Grands Ballets canadiens: les Québécois à l'avant-scène

La danseuse québécoise Myriam Simon s'est jointe aux Grands... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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La danseuse québécoise Myriam Simon s'est jointe aux Grands Ballets canadiens à la fin du mois d'août.

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Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Durant la première décennie des années 2000, les interprètes québécois représentaient environ 10 % des effectifs des Grands Ballets canadiens de Montréal. Mais depuis quelques années, le vent tourne. Les liens avec l'École supérieure de ballet du Québec se resserrent. De grands talents québécois partis à l'étranger reviennent au bercail. Et un projet de compagnie junior presque entièrement québécoise pourrait voir le jour.

Des liens plus forts que jamaisMoins de compagnies étrangères invitées et plus de productions locales présentées à Montréal et ailleurs en province: voilà deux des résolutions du nouveau directeur artistique des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBCM), Ivan Cavallari, officiellement en poste depuis juin dernier.

Succédant à Gradimir Pankov, qui a pris sa retraite après 18 ans à la tête des GBCM, M. Cavallari voit grand pour la compagnie. «Nous venons de passer de 35 à 43 danseurs, et dans le futur, j'aimerais monter des classiques comme Le lac des cygnes ou Giselle, qui exigent au moins 60 danseurs, explique-t-il. On pourrait donner de belles expériences aux élèves de l'École supérieure de ballet du Québec. Et pourquoi pas monter La Belle au bois dormant avec un corps de ballet préparé par l'école au cours des prochaines années?»

Cette collaboration pourrait éventuellement mener à la création d'une compagnie junior. «On veut donner la chance aux élèves de travailler avec certains chorégraphes de la maison et de partir en tournée au Québec», dit-il. Cette idée enchante Anik Bissonnette, ex-danseuse étoile des GBCM, qui dirige l'École supérieure depuis 2010. «Je parle avec plusieurs directeurs d'écoles de danse en région et on me dit que de moins en moins de jeunes s'inscrivent aux cours de ballet classique, parce qu'ils n'en voient pas, souligne-t-elle. Si on avait une compagnie junior qui présentait du répertoire classique et contemporain, on pourrait aller dans plusieurs théâtres de la province et ailleurs au Canada.»

Construire sur une base classique

De tout évidente, les deux organisations sont plus proches que jamais. Rappelons qu'au début des années 90, une douzaine d'interprètes québécois - pour la plupart formés à l'École supérieure - dansaient pour les GBCM, à une époque où la compagnie comptait plus de 50 danseurs. Une dizaine d'années plus tard, on en dénombrait quatre ou cinq par saison.

Une diminution qui s'explique principalement par une vision différente. «Ça fait 21 ans que je travaille aux GBCM et j'ai vu plusieurs directeurs artistiques et directeurs d'école passer, répond Alain Dancyger, directeur général des Grands Ballets. Nous sommes deux organisations séparées. Chacune assume sa vision artistique. Mais on a toujours eu la volonté de travailler ensemble. Cependant, dans les faits, peut-être que les dirigeants de l'école voulaient que leurs danseurs puissent intégrer n'importe quel type de compagnie après leur formation.»

Anik Bissonnette rappelle que l'établissement qu'elle dirige depuis 2010 s'appelait l'École supérieure de ballet contemporain avant son arrivée. «L'école était beaucoup plus axée sur le contemporain entre le début des années 2000 et 2010», dit-elle. M. Dancyger renchérit à ce sujet. «Si l'école mettait davantage l'accent sur une formation généraliste, avec un peu moins de travail sur pointe, disons trois ou cinq heures par semaine au lieu de quinze, c'est évident qu'on le voyait», explique-t-il. 

«On a toujours voulu engager des Québécois, mais ils devaient être polyvalents et extrêmement forts en classique.»

Un profil qui correspond désormais aux danseurs de l'École supérieure de ballet du Québec, dont la direction pédagogique a beaucoup changé depuis sept ans: critères d'admission, formation, professeurs. «Pour moi, la danse classique est extrêmement importante, affirme Mme Bissonnette. Les danseurs doivent être capables de tout faire, mais la base doit être le répertoire classique. Aujourd'hui, mes danseurs se rapprochent beaucoup plus de ce que cherchent les GBCM.»

En entrevue, la directrice parle de «ses» danseurs avec une sincère affection. «Je suis comme une maman : je trouve ça difficile de les voir quitter l'école et parfois partir à l'étranger. Moi, j'ai passé 18 ans aux GBCM, et c'est vraiment ma compagnie. Mon but est que tous mes danseurs puissent s'y placer. Mes jeunes ont besoin de pouvoir y rêver. Et avec Ivan, c'est possible.»

