Les lettres arabes 2: le temps des bouffons

Geoffrey Gaquère, Mani Soleymanlou et Olivier Kemeid... (Photo David Ospina, fournie par la production)

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Geoffrey Gaquère, Mani Soleymanlou et Olivier Kemeid

Photo David Ospina, fournie par la production

La PresseLuc Boulanger 2/5

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Nous vivons à une époque formidable, où tout le monde semble marcher sur des oeufs. Même les artistes...

À l'instar de bien des observateurs de la scène théâtrale, on avait hâte, jeudi dernier, de voir Les lettres arabes 2. Parce que son sujet est chaud: les jeunes des banlieues en Europe et l'attrait du terrorisme; le choc des cultures et les tensions entre religions. Mais aussi parce que le trio des créateurs de la pièce est formé de directeurs artistiques très appréciés du milieu théâtral. Leur parole compte.

La prémisse est naïve, digne du film La vie est belle. Rachid et Mouloud, deux jeunes musulmans installés dans le quartier de Molenbeek, à Bruxelles, en ont marre de l'exclusion, du racisme ordinaire et des pédés... Pas nécessairement dans cet ordre. Pour se changer les idées et fuir le plat pays, les deux potes réservent dans un tout-inclus à Charm el-Cheikh, croyant qu'ils vont se la couler douce au soleil, entourés de «meufs» sur la plage. 

Or, ils se retrouveront dans un camp d'entraînement en Syrie, sous le joug du terrifiant Abou Minable, qui compte en faire des kamikazes. Éternels naïfs, Rachid et Mouloud se disent que ce sont des jeux d'un G.O. Leur folle aventure va les mener jusqu'au Canada, où ils rencontreront une certaine Mélanie «Très» Joly, puis un animateur de Radio X, portant une cagoule du KKK.

Vous aurez compris que Geoffrey Gaquère, Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou se moquent de tous les travers de la terreur actuelle. Ils nous avaient prévenus: leur proposition est plus risible que noire. «Face à ces incompréhensions mutuelles, nous avons pris le parti d'en rire, pointant les stéréotypes pour mieux les abattre», disent-ils.

Mani Soleymanlou (à l'arrière), Olivier Kemeid et Geoffrey Gaquère ont... (Photo David Ospina, fournie par la production) - image 2.0

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Mani Soleymanlou (à l'arrière), Olivier Kemeid et Geoffrey Gaquère ont fait le pari d'aborder le terrorisme avec le rire.

Photo David Ospina, fournie par la production

Caricatural, mais banal

Bien sûr qu'on peut rire du terrorisme, du djihad. Bien sûr qu'on peut caricaturer la dérive identitaire nationaliste québécoise, le discours des «précieuses ridicules» de Radio X, ou encore la version idyllique de la culture de Justin, Mélanie Joly et leurs amis...

Mais peut-on approfondir la matière, au-delà de la bouffonnerie, sans se prendre au sérieux? Les lettres arabes 2 est un spectacle court sur tous les plans: sa durée (à peine une heure), sa forme (assez brouillonne) et son propos. 

De deux choses l'une: on est face à des créateurs en panne d'inspiration ou bien à des artistes qui n'ont pas bien dosé le potentiel théâtral de leur matière. 

La première «partie» (30 minutes) est faible. On cherche le fil rouge. La suite est plus réussie. Les protagonistes atterrissent en terre canadienne sur leur tapis volant! Mise à part la chute du spectacle, où surgit enfin une véritable parole, cette proposition se résume à de l'humour potache, sans conséquence. Il y a certes quelques trouvailles astucieuses, des moments très drôles, mais aussi vite oubliés. 

En conclusion, on se croirait dans Revue et corrigée, version «hipsters». Mieux vaut en rire?

* * 1/2

Les lettres arabes 2. Texte, mise en scène et interprétation: Geoffrey Gaquère, Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou. À Espace libre, jusqu'au 19 novembre.

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