LA LA LA Human Steps: un sauvetage raté

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La chorégraphe Hélène Blackburn a été la dernière directrice générale de LA LA LA Human Steps.

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À l'automne 2013, LA LA LA Human Steps avait accumulé une dette de 1 million de dollars avec sa dernière création, New Work. Devant une réduction substantielle de ses subventions gouvernementales et n'ayant aucune assurance qu'elle serait financée à long terme, la compagnie devait agir et vite.

La chorégraphe Hélène Blackburn, reconnue dans le milieu de la danse pour ses qualités de gestionnaire, est entrée en poste à titre de directrice générale en janvier 2014. Son mandat, nous a expliqué Édouard Lock, était de résorber le déficit et de proposer un nouveau plan d'affaires. Il fallait d'abord négocier une sortie de crise avec les 57 créanciers de la compagnie.

Entre décembre 2014 et janvier 2015, Blackburn a conclu une entente avec l'ensemble de ces partenaires. Si la compagnie avait déclaré faillite, nous a dit Édouard Lock, ces derniers auraient touché environ 3 cents pour chaque dollar investi. Les ententes négociées leur auraient permis d'obtenir des sommes supérieures.

À titre d'exemple, LA LA LA Human Steps devait près de 100 000$ à Ezio Carosielli, propriétaire du Théâtre Rialto, en loyers impayés pour un studio de danse. L'homme d'affaires aurait finalement conclu une entente pour récupérer 6000$, nous a-t-il affirmé.

Les conseils des arts interviennent

Selon nos sources, des dirigeants des conseils des arts auraient laissé entendre à Lock et à ses gestionnaires qu'ils retrouveraient leurs subventions une fois leur dette effacée. Or, quand la compagnie a enfin retrouvé un bilan financier positif, on ne lui aurait plus garanti une subvention pluriannuelle, comme celle à laquelle ont accès les autres grandes compagnies de danse, mais plutôt une subvention annuelle, «encore moins généreuse que la précédente», nous a-t-on dit.

«Dans ce contexte, il m'était impossible de planifier des coproductions», a expliqué la directrice générale Hélène Blackburn. Or, des investisseurs étrangers avaient montré de l'intérêt pour le cofinancement d'une nouvelle création prévue pour 2017.

«Nous étions de retour au statut de compagnie débutante! On devait contrôler un gigantesque navire avec un statut de goélette», a affirmé Hélène Blackburn, dernière DG de LA LA LA Human Steps.

Son plan était pourtant innovant, juge-t-elle. Par souci d'économie, Blackburn proposait de fusionner les services administratifs de Cas public, sa propre compagnie de danse, et de LA LA LA Human Steps. «Visiblement, les conseils des arts n'ont pas adhéré à cette proposition», a-t-elle laissé tomber.

Selon Lynda Clouette-MacKay, ancienne directrice générale de LA LA LA Human Steps, la compagnie n'était tout simplement pas assez subventionnée pour remplir son mandat. «C'est sous-subventionné sur le plan de la qualité. Si vous voulez un Édouard Lock, c'est le prix que ça coûte, comme nous payons cher pour [...] un Armand Vaillancourt», a-t-elle dit.

François Colbert, professeur à HEC Montréal et ancien trésorier du conseil d'administration de LA LA LA Human Steps, croit pour sa part que les conseils des arts auraient dû agir plus vite.

«Je pense qu'ils avaient peur. Ils craignaient la réaction du milieu de la danse et les rebonds politiques. Tout le monde me disait: «Tu ne peux pas t'attaquer à Édouard Lock, le milieu est pour lui, les journalistes sont avec lui, ça ne sert à rien»», a-t-il expliqué.

Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et le Conseil des arts du Canada (CAC), les deux principaux subventionnaires publics, ont refusé de répondre aux questions de La Presse à propos du financement de LA LA LA Human Steps.

Une nouvelle ère

La fermeture de LA LA LA Human Steps marque la fin d'une époque pour le milieu de la danse à Montréal. Édouard Lock a été à ce jour son plus célèbre ambassadeur. Depuis la fermeture de sa compagnie, il se remettrait tranquillement au travail et participera prochainement à une création à Paris.

Or, comment le chorégraphe le plus respecté de ses pairs a-t-il pu être contraint de fermer boutique, chez lui, à Montréal? Les réponses à cette question varient.

«La morale de cette histoire, nous a-t-on dit, c'est qu'on a beau avoir tout le talent du monde, si on n'arrive pas à se faire des amis et à faire confiance à ses gestionnaires, il est impossible de survivre.»

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