Faakhir Bestman: grand jeté au-dessus de la violence

Faakhir Bestman, jeune prodige du ballet de 12... (PHOTO SYLVIE ST-JACQUES, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE)

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Faakhir Bestman, jeune prodige du ballet de 12 ans, que les mdias sud-africains ont surnomm le Billy Elliott de lAfrique du Sud.

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Sylvie St-Jacques

Collaboration spéciale

La Presse

(Le Cap, Afrique du Sud) «Je rêve de vivre et de danser à Londres. J'aimerais danser pour la reine.» Faakhir Bestman, jeune prodige du ballet de 12 ans, nous confie ses rêves d'une voix douce et angélique. Dans le bureau de sa professeure et mentor Adeebah Medell, il paraît réservé, répond timidement à nos questions. Mais lorsqu'on le rejoint dans le studio de ballet, Faakhir, qui a revêtu son justaucorps noir, devient celui qu'il est: un danseur-né, qui épate la galerie avec ses agiles jetés, pliés, ronds de jambe...

Les médias sud-africains l'ont surnommé le «Billy Elliot de l'Afrique du Sud». Ce Faakhir agile comme une gazelle rafle tous les premiers prix dans le circuit capétonien du ballet. Quelques semaines auparavant, il a remporté une bourse d'études pour participer au stage estival de l'American Academy of Ballet à New York, en juillet prochain. Une occasion qui fait suite à sa participation, en 2015, à l'école d'été du Royal Ballet de Londres, où il s'est vu décerner un certificat d'excellence.

Une enfance difficile

Abeedah Medell raconte avec émotion la première fois qu'elle a vu danser Faakhir Bestman, en 2013. Sans hésiter, la directrice de l'Academy Eoan, une école d'arts de la scène de la banlieue d'Athlone, en périphérie de la ville du Cap, lui a immédiatement offert une bourse d'études. «Un des professeurs ici m'a dit: "Tu dois voir ce garçon." J'ai su immédiatement qu'il était différent. Il bouge si naturellement. Et visuellement, il est fascinant à regarder.»

Si les fées du ballet se sont penchées sur le berceau de Faakhir, elles ne lui ont pas épargné une enfance dans la pauvreté et la violence. Faakhir vit avec sa grand-mère Ayesha, ses quatre frères et soeurs et plusieurs cousins dans une petite maison de la banlieue de Hanover Park, dans les townships des Cape Flats. Le budget familial est d'environ 35 $CAN par mois.

Sur ce territoire occupé par les Americans, les Mongrels et autres gangs notoires, des enfants périssent chaque semaine, victimes de balles perdues dans des affrontements entre gangs rivaux.

Les gangs de rue recrutent leurs membres dans les cours des écoles primaires. Pour Faakhir, tourner le dos aux armes en faisant du ballet est un acte de bravoure qui lui vaut d'être traité de «moffie», entre autres mots durs. «Près de chez moi, ils tiraient des coups de feu récemment, puis ils ont arrêté et recommencé», évoque le jeune garçon.

«Il va changer la vie de sa famille»

La mère de Faakhir, aux dernières nouvelles, vivait dans la rue, accro au «tik» (le crystal meth local). Or, grâce à une grand-maman dévouée, qui veille à ce que Faakhir participe à toutes ses classes de ballet et de danse moderne, celui-ci échappe aux périls quotidiens de Hanover Park.

«Si je n'avais pas le ballet, je me sentirais vide. Avec la danse, je me sens au bon endroit.»

L'adolescent danse à l'occasion pour Akeeda, sa petite soeur lourdement handicapée. «C'est la seule chose qui la fait réagir, voir Faakhir danser», témoigne Abeedah Medell.

Faakhir, poursuit-elle, s'est montré exceptionnel comme élève. «Jamais il n'a fait preuve de manque de respect. Il vit dans un quartier où il n'y a aucun respect pour la vie humaine. Mais Faakhir est la preuve qu'on peut choisir de ne pas s'engager dans la voie de la noirceur. Il va changer la vie de sa famille, de sa communauté.»

En plus de compter sur le soutien indéfectible de sa grand-mère, de sa professeure et des médias sud-africains, qui ne se lassent pas de rapporter ses exploits, Faakhir Bestman a attiré l'attention d'un cinéaste britannique, Dominic Ozanne. Ce dernier a lancé une campagne de sociofinancement pour permettre à Faakhir Bestman de faire son stage d'été à l'American Academy of Ballet. Le cinéaste projette aussi de réaliser un documentaire sur le jeune Billy Elliot de l'Afrique du Sud.

«Je rêve de voir Faakhir danser sur une grande scène, dans un grand ballet», s'enflamme Abeedah Medell, qui veille aussi à ce que le jeune danseur garde les pieds sur terre. «Il ne faut pas oublier qu'après le stage à New York, il sera de retour chez lui, à Hanover Park.»

Tous les espoirs sont permis pour ce Faakhir du ballet. Et peu importe si son public est la reine d'Angleterre ou sa petite soeur Akeeda, il va continuer ses grands jetés au-dessus de la mêlée.

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