J'aime Hydro: tomber amoureux ****1/2

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La comédienne Christine Beaulieu présente la suite de ses recherches sur Hydro-Québec dans les quatrième et cinquième épisodes de J'aime Hydro. 

photo Pierre Antoine Lafon Simard, fournie par la production

La PresseMario Cloutier 4/5

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Mario Cloutier

La magie de J'aime Hydro se poursuit avec la présentation intégrale des cinq épisodes de la pièce écrite par Christine Beaulieu, soutenue par Annabel Soutar et Philippe Cyr. Un théâtre documentaire instructif, ludique et... amoureux !

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J'aime Hydro montre qu'on peut faire une pièce didactique sans ennuyer.

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J'aime Hydro

Pierre Antoine Lafon Simard

La beauté de l'art vivant qu'est le théâtre reste la rencontre entre des artistes et un public en temps réel. Dès le début de l'aventure de J'aime Hydro, il y a deux ans, la magie a opéré entre Christine Beaulieu et les spectateurs. 

Cette histoire d'amour doit beaucoup à la personnalité et au talent de la comédienne-auteure, mais aussi à son sujet, notre relation d'amour-haine avec l'argent, la politique et le territoire. Ce que représente symboliquement Hydro-Québec et qui agite frénétiquement les électrons de notre cerveau dans ce spectacle de quatre heures faisant réfléchir, rire et pleurer. 

Depuis l'an dernier au FTA, les trois premiers épisodes du spectacle ont été resserrés, coupant des chiffres ici et ajoutant quelques blagues là, afin de recentrer la trame autour d'une Christine Beaulieu curieuse, mais doutant toujours d'elle-même, si « petite dans l'immensité ».

On ne peut s'étendre longuement sur la nature complexe de ce qui se déroule entre ce personnage attachant et un public avide de savoir. Mais c'est là que le théâtre arrive. On tombe amoureux, le mot n'est pas trop fort, de la candeur et de la franchise de Christine Beaulieu. De sa capacité de passer d'un état à un autre, d'être elle-même et de jouer la comédie.

Elle nous raconte son quotidien d'amours déçues, d'inquiétudes diverses et de son ignorance face à la chose publique et à Hydro-Québec.

La question centrale qu'elle pose est simple et complexe à la fois : pourquoi notre société d'État détruit-elle l'environnement afin de construire des barrages et produire à perte des surplus d'électricité ? 

Droit de parole

La pièce donne la parole à tous les intéressés, interprétés avec humour par Mathieu Gosselin et Mathieu Doyon. La comédienne le fait dans le respect de tous, de Bernard Gauthier aux dirigeants d'Hydro, en passant par les sages autochtones et les sérieux économistes.

Christine Beaulieu effectue ses recherches avec la persévérance d'une excellente élève. Dans les quatrième et cinquième épisodes, Soutar et le metteur en scène, Philippe Cyr, lui demandent cependant de s'affirmer davantage.

C'est ce qu'elle fait en arrivant sur scène au volant d'une voiture électrique qui lui a permis de se rendre au chantier de La Romaine l'été dernier. Soutar et Cyr contestent ce choix commandité par Hydro-Québec, mais la comédienne s'en tire, comme toujours, avec transparence et un sourire.

J'aime Hydro montre qu'on peut faire du théâtre avec trois tableaux, deux tables et un écran. On peut faire une pièce didactique sans ennuyer, on peut s'affirmer en restant humble, on peut faire des erreurs sans perdre l'empathie du public. Si on crée une véritable rencontre.

Transformation extrême

La démarche et la manière séduisent. On assiste au spectacle touchant d'une comédienne qui se transforme sous nos yeux, qui glisse de l'ignorance vers la connaissance avec détermination, qui transcende sa peur du conflit pour poser toutes les questions que nous avons par rapport au monstre qu'est devenue Hydro-Québec.

Ce n'est pas parfait. La première a, notamment, été marquée par des bogues techniques et quelques oublis de Mathieu Gosselin. Mais il s'agit d'une pièce marquante dans notre dramaturgie contemporaine, importante même. On peut déjà lui prédire un bel avenir en tournée.

Cette production nage dans les mêmes eaux que jadis Charbonneau et le chefLes fées ont soif ou les premiers Tremblay. Une oeuvre de son temps, lancée et portée cette fois par des femmes, faisant vibrer une corde sensible attachée profondément au passé, au présent et à l'avenir d'une nation qui se cherche encore.

À la manière de Christine Beaulieu, les Québécois sont gentils. Ils savent aimer, mais ne sont pas dupes pour autant, comme le démontre la controverse récente entourant une certaine multinationale. 

Pour l'avenir, il serait d'ailleurs sage de conseiller au président d'Hydro, Éric Martel, un ancien de Bombardier en passant, de savoir faire une meilleure part des choses entre l'appât du gain économico-politico-technologique et le bien commun. 

On ne badine pas avec l'amour.

****1/2

J'aime Hydro 

De Christine Beaulieu 

Dramaturgie d'Annabel Soutar 

Mise en scène Philippe Cyr 

À l'Usine C jusqu'au 13 avril 




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