Daniel Léveillé: la beauté du corps

La Presse a assisté à la répétition de La... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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La Presse a assisté à la répétition de La pudeur des icebergs. Emmanuel Proulx, au centre de la photo, accompagné dans ses mouvements par Simon Renaud et Esther Gaudette, est fasciné par le travail chorégraphique de Daniel Léveillé dans la pièce. «Ça fait 11 ans que je danse et je suis toujours impressionné par la profondeur de cette pièce, tellement bien montée et écrite», affirme-t-il.

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Le corps humain est ce qui a propulsé Daniel Léveillé aux quatre coins du monde. Pour fêter ses 40 ans de carrière, le chorégraphe fait revivre cette semaine au Théâtre La Chapelle deux pièces phares: Amour, acide et noix et La pudeur des icebergs. Interprétées sans costumes, ces chorégraphies brillent par leur finesse. Les spectateurs, dit-il, à qui l'on donne le rôle de voyeurs, s'étonnent par la beauté du corps. Le nu ne choque pas: il émerveille. La Presse a assisté à l'une des répétitions.

Il est commun de dire que la danse est le parent pauvre des arts. Or, Daniel Léveillé réfute ce cliché. «La danse contemporaine, au Québec, c'est comme le pétrole en Alberta: c'est hallucinant comme c'est fort et puissant. On est partout.»

Le chorégraphe se dit fièrement de la même lignée que Marie Chouinard, Édouard Lock et Ginette Laurin. Ces deux spectacles de son répertoire qu'il ressort cette semaine à La Chapelle ont été acclamés par le passé plus de 200 fois dans 50 pays. Pourtant, dans sa propre province, il peine à sortir de Montréal.

«Je suis finalement allé l'été dernier présenter deux nouveaux solos à Québec, mais les danseurs étaient minimalement habillés en bobettes. Je pense que les diffuseurs ont peur que [la nudité] ne passe pas», déplore-t-il.. 

«Pour la petite histoire, on a déjà dansé nu en Israël ou même à Jakarta, en Indonésie. Un pays musulman! Mais je ne peux pas aller à Québec avec Amour, acide et noix

Daniel Léveillé est conscient que la danse aurait besoin d'un soutien financier accru, mais «quand on se compare aux jeunes musiciens qui doivent aujourd'hui passer le chapeau dans les bars, on se console», dit-il. Ce qui manque au Québec pour que les gens s'intéressent à cet art, c'est de la visibilité, estime-t-il.

«On ne cadre pas dans le "star-système". La seule dont on parle, évidemment, c'est Louise Lecavalier. Mais Louise, c'est notre Madonna. Et tant mieux! C'est inespéré! Mais dès qu'on arrive dans quelque chose de plus pointu, on dirait que ça n'intéresse pas [les médias]. Quel danseur est invité à Tout le monde en parle? Ça n'arrive jamais», laisse-t-il tomber.

Pour fêter ses 40 ans de carrière, le chorégraphe... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Pour fêter ses 40 ans de carrière, le chorégraphe Daniel Léveillé fait revivre cette semaine au Théâtre La Chapelle deux pièces phares: Amour, acide et noix et La pudeur des icebergs.

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Un nu qui ne provoque pas

Devant ce besoin criant d'attirer l'attention, on pourrait croire qu'en déshabillant ses danseurs, Daniel Léveillé a fait le pari de choquer pour se faire remarquer. Or, le chorégraphe assure que ce n'est pas le cas et que ses pièces ont plutôt fasciné les spectateurs, partout où il est allé.

«C'est un peu du voyeurisme, mais pas dans le sens malsain du terme. [...] On donne la chance au public d'observer pendant une heure le corps humain en action. [...] Une fois dans la salle, après cinq minutes [la gêne s'estompe]. Beaucoup de spectateurs m'ont dit: "Au début j'étais gêné, je n'osais pas regarder, mais à un moment donné, tu te dis calme-toi, ils sont tout nus, c'est tout."», explique Léveillé. 

«Les gens ne fixent pas les parties génitales pendant une heure. Ils regardent les mouvements du corps.»

Dans un lent mouvement gracieux effectué par un danseur de la pièce La pudeur des icebergs, à une répétition de laquelle nous avons assisté, on observe sa cage thoracique s'ouvrir et se fermer avec fracas. Puis, sur sa peau, la cadence délicate, mais visible de son coeur qui bat devient apparente. L'effet est saisissant.

«Je suis curieux du corps humain et j'ai envie de le voir. C'est dans ma nature. Si on me cache quelque chose, ça m'énerve», résume le chorégraphe, qui voit de la beauté dans toutes les formes du corps.

Les Québécois aiment la danse

S'il est difficile de partir en tournée à l'extérieur de Montréal - les villes de région ont de belles salles, malheureusement trop grandes selon ce qu'évaluent de potentiels diffuseurs, explique Léveillé -, les Québécois ont soif de danse.

«Quand on fait la tournée des maisons de la culture à Montréal, c'est plein et pas à peu près! Dans ce cas-là, les gens ne paient pas leur billet, mais ils ont soif de danse. Ils veulent en voir», dit le chorégraphe.

Survivre en tant que chorégraphe au Québec n'est pas de tout repos. Daniel Léveillé y parvient malgré tout depuis 25 ans. Il espère que sa compagnie continue de soutenir la relève même après son départ, en lui donnant accès à son réseau de contacts en Europe, où la danse est plus célébrée qu'en Amérique.

Pour initier des personnes à la danse, Daniel Léveillée conseille de comparer l'expérience d'un spectacle à une exposition de grandes oeuvres dans les musées.

«Si vous êtes déjà allé au musée et que vous êtes tombé sur un Riopelle, vous savez comment on réagit. On s'installe devant et on fait "wow". Pas besoin d'avoir une formation pour voir que c'est extraordinaire. Il faut s'exposer à la danse de la même façon. Ce sont des corps humains en mouvement. Ne cherchez pas une histoire, il n'y en a pas. Vous allez voir des corps jeunes, en santé, très bien entraînés, passer au travers de mouvements chorégraphiés», dit-il.

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Amour, acide et noix est présentée à compter de ce soir jusqu'à mercredi au Théâtre La Chapelle, alors que La pudeur des icebergs sera présentée de jeudi à samedi.




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