Chez nous: le film qui dérange l'extrême droite française...

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Dans le film Chez nous, Émilie Dequenne incarne une infirmière bien intentionnée qui devient candidate pour un parti d'extrême droite.

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(PARIS) C'est le film que personne n'a vu, mais dont tout le monde parle. Trois jours avant sa sortie officielle, le long métrage Chez nous continue d'alimenter la polémique en France, où il suscite des réactions pour le moins vives en raison de son fort contenu politique.

Il faut savoir que ce long métrage de fiction, réalisé par Lucas Belvaux, est une charge à peine voilée contre le Front national (FN), le parti d'extrême droite dirigé par Marine Le Pen. Les noms ont été changés, mais certains personnages sont à s'y méprendre, à commencer par la dirigeante du parti (incarnée par Catherine Jacob), qui a la même dégaine et les mêmes cheveux blonds que la patronne du FN.

L'histoire? Toute simple. Dans une ville du nord de la France, une infirmière bien intentionnée nommée Pauline (Émilie Dequenne) devient candidate pour un parti d'extrême droite (le Bloc patriotique), qui cherche à adoucir son image aux prochaines élections municipales. Peu à peu, Pauline réalise toutefois que sous ses airs respectables, cette belle machine politique cache de sombres engrenages, certains pointant même vers les groupuscules néonazis...

«Déprogrammé» à Saint-Cloud

Dans un autre contexte, Chez nous serait peut-être passé sous le radar. Film d'auteur. Budget réduit. Mais à deux mois de l'élection présidentielle, il semble que les esprits soient plus susceptibles que d'ordinaire au pays du fromage et du béret. Assez, en tout cas, pour que le Front national réagisse très mal sur les médias sociaux dès la sortie de la bande-annonce, au début du mois de janvier.

Évoquant une caricature, le maire FN d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, a décrit le film comme un «sacré navet en perspective» et comparé Catherine Jacob à un «pot à tabac», tandis que le numéro 2 du parti, Florian Philippot, a jugé «scandaleux» qu'une production «clairement anti-FN sorte à deux mois du vote pour la présidentielle».

Le réalisateur du film, Lucas Belvaux, n'est pas surpris par cette riposte, qu'il considère «de bonne guerre», même s'il s'attendait à «moins de grossièreté et de bêtise».

En revanche, il se dit beaucoup plus inquiet qu'une salle de cinéma de Saint-Cloud, Les 3 Pierrots, ait «déprogrammé» le film la semaine dernière, selon lui pour des motifs politiques... et sous la pression des élus locaux. «Ils ne l'ont certainement pas retiré pour des raisons esthétiques», déplore Belvaux en évoquant un geste «antidémocratique». Cette accusation a toutefois été réfutée publiquement par Les 3 Pierrots et le maire de la ville, Éric Berdoati, qui s'est dit «scandalisé» par de telles affirmations.

Le cinéaste Lucas Belvaux livre, dans Chez nous, une... (PHOTO FOURNIE PAR SYNECDOCHE/ARTEMIS PRODUCTIONS) - image 2.0

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Le cinéaste Lucas Belvaux livre, dans Chez nous, une charge à peine voilée contre le Front national. Le personnage de dirigeante de parti interprété par Catherine Jacob (notre photo) est inspiré de la dirigeante du parti d'extrême droite, Marine Le Pen.

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Une sonnette d'alarme

Toute cette publicité gratuite n'est pas sans déplaire au réalisateur, qui se réjouit évidemment du «buzz» médiatique.

Mais il espère surtout que Chez nous sensibilisera les électeurs indécis qui pourraient se sentir attirés par le discours populiste et la nouvelle image «sympathique» du Front national. Alors que tous les sondages donnent Marine Le Pen gagnante au premier tour de la présidentielle en avril, son film se veut ni plus ni moins qu'une sonnette d'alarme.

«Le FN est un parti qui avance masqué et qui fait tout pour se dédiaboliser, explique-t-il. Mais qu'on ne s'y trompe pas: ils ont le même corpus idéologique qu'il y a 40 ans.» 

«[Le Front national] est un agglomérat de toutes les haines. En ce sens, Chez nous est une dénonciation de leur mensonge. Je voulais remettre les pendules à l'heure», affirme Lucas Belvaux.

Chez nous sortira mercredi dans 280 salles en France. La campagne électorale sera peut-être propice à sa carrière en France, où parler de politique est un véritable sport national.

Reste à voir si cette histoire très française résonnera en dehors de l'Hexagone.

De bonnes critiques parues la semaine dernière dans VarietyScreen et The Hollywood Reporter laissent croire qu'une carrière internationale est possible, sinon probable. Selon Camille Neel, du Pacte (la société qui s'occupe de la distribution du film en France et à l'étranger), le film serait déjà vendu dans plusieurs pays, et des « discussions » auraient été entamées avec des programmateurs québécois.

«J'attends des offres à la hauteur», dit-il.




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