«Comme une famille»

Depuis que les Grands Ballets ont annoncé qu'Ivan Cavallari serait leur futur directeur artistique, au printemps 2016, les discussions avec la directrice de l'École supérieure de ballet du Québec se sont multipliées. «On se parle depuis plus d'un an, dit Anick Bissonnette. On a une relation, un partenariat. Pour moi, tout change!»

Peu à peu, les paroles se sont aussi transformées en actions. «J'assiste aux examens et aux spectacles des élèves de l'école, dit M. Cavallari. Les Grands Ballets les invitent à prendre certaines classes. On veut suivre leur évolution de près. On est en train de construire quelque chose.»

Alain Dancyger compare la relation entre les deux organisations à celle d'un couple. «Plus on travaille ensemble, plus on se comprend, dit-il. La collaboration est présente tous les jours. On suit le développement des élèves et on observe comment ils s'intègrent. C'est important de voir comment un danseur interagit avec les autres. Une compagnie de ballet, c'est comme une famille.»

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La danseuse québécoise Myriam Simon

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Myriam Simon: «Ça fait du bien de rentrer!»À la fin du mois d'août, Myriam Simon a rejoint les rangs des Grands Ballets canadiens de Montréal, après plus de 15 ans à danser partout dans le monde pour les compagnies de Guangzhou, Leipzig, Hanovre, Anvers, Lisbonne et Stuttgart, où elle a reçu le titre prestigieux de première danseuse en 2011.

Comment le ballet est-il entré dans votre vie?

À 12 ans, je me suis rendue à l'École supérieure de danse, à deux pas de chez moi. Quand la secrétaire a vu que j'étais seule, elle m'a demandé où était ma mère. Je lui ai répondu que je voulais seulement regarder et essayer un cours de danse. Elle a alors enlevé ma botte et m'a demandé de pointer mon pied. Tout de suite, elle a vu un potentiel. Elle m'a ensuite invitée à me rendre à une audition.

Vous vous y êtes rendue sans aucune formation?

Exact. Je suis arrivée là-bas avec mes chaussures de jazz, alors que les autres filles portaient toutes des chaussons. Leurs mères les attendaient sur place, mais la mienne était restée à la maison. Je me souviens que j'étais le numéro 21. À la fin de l'audition, le directeur a dit qu'on apprendrait par la poste si on était acceptée ou non, et il a ajouté qu'il voulait parler au numéro 21. Il m'a dit que j'avais beaucoup de talent et qu'il voulait parler à ma mère pour que j'intègre l'école. Je n'avais jamais dansé auparavant! C'était instinctif.

Après environ trois ans à cette école, pourquoi avoir poursuivi vos études à l'École nationale du ballet de Toronto?

J'avais envie de vivre d'autres expériences et de voyager. Ça vient probablement de mes origines, puisque ma mère est espagnole et que mon père est tunisien. Moi, je suis née ici. Mais j'ai grandi en les entendant parler de leurs cultures et de leurs voyages. Toronto était une première étape vers l'ailleurs.

Où avez-vous fait vos débuts professionnels?

Lorsque j'ai gradué à Toronto, le directeur James Kudelka a hésité pendant des mois à m'engager. Et quand il a décidé que je n'étais pas encore assez forte techniquement, je me suis retrouvée sans contrat, à la dernière minute. Mais un jour, un représentant du Ballet de Chine est venu en classe et il m'a offert un contrat sur-le-champ. Je suis allée à Guangzhou pendant 10 mois. L'entraînement était extraordinaire et vraiment difficile. Comme il n'y avait pas de syndicat, on pouvait répéter jusqu'à 3 h du matin! Tout était payé pour nous et les danseurs vivaient ensemble en appartement. La culture était vraiment différente. J'étais complètement déboussolée là-bas, toute seule, à 19 ans. Je suis partie deux mois avant la fin de mon contrat.

C'est durant cette période que vous êtes allée faire des auditions en Europe?

Oui. Après quelques mois à Toronto, à vivre une vie très normale, le goût de l'aventure est revenu et je me suis retrouvée à Leipzig. Mais je ne suis pas restée très longtemps. Mon copain dansait pour la compagnie depuis des années et il voulait partir, alors je l'ai suivi. Le Ballet de Hanovre nous a engagés tous les deux. Le répertoire était intéressant, mais on savait qu'on resterait seulement un an. Le directeur Mehmet Balkan allait partir et son remplaçant voulait prendre une direction plus moderne qui nous convenait moins. J'ai vraiment cherché longtemps une place où je pourrais fleurir...

