4Quart : une jouissive création à plusieurs mains

Peter Trosztmer et Sophie Corriveau dans 4Quart.... (Photo: Nicolas Ruel)

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Peter Trosztmer et Sophie Corriveau dans 4Quart.

Photo: Nicolas Ruel

Stéphanie Brody
La Presse

Danse-Cité et La 2e Porte à Gauche collaborent à 4Quart, présenté au studio Hydro-Québec du Monument-National: quatre danseurs, quatre chorégraphes et une création à plusieurs mains jouissive et protéiforme, qui intègre le public à l'action.

D'entrée de jeu, il faut souligner combien il est agréable de voir collaborer deux générations de chorégraphes, événement assez rare dans le milieu de la danse montréalaise. 4Quart mêle ainsi le travail de deux créateurs matures, Catherine Tardif et Alain Francoeur, à celui de deux chorégraphes dans la trentaine, Marie Béland et Frédérick Gravel. Tous, par ailleurs, cultivent un certain goût pour l'absurde et les expériences hors norme.

4Quart commence de façon quasi anodine: placés en carré, Sophie Corriveau, Manuel Roque, Peter Trosztmer et Lucie Vigneault, vêtus de kangourous de couleurs primaires, lancent des termes liés à la nourriture, déclenchant différentes qualités de gestuelle. Le résultat est assez cocasse. Le public, qui surplombe l'action, debout à la mezzanine du Studio Hydro-Québec, rigole. On pense avoir affaire à une création colorée et ludique, comme les affectionne parfois La 2e Porte à Gauche.

C'est sans compter sur le travail remarquable du vidéaste et scénographe L.E.M.M., qui va capter en direct les actions des danseurs pour les projeter sur un immense paravent et composer ainsi une série d'images complexes, aux couleurs et au grain changeants, incorporant jeux d'ombre et mises en abîme. Vraiment de toute beauté!

Intéressant aussi de constater que ces tableaux vivants intègrent toujours, à même la composition de l'image, les danseurs qui sont à leur origine, tandis que ceux-ci s'exécutent en duo ou en solo. De plus, quelle n'est pas la surprise des spectateurs, qui déambulent maintenant autour de l'immense paravent, de se voir tout à coup intégrés eux-mêmes à l'image.

Encore et encore, le paravent se déplace, la dynamique entre les danseurs se modifie et voilà qu'une nouvelle image se compose, croît en intensité jusqu'à son paroxysme (la musique de Philippe Brault aidant), pour ensuite imploser. Le calme revient, les êtres de chair reprennent l'avant-scène, dans une série d'actions assez absurdes pour dérouter le public et l'obliger ainsi à tendre toujours l'oeil et l'oreille.

On reconnaît, ici et là, la signature de certains des chorégraphes: un geste à la Frédérick Gravel, une interaction ludique à la Marie Béland. Cependant, l'apport de la dramaturge Katya Montaignac et de Daniel Soulières, qui agit ici comme mentor et conseiller artistique, et les nombreuses résidences de création dont le groupe a bénéficié, font que le travail est tellement bien intégré qu'on a heureusement peine à déceler qui y signe quoi. 4Quart s'avère une réelle création d'ensemble, qui exploite, par ailleurs, très bien le lieu dans lequel elle prend vie et qui, alors qu'elle aurait très bien pu être victime de surenchère, garde le cap sur une idée précise, que l'équipe décline ensuite assez habilement pour maintenir l'intérêt.

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4Quart, une production de Danse-Cité, en collaboration avec La 2e Porte à Gauche. Jusqu'au 2 avril, au Studio Hydro-Québec du Monument-National.




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