Estelle Clareton: l'élastique, métaphore relationnelle

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Iri Gagnon-Paradis
La Presse

La chorégraphe Estelle Clareton fait ses premiers pas dans le territoire de la création pour enfants avec Tendre, une pièce pour deux danseurs avec beaucoup de rebond!

Tout a commencé avec une invitation de la chorégraphe Hélène Blackburn à participer à un laboratoire de création au sein de sa compagnie, Cas public, une habituée des créations jeune public. «J'ai pu expérimenter. Au départ, j'avais l'idée de travailler avec des marionnettes, mais je me suis aperçue que c'était assez compliqué. Manipuler des marionnettes, c'est un métier en soi!», raconte Estelle Clareton.

De cette première expérimentation a jailli une étincelle créatrice. En compagnie de Brice Noeser, son fidèle collaborateur, et de Katia Petrowick, danseuse rencontrée en France, la chorégraphe a conçu le matériel pour cette première création jeunesse durant trois résidences réalisées l'automne dernier au Québec.

Les trois comparses se sont retrouvés il y a quelques semaines pour replonger dans le matériel et fignoler tous les détails, de la scénographie aux éclairages.

Tendresse et tension

Le travail avec les marionnettes, qui étaient attachées avec des élastiques, a laissé des traces; une gestuelle justement, assez élastique et «laxe», donnant lieu à des moments farfelus. Et cette idée d'utiliser l'élastique, attaché cette fois directement aux danseurs.

L'élastique devient ainsi métaphore du lien entre les deux individus. Très différents, les personnages sont d'abord bien embêtés par cette attache, qui les contraint dans leurs mouvements et leurs déplacements. Mais, en s'apprivoisant, ils découvriront toutes les possibilités créatrices que leur offre cet accessoire, et s'attacheront ainsi l'un à l'autre... jusqu'à rester unis, une fois l'élastique disparu.

Il restait à trouver où attacher cet élastique de 20 pi de longueur.

«On a essayé tous les endroits imaginables sur le corps, puis les casques se sont imposés. Cela a permis de faire surgir tout un univers, du casque d'armée aux Casques bleus.»

Si l'élastique a ouvert un monde de possibilités, c'est aussi un partenaire imprévisible, avec lequel les danseurs doivent composer. Mais c'est également un puissant instrument, qui a permis à la chorégraphe d'accoucher d'une oeuvre très graphique et visuelle, inspirée notamment par La Linea, ce personnage animé qui se déplace sur une ligne horizontale (dont les plus vieux se souviendront peut-être!).

Tendre - qui fait à la fois référence à la tendresse enfantine et à la tension de l'élastique - s'alimente aux univers de la danse, du théâtre et du cirque. La chorégraphe a d'ailleurs de réelles affinités avec le cirque, elle qui est conseillère artistique à l'École nationale de cirque.

Avec l'apport de Katia Petrowick, qui a une formation en clown, et de Brice Noeser, un danseur à la physionomie particulière, très grand et élancé, «au travail très singulier et drôle», les éléments étaient en place pour insuffler un peu de folie clownesque au spectacle.

«On ouvre le quatrième mur, ce qui est très typique du travail du clown. J'aime beaucoup le clown rouge, un peu niaiseux et maladroit, auquel il arrive toujours des problèmes. J'ai une forme de tendresse pour les personnages maladroits, les antihéros», avoue-t-elle.

Créer pour les enfants

À l'entendre au bout du fil, la chorégraphe semble avoir pris un réel plaisir à travailler sur cette création destinée aux quatre ans et plus. Une façon pour elle d'affirmer son côté plus givré, déjà présent en filigrane dans ses créations énergiques, qui s'intéressent aux relations humaines.

«Ce projet m'a fait du bien ! L'humour est récurrent dans mon travail, et j'aime rire en studio. J'ai pu explorer un espace plus ludique en touchant au théâtre et au cirque.»

«Je me suis complètement laissée aller dans l'humour, comme si je m'étais donné la permission d'y aller à fond!»

Cela dit, créer pour les enfants demande une réelle rigueur, un travail d'une «précision chirurgicale», a-t-elle constaté. «Avec les enfants, il faut travailler sur le rythme et la structure, être très vigilant. Les enfants ne sont pas nécessairement patients et, s'ils décrochent, c'est qu'il y a une faiblesse dans la pièce.»

Clareton a d'ailleurs mobilisé pour ce projet son équipe de fidèles collaborateurs: Éric Forget à la musique, Annie Gélinas aux costumes et à la scénographie ainsi qu'Éric Champoux aux éclairages, qui ont tous pris leur travail très au sérieux.

«Cela fait 15 ans que je travaille avec Éric Forget. Ce travail l'a poussé dans certains retranchements. Au final, il a créé une musique magnifique, avec une certaine élasticité et un côté bande dessinée, qu'il décrit comme du rock ludique".»

Sortir des stéréotypes

Maman d'un petit garçon, la créatrice s'est aussi beaucoup inspirée des réflexions d'enfant de son fils, de ses inquiétudes, des liens qu'il crée avec les autres... et de certaines absurdités qui sortent de la bouche des enfants!

«J'avoue avoir été très choquée par les stéréotypes encore très présents entre les petits gars et les petites filles. J'ai eu envie de les provoquer un peu sur le plan de l'identité sexuelle, en montrant qu'un garçon peut être féminin et qu'une fille peut s'intéresser aux trucs de garçon!»

Tendre sera d'abord présenté à Montréal et à Lennoxville avant de partir en tournée ailleurs au Québec et en France en 2016.

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À l'Agora de la danse les 5 et 6 novembre à 9 h 30 et le 7 novembre à 10 h. Au Théâtre Centennial, à Lennoxville, le 10 novembre à 10 h.

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