Rites: à l'autel de la danse

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José Navas se dépouille de tout artifice dans le dernier acte de Rites, lors d'une finale exutoire sur le Sacre du printemps de Stravinsky.

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La PresseIris Gagnon-Paradis 3/5

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Avec Rites, José Navas offre son corps à la danse, sans fard et avec une touche de vulnérabilité, au gré de quatre solos plutôt sobres, mais d'une grande intensité. Un spectacle à voir surtout pour la présence incomparable et magnétique du danseur cinquantenaire.

Rites est composé de quatre solos, ponctués par des... (PHOTO VALERIE SIMMONS, FOURNIE PAR DANSE DANSE) - image 1.0

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Rites est composé de quatre solos, ponctués par des changements de costumes. 

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Il y a quelque chose qui touche au sacré dans ces Rites. D'abord, dans la présence de Navas, qui accueille les spectateurs de la Cinquième Salle assis, immobile, sur une chaise, dans un état de recueillement quasi méditatif.

Puis, il y a les musiques choisies, élévatrices, jazz et classique, pour les trois premiers solos - Nina Simone, Dvořák, Schubert. Et cette finale, exutoire, sur le Sacre du printemps de Stravinsky, où Navas se met totalement à nu, dans une offrande ultime. Sans compter les magnifiques éclairages de Marc Parent, qui se modulent de l'orangé au bleuté, découpant par moments la silhouette du danseur en contre-jour.

COURTES VIGNETTES

Les trois premiers solos sont ponctués par les changements de costumes à l'allure cérémoniale et exécutés avec des gestes lents et méticuleux.

Très courtes, ces vignettes dansées sont empreintes de lyrisme et amènent le spectateur à visiter les territoires intérieurs de Navas et ses diverses variations intimes.

Dans le premier solo, Navas est vêtu d'une chemise blanche scintillante, où brille au dos un « J », et chaussé de Derby métalliques, les jambes à l'air. Énergique, mais avec une touche de nonchalance taquine, il se meut au son de la voix de Rudy Stevenson interprétant Ain't No Use, de Nina Simone. Il ouvre les bras, les replie, les entoure autour de lui, leur élan propulsant son corps, la lumière se reflétant sur les paillettes de son vêtement.

Arrêt. Navas se pare de blanc. Lumineux, gracile, léger, il tournoie sur la Symphonie no 9 en mi mineur d'Antonín Dvořák. Le vocabulaire chorégraphique reste simple et ressemble à celui du premier solo, mais l'exécution est plus aérienne, les longs bras du chorégraphe ondulant avec finesse, avant de s'élever vers le ciel.

Changement de ton, alors que le danseur enfile pantalon et veston sur son torse nu. De profil, à l'avant de la scène, son visage - dont l'éclairage souligne les aspérités - se fait plus inquiétant alors qu'il jette son regard d'encre sur le public, en serrant les pans de son veston contre lui, au son du piano et du choeur de voix de femmes s'élevant sur la musique de Schubert.

Un solo plus introspectif, tout en retenue explosive, qui se termine par un long cri silencieux lancé au ciel, évoquant une esthétique butô. Puissant. On se prend à souhaiter que Navas ait exploré davantage cette avenue dans Rites.

À FLEUR DE PEAU

À l'image de ce qu'il avait fait dans sa création précédente, Personae, qu'il concluait avec un solo sur l'intégrale du Boléro de Ravel, la pièce de résistance de Rites est un long solo d'une vingtaine de minutes sur le Sacre du printemps de Stravinsky. Dans ce solo, créé en 2013 au Concertgebouw de Bruges, Navas se glisse dans la peau de l'élue, et en offre trois visions.

D'abord, il enfile par-dessus une chemise et un pantalon noirs une robe à jupe ample, qui se soulève et tournoie, suivant les mouvements de son corps. Face au public, il lève lentement les bras, serre les poings au-dessus de sa tête, puis enserre d'une main un poing. Les bras se font plus expressifs, tracent des arcs dans les airs, dans une gestuelle théâtrale.

Les gestes appuient les mouvements de la musique, se font répétitifs, deviennent plus vifs, s'exécutent dans l'urgence.

Quand il se débarrasse de sa robe, l'exécution devient moins assurée, le danseur poussant ses limites physiques, entrant peu à peu en zone d'épuisement.

Torse nu, il recouvre sa tête d'un tissu noir, offrant une vision étrange d'une identité altérée, triturée, dans un des segments les plus intéressants de ce Sacre. La respiration se fait haletante, puis son corps se recroqueville sur le sol, en foetus. La mort et la naissance se rencontrent.

Ôtant les derniers vêtements qu'il lui reste, il se sacrifie sur l'autel de la scène, offrant sa nudité vulnérable, le corps tremblant.

Si Navas fait preuve d'une maîtrise que seuls les danseurs d'expérience sont capables d'atteindre, avec l'intensité poignante qu'on lui connaît, ce Sacre est longuet par moments, et le vocabulaire dansé, au final, assez répétitif. Mais pour ce que Rites manque en inventivité, il compense par la présence magnétique et la profondeur qu'atteint le créateur, sublime et à fleur de peau.

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