Peepshow: ouvrir des portes

Sous la direction de Marie Brassard, Monia Chokri... (PHOTO CAROLINE LABERGE, FOURNIE PAR ESPACE GO)

Agrandir

Sous la direction de Marie Brassard, Monia Chokri se métamorphose continuellement sous les yeux des spectateurs, allant jusqu'à dialoguer avec les différents personnages de Peepshow qu'elle incarne.

PHOTO CAROLINE LABERGE, FOURNIE PAR ESPACE GO

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dix après sa création, Marie Brassard représente Peepshow en dirigeant cette fois Monia Chokri. Une interprétation impressionnante de l'actrice, qui incarne avec virtuosité la multitude de personnages imaginés par l'auteure et metteure en scène, passée maître dans la création d'univers introspectifs (Jimmy, La noirceur, L'invisible).

Marie Brassard n'est sans doute jamais allée aussi loin dans sa recherche technique sur la transformation de la voix, qu'elle mène depuis 15 ans. Un procédé qui permet à Monia Chokri, les lèvres grimées de rouge, d'interpréter tous les personnages de Peepshow (hommes, femmes et enfants). Le spectateur sera bluffé, ne sachant plus reconnaître la «vraie» voix de l'actrice.

Grâce à un petit micro intelligent, l'interprète se métamorphose continuellement sous nos yeux (vocalement, mais aussi physiquement), allant jusqu'à dialoguer avec les différents personnages de Peepshow qu'elle incarne. Une gymnastique qu'on devine épuisante, mais que Monia Chokri accomplit avec beaucoup de fluidité, tant dans ses mouvements que dans les inflexions de sa voix.

DÉSIR = DANGER

Peepshow, qui se présente comme une relecture du Petit chaperon rouge, explore le thème de la peur, qui nous paralyse et nous empêche d'ouvrir des portes, en même temps qu'elle nous attire et nous excite. Le conte de Charles Perrault - qui célèbre notre désir de découverte et de sexualité, diront certains - est ici le point de départ de Marie Brassard.

Toutes les petites histoires qui forment la matrice de Peepshow - et qui sont étrangement et habilement liées entre elles - illustrent ce sentiment de peur, couplé à notre désir parfois tordu de vivre dangereusement.

Les mots de Marie Brassard s'insinuent doucement en nous, s'amusant à ouvrir toutes les portes qui se dressent sur leur chemin.

Le caractère désespéré de certains personnages féminins qui vainquent leur peur dans la douleur pourrait en exaspérer certains (comme ce fut le cas de ma voisine), il n'en demeure pas moins que les images sont très fortes. Les projections et la musique enveloppante d'Alexander MacSween contribuent également à la poétisation de ces dialogues intérieurs.

Cette plongée en apnée à laquelle Marie Brassard nous convie n'est pas sans efforts. Et l'incarnation sonore et visuelle du monstre (ou du loup) qui sommeille en nous est parfois lourde et répétitive. S'il vaut mieux se répéter que se contredire, on aurait tout de même souhaité la conclusion plus hâtive de certains segments qui s'étirent.

Monia Chokri, qui avait brillé dans La fureur de ce que je pense, inspiré de l'oeuvre de Nelly Arcan (dans une mise en scène de Marie Brassard), relève de nouveau le défi dans Peepshow, faisant la preuve de toute l'étendue de son talent. Une performance onirique de haut vol qu'elle livre avec toute l'intelligence et la finesse... de Marie Brassard.

_____________________________________________________________________________

Peepshow. Écrit et mis en scène par Marie Brassard. Avec Monia Chokri. À l'Espace Go du 15 septembre au 10 octobre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer