Léonce et Léna: farce sur pointes

Dans Léonce et Léna, on suit Léonce, prince... (Photo: fournie par la production)

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Dans Léonce et Léna, on suit Léonce, prince du royaume de Popo, qui se languit d'un ennui infini, et Léna, princesse du royaume voisin de Pipi, qui ressent douloureusement l'étroitesse et l'absurdité du monde.

Photo: fournie par la production

En créant Léonce et Léna il y a six ans pour le Ballet du Théâtre Aalto à Essen, en Allemagne, le chorégraphe Christian Spuck n'aurait jamais pensé que sa pièce satirico-comique serait reprise à de si nombreuses occasions. Les danseurs des Grands Ballets canadiens de Montréal, qui ont ajouté ce ballet à leur répertoire en 2010, le présenteront d'ailleurs de nouveau à partir de jeudi au Théâtre Maisonneuve.

Après avoir signé la chorégraphie de The Children, sombre ballet inspiré par la pièce du même nom d'Edward Bond, le directeur du Ballet du Théâtre Aalto à Essen a demandé à Christian Spuck de revenir l'année suivante avec une création beaucoup plus lumineuse.

Le chorégraphe a relevé le défi malgré la difficulté de mettre en scène un ballet comique.

«Je me rappelle avoir vu Léonce et Léna au théâtre quand j'avais 17 ans. J'avais été fasciné, mais je n'avais absolument rien compris à ce qui se passait! Mais j'étais tout de même absorbé», explique Christian Spuck, qui a choisi d'adapter la satire politique éponyme de Georg Büchner, écrite en 1836.

On y suit Léonce, prince du royaume de Popo, qui se languit d'un ennui infini, et Léna, princesse du royaume voisin de Pipi, qui ressent douloureusement l'étroitesse et l'absurdité du monde. Avant qu'une histoire d'amour ne puisse éclore entre les deux rejetons royaux, ceux-ci doivent se soustraire aux conventions de leurs ubuesques micro-États respectifs.

Un langage pour chaque personnage

Le chorégraphe a dû transposer en mouvements la richesse du texte de Büchner, plein d'ironie, de sarcasme et de poésie, dans lequel on retrouve de nombreuses références à d'autres pièces, que ce soit du Shakespeare ou de la commedia dell'arte.

«Je savais que l'aspect théâtral serait très fort, car le public devait pouvoir suivre la trame narrative. Ne pouvant utiliser la parole si savamment utilisée par Büchner, j'ai dû inventer des langages chorégraphiques différents pour chaque personnage. Par exemple, Valerio, le personnage le plus ironique de la pièce qui vit dans le confort et le luxe, ne court que vers l'arrière, car il n'appartient pas vraiment aux royaumes Pipi et Popo, où tout le monde s'ennuie. Léna et Léonce évoluent quant à eux surtout au sol pour mieux montrer la lourdeur et la mélancolie de leurs univers», explique-t-il.

C'est aussi par le choix de la musique (jouée par l'orchestre des Grands Ballets sous la direction de Florian Ziemen) que Christian Spuck a réussi à retranscrire sur pointes la comédie politico-satirique de Büchner, jouant sur le contraste entre l'ennui et la lenteur des personnages et sur les rythmes rapides et divertissants des compositions de Strauss, Zimmermann, Donner, Schnittke, Ponchielli et Delibes, qui viennent renforcer l'aspect parodique de Léonce et Léna.

D'une étonnante actualité

Pied de nez au romantisme et critique de l'absolutisme qui dominait l'Allemagne du milieu du XIXe siècle, le propos de Léonce et Léna demeure encore d'une déconcertante modernité, selon Christian Spuck.

«Les ministres courbent l'échine sans cesse devant le roi, même s'ils le critiquent et manigancent dans son dos. Ils n'ont pas le courage de changer le système politique de ce roi qui n'a rien à dire, sinon qu'il a oublié ce qu'il voulait dire! C'est encore très présent aujourd'hui, peu importe le système politique. On revient un peu à cet absolutiste du leader qui n'a personne pour le critiquer ni le remettre en cause. Regardez la Russie ou l'Iran: les politiciens y font ce qu'ils veulent», dit le chorégraphe.

«Les gens pensent à leur propre carrière, ils se foutent de pouvoir changer le monde par la politique, sinon il y aurait beaucoup moins de guerres et d'inégalité sociales. C'est assez triste qu'une pièce écrite en 1836 soit aussi actuelle aujourd'hui», conclut le chorégraphe, qui présentera le 12 octobre Anna Karenina au ballet de Zurich, dont il est le directeur artistique depuis deux ans.

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Au Théâtre Maisonneuve du 18 au 27 septembre. Une heure 40 minutes avec entracte.




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