Croyiez-vous l'avoir trouvée à Hanovre par la suite?

Pas vraiment... On est restés là-bas deux ans, mais je n'ai pas aimé mon expérience. Le directeur était pas mal méchant. Il affichait des listes de danseurs avec le nombre de kilos qu'ils devaient perdre. Sa compagne, la danseuse principale, était assez jalouse. L'atmosphère n'était pas agréable. C'était dur pour moi. Mon copain et moi avons alors choisi de nous joindre au Ballet national du Portugal pour retrouver Mehmet. À Lisbonne, la vie était facile. On finissait à 2 h l'après-midi. On allait à la mer. Sauf que j'avais besoin de plus.

Par la suite, vous avez réalisé votre rêve de danser pour le Ballet de Stuttgart?

Oui, en 2004, à ma troisième audition avec eux, j'ai été prise! Habituellement, ils engagent les danseurs qui passent de leur école à la compagnie, mais ils m'ont quand même engagée. À ce moment-là, ma carrière a décollé! J'étais comme une éponge, j'apprenais énormément. J'ai dansé avec eux pendant 12 ans.

Avez-vous été surprise, en 2011, d'être nommée «première danseuse»?

Je ne m'y attendais pas ! Pour moi, c'est comme un miracle. Ces titres-là sont planifiés des années à l'avance dans ce genre de compagnies, mais le directeur m'a dit que je n'étais pas planifiée. Il ne s'attendait pas à ça de moi. J'ai grandi beaucoup avec eux.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter Stuttgart pour vous joindre aux GBCM?

Après des années dans une compagnie, c'est toujours intéressant de vivre de nouvelles expériences pour continuer à grandir. Et quand j'ai su qu'Ivan Cavallari, qui a longtemps dansé à Stuttgart et avec qui j'étais en contact depuis des années, allait prendre la direction artistique des GBCM, c'était un argument favorable pour mon retour à Montréal. La ville me manquait. Ça me fait tellement plaisir de pouvoir danser à nouveau pour ma famille et mes amis d'enfance. Et je suis heureuse que mon fils de 3 ans grandisse ici. Ça fait du bien de rentrer!

Geneviève Guérard... (Photo fournie par ARTV) - image 3.0

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Geneviève Guérard

Photo fournie par ARTV

Têtes d'affiche québécoisesAu cours des 25 dernières années, les danseurs québécois n'ont pas été légion aux Grands Ballets, mais plusieurs d'entre eux ont marqué les esprits. Voici certains des plus connus.

Anik Bissonnette

Pendant près de 20 ans, elle a été la figure de proue des Grands Ballets. Entre son arrivée dans la compagnie en 1989 et sa retraite en 2007, la Québécoise a été invitée par plusieurs compagnies étrangères pour interpréter de grands rôles classiques. En 2010, elle a pris les rênes de l'École supérieure de ballet du Québec.

Geneviève Guérard

Recrutée comme apprentie aux Grands Ballets dès sa sortie de l'École supérieure en 1992, elle est devenue première danseuse six ans plus tard. Un titre qu'elle a conservé jusqu'en 2006, moment de sa retraite. Depuis, elle a travaillé à la télévision (Match des étoiles, Six dans la cité, Heures de pointes) et elle a ouvert le studio de yoga Wanderlust.

IsaBelle Paquette

Après son diplôme d'études collégiales en danse, qui lui a valu la mention d'élève le plus prometteur de sa promotion, la danseuse a été engagée aux Grands Ballets à 19 ans. Après avoir interprété plusieurs rôles-titres et avoir été promue soliste, elle a quitté la compagnie après neuf ans.

Guillaume Pruneau

Après ses expériences au Jeune Ballet du Québec (1997-1999), au Jeune Ballet de France (1999-2000) et au Béjart Ballet Lausanne (2001-2002), il a fait sa place aux Grands Ballets, où il a été nommé soliste en 2009. Il a quitté la compagnie l'année suivante.

Jean-Sébastien Couture

Voilà déjà 15 ans qu'il fait partie de la famille des Grands Ballets. L'année dernière, son talent, sa loyauté et son travail lui ont valu le titre de premier soliste.

Raphaël Bouchard

En juin 2015, après huit ans à danser aux Ballets de Monte-Carlo et un détour au Pacific Northwest Ballet de Seattle, l'interprète a été engagé comme soliste par les Grands Ballets.




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