Tranche-cul: Chronique de la haine ordinaire

Au début de chaque scène, un interprète sort... (PHOTO: H.B. LEFORT, FOURNIE PAR ESPACE LIBRE)

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Au début de chaque scène, un interprète sort de la foule pour prendre la parole.

PHOTO: H.B. LEFORT, FOURNIE PAR ESPACE LIBRE

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Luc Boulanger
La Presse

Avis aux spectateurs. Si vous allez voir Tranche-cul, la nouvelle pièce de Jean-Philippe Baril Guérard à Espace libre, impossible de vous défiler. La salle, fortement éclairée aux néons, est transformée en un forum de citoyens. Et vos réactions sont scrutées à la loupe.

L'effet est réussi et amusant. Malheureusement, si Tranche-cul est un «miroir grossissant» des débordements de la liberté d'expression, la pièce - aussi décoiffante soit-elle - devient prisonnière de sa parole excessive.

L'auteur de 26 ans aborde pourtant des questions actuelles et pertinentes. Quelles sont les limites de la liberté d'expression? Comment discuter lorsque l'opinion de chacun est reine? Le droit d'avoir une tribune permet-il de tout dire sur la place publique? Sans remettre en question notre droit de parole, Baril Guérard dénonce ceux qui profitent de cette liberté pour écraser les plus faibles ou utilisent la démagogie pour nourrir leur gros ego.

Lorsque le spectateur prend place, 15 interprètes sont déjà dispersés dans les gradins. L'un d'eux est peut-être votre voisin... Au début de chaque scène, à tour de rôle, un interprète sort de l'anonymat de la foule pour prendre la parole. Les propos de tous les personnages sont remplis de mauvaise foi. Peu importe leurs thèmes: relations hommes-femmes, sexualité, discrimination, environnement, eugénisme...

Durant 95 minutes, le public sera enseveli sous un déluge de mots, de déclarations sentencieuses. La cacophonie sociale étant la norme, le speaker's corner de jadis est ici une arène où ces lions de l'opinion sont lâchés lousses!

Une proposition qui s'épuise

Avec Tranche-Cul, Baril Guérard et sa troupe secouent donc la rectitude du discours populiste et populaire. La pièce critique une société qui se cherche des boucs émissaires; un monde où personne ne s'écoute, puisque tout le monde a raison.

Or, si l'auteur et metteur en scène a mis le doigt sur les dérives d'une époque, sa pièce n'est hélas pas aboutie. Et sa proposition s'épuise en cours de route.

Tranche-cul ressemble plus à un pamphlet, un coup de gueule, qu'à une oeuvre dramatique. Il n'y a pas d'intrigue, de conflits, de ressorts ou de progression dramatiques, encore moins de résolution. Par contre, il y a des redites, des raccourcis, des facilités (la fin).

Les personnages manquent de nuances... Mais c'est voulu, vous nous direz! Car l'auteur veut exposer la grossièreté des opinions, en exagérant le trait des personnages dans leur discours. On vous répondra qu'au théâtre, un personnage est plus fort et intéressant lorsqu'on devine ses failles. Ici, chacun enfonce des portes ouvertes. Les hommes et les femmes de Tranche-cul peuvent bien lancer des monstruosités sur scène, ils demeurent des humains. Malgré tout.

Finalement, Baril Guérard aurait gagné à mieux développer les situations, à éviter la caricature, à faire un portrait plus juste ou une autopsie de la haine ordinaire; au lieu d'une simple chronique sur le sujet.

Son constat sur la bête sauvage et humaine gavée d'opinions rapides et de logorrhée haineuse vous fera davantage rire que réfléchir... Dommage. Car il y a tant de questions à poser sur les origines, les raisons et, surtout, les limites de cette haine ordinaire. Ne serait-ce que pour fermer la gueule aux imbéciles du monde entier!!!

Jusqu'au 20 décembre à Espace libre.

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