Yen: âmes pornographiques

Le monde décrit par Anna Jordan est bien... (Photo LP2 Studio, fournie par la production)

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Le monde décrit par Anna Jordan est bien le nôtre. Celui où les images ont pris toute la place en contaminant les faits et gestes d'humains sans amour, sans lumière, sans espoir. Des âmes pornographiques prises dans un tourbillon de consommation sans fin.

Photo LP2 Studio, fournie par la production

La PresseMario Cloutier 3/5

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Mario Cloutier

La nouvelle dramaturgie du Royaume-Uni continue de nous éblouir avec Yen, une belle production du LAB87.

Les auteurs anglais, écossais et irlandais sont partout sur nos scènes, et avec raison. Yen, d'Anna Jordan, a remporté un prix prestigieux là-bas et fait ici l'objet d'une belle adaptation par la compagnie qui nous avait donné Tribus.

Deux ados, Tommy (Théodore Pellerin) et Mac (Guillaume Gauthier), délaissés par leur mère alcoolique (Noémie Godin-Vigneau), consomment jeux vidéo, porno et violence à satiété. Leur désoeuvrement quasi total est heureusement contrecarré par la venue d'une voisine de leur âge, Yen (Mounia Zahzam), qui jouera à l'amie, à la confidente et à la seconde maman.

Ensemble, ils surnageront quelque peu. Ils ouvriront les rideaux pour entrevoir, ne serait-ce qu'un instant, un autre monde possible, réel celui-là, éloignés des clichés ambulants qu'ils deviennent peu à peu. 

Le monde décrit par Anna Jordan est bien le nôtre. Celui où les images ont pris toute la place en contaminant les faits et gestes d'humains sans amour, sans lumière, sans espoir. Des âmes pornographiques prises dans un tourbillon de consommation sans fin.

Les murs capitonnés, comme une cellule d'asile psychiatrique, accentuent la sensation d'enfermement et de névrose latente. La traduction de David Laurin et la mise en scène de Jean-Simon Traversy évoquent les manques de ces personnages qui crient amour par en dedans, sans savoir le dire ni le montrer.

Chez les interprètes, le jeune Théodore Pellerin est une véritable révélation. Pour sa toute première pièce de théâtre, cet habitué de la télé et du cinéma se donne tellement physiquement et émotivement qu'on se demande s'il tiendra jusqu'au 17 février.

Sa performance étincelante jette quelque peu une ombre sur le jeu des autres comédiens, néanmoins très justes. Quelques transitions laborieuses brisent également le rythme d'un texte grave, mais pertinent.

Yen décrit la solitude profonde d'un univers replié sur ses appareils électroniques, centré sur les plaisirs instantanés, engoncé dans l'ignorance la plus crasse.

Et s'il subsiste un espoir à la fin, il est le fait de femmes résilientes qui savent revenir sur leurs pas, les bras et le coeur ouverts.

* * * 1/2

Yen. Texte d'Anna Jordan. Traduction de David Laurin. Mise en scène de Jean-Simon Traversy. À La Licorne jusqu'au 17 février.




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