Dehors: la bête humaine

Récit symbolique et onirique sur la haine et... (PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE D'AUJOURD'HUI)

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Récit symbolique et onirique sur la haine et la vengeance atavique, Dehors met en parallèle la guerre entre les nations et les peuples; et celle, plus intime, qui déchire les membres d'une même famille.

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La PresseLuc Boulanger 3/5

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Si la notion de territoire est au centre de la dramaturgie de Gilles Poulin-Denis, ses personnages sont plongés dans un no man's land. Ils vivent dans le chaos, plombés par une quête identitaire qui s'apparente à un combat contre le mal de vivre. Dans ce théâtre âpre et désespéré, la vie ne fait pas de cadeau.

On avait bien aimé son précédent solo, Rearview, présenté à La Petite Licorne, en 2011. La pièce racontait le périple transcanadien d'un jeune homme solitaire, perdu, violent (joué par Poulin-Denis lui-même). Sa quête carburait à l'urgence; et la pièce avait du souffle.

Hélas, avec sa nouvelle oeuvre, Dehors, le résultat est plus laborieux. Présenté dans la grande salle du Théâtre d'Aujourd'hui, ce texte (qu'il porte en lui depuis 2008) raconte le retour d'Arnaud (Patrick Hivon), un journaliste en zones de conflits armés, à la ferme familiale, après la mort de son père. Il y retrouve son frère cadet, Armand (Robin-Joël Cool), avec lequel il n'entretient aucune communication depuis 14 ans. L'accueil, plus que froid, est carrément hostile! Après la lecture du testament paternel, les deux frères apprennent qu'ils ont hérité de la terre à parts égales. Ce qui amplifie davantage la rage d'Armand.

La guerre intérieure

Récit symbolique et onirique sur la haine et la vengeance atavique, Dehors met en parallèle la guerre entre les nations et les peuples; et celle, plus intime, qui déchire les membres d'une même famille. On pense à Abel et Caïn, aux tragédies grecques. «Des frères qui tuent leurs frères, c'est le résumé tout en entier de la guerre», dit Arnaud.

Avec une matière aussi dramatique, c'est dommage que l'auteur n'ait pas pu dépasser les archétypes et les clichés des pièces de guerre. En passant constamment de l'intime à l'universel, Dehors s'éparpille en cours de route.

De plus, en voulant illustrer les réalités francophones des provinces canadiennes, la langue de la pièce mêle les axiomes et les accents - acadien, fransaskois, québécois, européen, etc. On se croirait presque au Sommet de la francophonie!

Dans son mot au programme, Gilles Poulin-Denis souligne ceci: «Dehors est dense, imparfait et remplie de symboles». Il n'a pas tort. Et la mise en scène chargée de Philippe Ducros n'aide pas à alléger l'histoire: décor imposant, vidéo et images omniprésentes, intense direction d'acteurs et beaucoup d'eau sur la scène qui trempe tout le monde...

Malgré ces réserves, la pièce mérite le détour. Elle est portée par des interprètes de talent et contient de très belles scènes. Soulignons le jeu tout en panache, shakespearien, de Jean-Marc Dalpé, en patriarche égaré dans la forêt qui apparaît comme dans un songe; la performance brute et sentie de Robin-Joël Cool; et l'excellent Patrick Hivon, qui incarne l'enfant prodigue. La sensibilité de ce grand acteur résonne à chaque instant sur la scène. Tel un stradivarius jouant sa partition.

***

Dehors

De Gilles Poulin-Denis

Mise en scène par Philippe Ducros

Avec Patrick Hivon, Robin-Joël Cool, Isabelle Roy

Au Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 25 mars ; et au CNA à Ottawa, du 29 mars au 1er avril




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