Requiem(s) King Lear... : espace vraiment libre

Les comédiens évoluent autour de deux superbes structures... (PHOTO CHRISTINE BOURGIER, FOURNIE PAR ESPACE LIBRE)

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Les comédiens évoluent autour de deux superbes structures de bois suspendues au centre de la salle. Quant aux spectateurs, ils sont assis sur des piles de journaux.

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Mario Cloutier

Le spectacle Requiem(s) King Lear... d'Hanna Abd El Nour ne nous semble pas aussi abouti que sa production précédente, mais on y découvre une nourriture poétique riche et stimulante.

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On trouve de tout, et tout le Québec d'aujourd'hui, dans Requiem(s) King Lear Hygiène sociale Désobéissance civile Charte des raisons communes Vodka pour tous, mis en scène par Hanna Abd El Nour et joué par sept interprètes inspirés et passionnés: Jérémie Aubry, Angie Cheng, Sarah Chouinard-Poirier, Ève Gadouas, Nora Guerch, Karina Iraola et Julien Thibeault.

Tous les sujets du titre sont abordés dans l'ordre et le désordre, de certaines répliques de King Lear au pâté chinois en passant par le sacro-saint chalet québécois, dans ce qui semble un work toujours in progress.

On n'y trouve pas de trame narrative ni de personnages comme tels. Les spectateurs, assis sur des piles de journaux, sont plutôt placés devant des archétypes - l'homme fort, la nymphomane, l'inquiet, la boulimique, etc. - dont les prises de parole tricotent et détricotent les lieux communs ainsi que les défauts de notre société.

Dans Nombreux seront nos ennemis, basé sur la poésie de Geneviève Desrosiers et présenté l'an dernier à La Chapelle, le propos du metteur en scène s'avérait plus encadré, plus construit. Ici, les répliques se chevauchent et partent dans toutes les directions. C'est à croire que le spectacle peut différer grandement d'un soir à l'autre.

Appel à la révolution

Nous nageons, au fond, dans la cacophonie du monde actuel. Un monde «pas nul, mais plein» dont l'écho est entretenu par deux superbes structures de bois suspendues au centre de la salle et une trame sonore empreinte de mystère.

Dans cette «ville numérique où il n'y a rien», les comédiens posent les bonnes questions. Celles qui dérangent et provoquent: «Tu l'aimes comment, ta misère?», «C'est qui, le fou? C'tu moi?», «How much do you love me?», «Quessé tu veux je te montre?»

Il s'agit d'un univers sans amour où personne ne touche à personne. La paranoïa, le doute et le cynisme triomphent. C'est tantôt violent, tantôt pornographique, pas tant physiquement que socialement et politiquement. Les tableaux comportent plusieurs images très fortes, d'autres subtiles, touchantes.

La «pièce» dénonce la prostitution des âmes («pour mille piasses je dors avec toi tous les jours»), aborde les violences de l'actualité récente («I can't breathe» et la fusillade à Charlie Hebdo), puis lance un appel à la désobéissance civile. Surtout à la révolution de l'imaginaire et de la folie, même si elle reste menacée par l'inertie des uns et des autres.

L'espoir est-il encore possible? se demande-t-on en voyant ce théâtre extrêmement physique se contorsionner sous nos yeux. On souhaite faire la fête à coups de vodka distribuée aux spectateurs. Les mots y invitent parfois, mais ils retombent soudainement, lourds d'irrésolution.

Il y a de l'humour absurde, mais aussi des temps morts et des répétitions. Comme dans la vie, dirait peut-être le meneur de jeu. Il y a aussi - et heureusement, ajouterait-on - plus de poésie et de réflexion que dans la vie ou même sur la scène théâtrale montréalaise.

Hanna Abd El Nour et sa troupe donnent généreusement. Ils offrent un méchant beau trip de gang de théâtre, aussi décousu puisse-t-il parfois paraître.

Un espace de création vraiment libre. Une rareté donc.

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À Espace libre jusqu'à samedi

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