Les deux voyages de Suzanne W.: cri du coeur

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Dans Les deux voyages de Suzanne W., les interprètes jouent à la fois pour le public et pour des caméras dissimulées sur la scène.

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La PresseLuc Boulanger 3/5

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Luc Boulanger
La Presse

À l'instar de beaucoup de Français, Marc Lainé rêvait de suivre les traces des «road movies» américains et de traverser le sud-ouest des États-Unis en voiture. Or, la directrice de l'Espace Go, Ginette Noiseux, lui a parlé du Grand Nord québécois. Il a donc décidé de prendre la route de la baie James. Il ne l'a pas regretté.

L'auteur et metteur en scène s'est rendu jusqu'au village de Waskaganish, en passant par Amos, Matagami, puis en revenant par Chibougamau. Il en a rapporté de belles images (captées par le vidéaste Baptiste Klein). Le grand désert de glaces et de sapins du Québec l'a transformé, au point qu'il en a fait une pièce, créée en mars dernier à Paris, aujourd'hui à l'affiche de l'Espace Go.

Intitulée Les deux voyages de Suzanne W., avec comme sous-titre Vanishing Point (point de fuite), cette création se démarque de ce que l'on peut voir habituellement au théâtre, et ce, tant dans la forme (le dispositif scénique de Lainé est impressionnant) que dans le fond (il est ironique, voire triste, de constater que les Français s'intéressent davantage à la culture autochtone et au Grand Nord que la majorité des Québécois!).

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Sylvie Léonard et Pierre-Yves Cardinal

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Mélange de théâtre, de cinéma, de musique rock et blues - grâce à la présence sur scène de quatre musiciens du groupe franco-américain Moriarty -, cette coproduction France-Québec raconte le voyage géographique et intérieur de trois personnages fragiles et solitaires. Trois personnages aux destins parallèles, qui souhaitent trouver dans la fuite des réponses à leurs questions existentielles.

Sur la route

Le spectacle s'ouvre alors qu'une chanteuse (énergique et très juste Marie-Sophie Ferdane) livre un poème en langue crie, au son de rythmes amérindiens. Entre en scène Suzanne, qui parle au téléphone (Sylvie Léonard, qui joue un personnage proche de sa Sylvie d'Un gars, une fille). Enfermée dans sa voiture, Suzanne menace de se suicider. Elle laisse tourner le moteur et s'évanouit.

Fondu au noir et flash-back. Suzanne est au volant sur la route et fait monter un auto-stoppeur (Pierre-Yves Cardinal, d'un naturel fort convaincant). S'amorce alors le «road trip» mentionné plus haut, ainsi qu'une mystérieuse relation entre cette femme divorcée et ce jeune homme à la recherche de son ex.

Les interprètes jouent à la fois pour le public et pour des caméras dissimulées sur la scène. Des écrans géants nous permettent de les voir en gros plan tout en regardant le paysage défiler sous nos yeux. Le spectateur est libre de poser son regard où il veut: les écrans, les interprètes, les musiciens... Cela pourrait être lourd, mais la mise en scène rend l'exercice très fluide, naturel.

Le texte est à la fois réaliste et poétique, avec des références aux esprits et aux chamans amérindiens. Mais il enfile aussi quelques clichés et métaphores boiteuses sur le Grand Nord, comme ces yeux de l'amoureuse qui ressemblent «à deux lacs gelés».

Toutefois, au bout du voyage, le public est touché par cette pièce. Marc Lainé porte un regard tendre et délicat sur nos exils intérieurs. Sa proposition a beaucoup d'âme.

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À l'Espace Go jusqu'au 23 mai.

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