Dance Me: rendez-vous manqué

Les clichés sont nombreux dans Dance Me; on y retrouve... (Photo Thierry du Bois/Cosmos Image, fournie par la production )

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Les clichés sont nombreux dans Dance Me; on y retrouve évidemment la silhouette de Leonard Cohen avec son chapeau sombre.

Photo Thierry du Bois/Cosmos Image, fournie par la production 

La PresseIris Gagnon-Paradis 2/5

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Tout semblait en place, avec Dance Me, pour un spectacle grandiose, émouvant, digne de l'homme qu'était Leonard Cohen, dans cette alliance avec les Ballets Jazz de Montréal (BJM), une institution montréalaise de réputation internationale. Mais la communion tant attendue n'aura pas lieu.

La distribution est étoilée: une idée portée par Louis Robitaille, qui est derrière la renaissance des BJM, les interprètes fabuleux de la compagnie, trois chorégraphes reconnus internationalement (Andonis Foniadakis, Annabelle López Ochoa, Ihsan Rustem), une direction musicale assurée par le talentueux Martin Léon, une dramaturgie signée par l'homme de théâtre québécois Éric Jean et, évidemment, la musique et les mots du regretté Cohen.

Inexplicablement, pourtant, Dance Me rate sa cible. Le plus décevant est que presque jamais, au cours de ses 80 minutes, l'esprit de Cohen ne sera réellement évoqué. Son oeuvre, profonde et spirituelle, touchait à l'universel; à l'opposé, on nous sert ici une succession de morceaux chorégraphiques qui n'effleurent que la surface des choses, sans réellement susciter l'émotion.

L'écrin scénographique est pourtant fort joli, et bien rodé. Un écran amovible accueille les projections à l'arrière-scène, mais au final, son utilisation est assez convenue, malgré quelques clins d'oeil bien pensés. Des rangées de projecteurs sur pied entourent la scène, permettant de moduler joliment la lumière, notamment dans le numéro d'ouverture, prometteur, où des silhouettes anonymes avancent vers le public, entre l'ombre et la lumière, sur la pièce Here Is Your Love.

Orgie de mouvements

Cependant, plusieurs éléments laissent perplexe. Que ce soit sur Lover, Lover, Lover, puis Dance Me to the End of Love ou encore Everybody Knows, le trio de chorégraphes oppose à la langueur et à la sensualité de la voix de Cohen une gestuelle très énergique, voire hyperactive, faite de duos, de trios et de mouvements d'ensemble déployant à outrance la virtuosité des interprètes et qui finit par donner le tournis.

Les membres s'envolent et s'élancent dans toutes les directions, les corps tournoient, s'enlacent, se repoussent, roulent par terre, glissent sur le sol... La retenue n'est pas au menu.

Les Ballets Jazz de Montréal ont obtenu les droits... (Photo Thierry du Bois/Cosmos Image, fournie par la production ) - image 2.0

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Les Ballets Jazz de Montréal ont obtenu les droits exclusifs d'utilisation en danse et arts circassiens des chansons de Leonard Cohen pour cinq ans.

Photo Thierry du Bois/Cosmos Image, fournie par la production 

Une orgie de mouvements qui colle difficilement à l'univers de Cohen, qui se déploie souvent dans la lenteur, dans une enfilade de morceaux au fil directeur ténu et aux transitions convenues.

L'interprétation des pièces est la plupart du temps littérale et les clichés, nombreux: la silhouette avec son chapeau sombre, le veston noir, l'éternel combat amoureux avec de jeunes ingénues en nuisettes légères, jusqu'aux bâtons de pole dancing qui apparaissent, sexualisant à outrance les propos du poète.

Il faut attendre en fin de parcours, sur la pièce Suzanne, pour obtenir un moment de répit, dans un duo stellaire avec Céline Cassonne, dont la présence et le magnétisme permettent de sauver les meubles sur plusieurs morceaux.

Et pourquoi, sur deux pièces incontournables du répertoire de Cohen, soit So Long Marianne et Hallelujah, faire chanter des danseurs a cappella, sur une scène vide? Le tout laisse dubitatif, même si, paradoxalement, ce sont ces instants, tout en retenue et à fleur de peau, qui suscitent le plus d'émotions.

C'est à se demander si ces chorégraphes sont vraiment sensibles à l'oeuvre de Cohen, alors que les BJM ont obtenu les droits exclusifs d'utilisation en danse et arts circassiens des chansons pour cinq ans. N'aurait-il pas été plus judicieux de confier la délicate tâche de mettre en mouvement la musique du poète à des gens plus près de son oeuvre, sachant tout le talent chorégraphique dont regorge la métropole?

Sans doute, Dance Me, fort accessible, plaira tout de même à un large public. Mais malgré quelques belles idées, une scénographie bien ficelée et une interprétation techniquement bien exécutée, voilà malheureusement une belle occasion ratée pour les Ballets Jazz de Montréal. Quel dommage.

* * 1/2

Dance Me. D'Andonis Foniadakis, Annabelle López Ochoa et Ihsan Rustem. Au Théâtre Maisonneuve, jusqu'au 9 décembre, dans le cadre de Danse Danse.




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