Sun: plongée dans les ténèbres

Sun met au jour les démons intérieurs de... (PHOTO GABRIELE ZUCCA, FOURNIE PAR DANSE DANSE)

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Sun met au jour les démons intérieurs de son créateur, Hofesh Shechter, qui, de toute évidence, entretient un rapport tourmenté avec la société dans laquelle il vit.

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Contrairement à ce que son titre pourrait suggérer, Sun, qui est présentée au Théâtre Maisonneuve dans le cadre de Danse Danse, n'est pas une oeuvre lumineuse. C'est en territoires sombres et tourmentés que le public est convié par un Hofesh Shechter qui offre une critique particulièrement vitriolique de la société occidentale colonisatrice, sur fond de métissage musical et dansé extrême.

Pièce pour 13 danseurs, Sun est une mascarade incantatoire, menée par le rire sardonique d'un maître de cérémonie qui perd peu à peu la boule. Vêtus d'un blanc qui évoque davantage l'hôpital psychiatrique que la pureté lumineuse, ils sont des espèces de pierrots déchus et troublés, tirant à bout portant sur tout ce qui bouge avec un fusil invisible.

Fidèle à son habitude, mais poussant la note encore plus loin, le chorégraphe israélien vivant aujourd'hui à Londres offre un métissage explosif et tentaculaire de références culturelles tissées serré. Ici, un fragment de danse folklorique juive semble se dessiner, là point un déhanchement évoquant le baladi. Sans compter les figures du ballet classique, tellement appuyées qu'elles en deviennent parodiques, qui se mélangent avec une gestuelle plus contemporaine.

Ancien batteur, Shechter a l'habitude de signer ses trames musicales, et c'est ce qu'il fait ici de façon quasi psychotronique.

Son mixage étourdissant fait cohabiter les contrastes : solennelle cornemuse, électro éthéré, lourde guitare électrique, musique industrielle sombre et son larmoyant d'un violon. Cerise sur le gâteau, la finale complètement chaotique et débridée qui s'accompagne de la musique appuyée et lyrique de Wagner.

Aux portions plutôt chaotiques, dansées en groupe avec une énergie bestiale et exaltée, mais aussi parfois raide et mécanique, s'ajoutent des segments où les danseurs manipulent des cartons représentant, entre autres, des moutons, un loup, un Africain tout droit sorti d'une tribu, un colon. Les moutons rencontreront le loup, puis l'Africain, le colon. Chaque fois, l'issue de la rencontre est scellée par un cri strident à glacer le sang.

VIRULENTE CRITIQUE

Menant le bal, une voix caverneuse intervient sporadiquement. D'une ironie grinçante, elle accueille le spectateur avec courtoisie, présentant même un court extrait de la fin du spectacle pour les assurer que « tout ira bien à la fin ».

Mais, peu à peu, elle se fait plus inquiétante, voire cauchemardesque, alors qu'elle évoque cet « éternel combat entre le bien et le mal, le blanc et le noir ». Le tout culmine dans une harangue au public en bonne et due forme, toutes lumières allumées dans la salle.

La critique est acerbe : l'homme occidental, colonisateur et assassin, est le prédateur.

Son identité altérée et sombre se tapit en chacun, sous des airs qui se veulent désormais civilisés, occupé qu'il est désormais à discuter des « droits de l'homme et d'art » dans son confort gagné à coups de sang versé.

L'OMBRE ET LA LUMIÈRE

Sun met au jour les démons intérieurs de son créateur, qui de toute évidence a un rapport tourmenté avec la société dans laquelle il vit. De son propre aveu, Shechter voulait créer une pièce plus légère avec Sun, mais a finalement accouché d'une oeuvre corrosive et virulente, sans compromis, où l'on cherche désespérément la lumière.

Cette dernière jaillit parfois, surtout dans un segment de toute beauté où un danseur, seul sur scène, fait tournoyer les lumières des ampoules suspendues au-dessus de sa tête par le seul pouvoir de ses bras tendus au ciel. On aurait aimé, peut-être pour notre propre salut, en trouver un peu plus.

Mais le constat du chorégraphe est sans appel : comme un soleil regardé trop longtemps, Sun est une tache noire sur la rétine, qui étend son ombre sur la lueur du jour. Une oeuvre puissante et marquante, mais sombre. Très sombre.

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Au Théâtre Maisonneuve samedi soir à 20h

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