Trainspotting: jusqu'au dégoût

La pièce Trainspotting est présentée au Théâtre Prospero jusqu'au... (PHOTO PIERRE-MARC LALIBERTÉ, FOURNIE PAR LE PROSPERO)

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La pièce Trainspotting est présentée au Théâtre Prospero jusqu'au 14 mai.

PHOTO PIERRE-MARC LALIBERTÉ, FOURNIE PAR LE PROSPERO

La PresseMario Cloutier 4/5

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Mario Cloutier

Pièce coup-de-poing, Trainspotting est admirablement mise en scène et interprétée par une troupe de Québec survoltée.

Publié en 1993, le roman d'Irvine Welsh Trainspotting a d'abord été adapté à la scène, puis au cinéma par Danny Boyle en 1996. Vingt ans plus tard, les sujets abordés par ce film-culte restent d'actualité, malheureusement.

On est en Écosse en pleine crise économique. Mark Renton (étincelant Lucien Ratio) et sa troupe se vautrent dans les stups et la fornication, faute de mieux et surtout d'une lumière au bout du tunnel, qui reste obstinément éteinte pour eux.

Drogue, sexe et rock'n'roll, comme le veut l'appellation contrôlée, mais sans le plaisir, portés plutôt par un regard lucide, désillusionné, amer.

Admirablement traduite en langue québécoise par Wajdi Mouawad, la pièce, comme le film, s'avère une fuite en avant et vers la déchéance.

Le rire des débuts, face aux bassesses des uns et des autres pour obtenir un fix, fait place au drame de la violence et à la tragédie de l'apathie. Un cul-de-sac fatal. Le récit nous fait glisser dans le glauque jusqu'au dégoût. La toxicomanie du groupe d'amis provoquera l'irréparable: la mort d'un enfant de la seule fille du groupe.

Un miroir inquétant

La mise en scène hyper réaliste de Marie-Hélène Gendreau est souvent troublante, nous prenant littéralement aux tripes, aidée par une scénographie évoquant les bas-fonds, avec ses cachettes et ses portes dérobées, comme autant de replis d'une âme en déroute.

La pièce imite le rythme fébrile et saccadé du film. L'imagerie originale cinématographique est remplacée, quant à elle, par des descriptions détaillées, dans une langue crue, ne nous épargnant aucun détail scatologique ou pornographique.

La plongée en enfer de Mark et de ses amis est un peu la nôtre, celle d'une société toujours en manque d'absolu pour oublier le vide de l'existence.

De nos jours, pour certains, la dépendance a changé de visage. L'héroïne, les speeds et leurs complices ont été remplacés par les téléphones intelligents, selfies et autres superficialités.

Moins dommageable? Vraiment? C'est ce miroir inquiétant que nous tendent ces excellents jeunes acteurs de Québec.

* * * *

Trainspotting. Texte d'Irvine Welsh. Traduction de Wajdi Mouawad. Mise en scène de Marie-Hélène Gendreau. Au Théâtre Prospero jusqu'au 14 mai.

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