La campagne: un suspense en clair-obscur

Les deux interprètes de La campagne s'en tirent admirablement... (Photo Matthew Fournier, fournie par le Prospero)

Agrandir

Les deux interprètes de La campagne s'en tirent admirablement avec une partition subtilement dirigée.

Photo Matthew Fournier, fournie par le Prospero

La PresseMario Cloutier 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mario Cloutier

Le dramaturge britannique Martin Crimp a écrit La campagne en l'an 2000, soit huit ans avant La ville et 12 ans avant Dans la poursuite du bonheur, présentées récemment à Montréal.

La campagne peut d'ailleurs être perçue comme un brouillon de La ville. Une étape préliminaire dans une étude que mène Crimp sur les travers, les mensonges, les petites trahisons et grandes hypocrisies du couple.

La scène est plongée dans la pénombre pendant presque toute la durée de la pièce. Une femme se préoccupe de l'air coupable de son mari qui a ramené une jeune fille évanouie sur le bord de la route, «dans la maison où dorment nos enfants», répète-t-elle. 

Les interprètes chuchotent, mais leurs voix sont magnifiées par un discret système d'amplification. Cela convient parfaitement à l'esprit mystérieux de ce qui se déroule sous nos yeux : des échanges faits d'hésitations, de chevauchements, de malentendus comme de sous-entendus. Un suspense à demi-mot et en demi-teintes.

L'homme adultère (Justin Laramée) - enfin peut-être puisqu'on ne saurait jamais être tout à fait certain chez Crimp - sera confronté à sa femme (Delphine Bienvenu) et à sa possible maîtresse (Victoria Diamond). Entre ces deux moments forts, les femmes se lanceront elles aussi dans un jeu du chat et de la souris où l'on s'échange les rôles.

On ne dira rien de la conclusion de la pièce, mais il s'agit encore là d'une version édulcorée de la finale cruellement ambiguë de La ville.

Le plaisir de cette proposition réside plutôt dans l'intelligence de tous les instants de la mise en scène de Jérémie Niel.

Chaque geste qu'il fait - par exemple, celui de faire jouer par moments de dos les femmes face à l'homme, paumé comme il se doit - vient brouiller encore davantage l'eau de cette mer de mensonges. Le metteur en scène sait souligner esthétiquement tous les malaises de la moindre situation.

Les deux interprètes principaux s'en tirent admirablement avec une partition si subtilement dirigée. C'est un peu plus ardu cependant dans le cas de la jeune comédienne Victoria Diamond.

C'est la deuxième fois en 11 ans que Jérémie Niel monte cette pièce. Il a su en tirer le maximum. Peut-on maintenant rêver que Christian Lapointe refasse le même coup sur une scène professionnelle avec Atteintes sur sa vie - considérée comme le chef-d'oeuvre de Martin Crimp - qu'il a montée avec les étudiants de l'UQAM en 2010?

* * * 1/2

La campagne. Texte de Martin Crimp, traduction de Guillaume Corbeil. Mise en scène de Jérémie Niel. Au Théâtre Prospero jusqu'au 22 octobre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer