échange, par exemple, et qui ont une perspective internationale des enjeux. Ils croient que les changements climatiques sont réels et causés par l'humain. Paul Ryan [président de la Chambre des représentants], par exemple, je ne crois pas qu'il va accéder à toutes les demandes de Donald Trump. Les dossiers où il faut changer les lois au Congrès seront plus compliqués pour le président. Il y a des décrets présidentiels, mais il y a aussi des lois qui ne peuvent être changées par le président uniquement. Sur les questions sociales, le Congrès va aligner sa position sur celle de Donald Trump. Mais sur les questions économiques et les affaires étrangères, ce sera autre chose.




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