Songs of the Wanderers: comme un début d'extase

La gestuelle du Cloud Gate Dance Theatre de... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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La gestuelle du Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan emprunte aux arts martiaux autant qu'à la calligraphie.

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Aline Apostolska

Collaboration spéciale

La Presse

On aurait tort de penser qu'ayant vu une fois le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan, on ne sera plus surpris. Chaque fois, le chorégraphe Lin Hwai-min offre un univers unique tout en créant l'étonnement, voire mieux que ça: un véritable ébahissement.

Songs of the Wanderers réussit ce pari. L'hypnose fonctionne dès la première seconde, met le feu aux sens et à l'esprit. Dans un dépouillement clair-obscur, un homme en tunique de coton plissé, debout, mains jointes, paupières closes, sourit tandis qu'un filet d'or coule inexorablement sur son crâne nu. Il s'agit de Lin Hwai-min lui-même.

Derrière lui, un important groupe de femmes et d'hommes avance, lentement, bras tendus, bâton de pèlerin à la main. Tout est là.

Le spectateur est invité à les suivre dans leur quête bouddhiste, accompagnée par les voix masculines, gutturales et transcendantes du choeur Rustavi, qui égrènent des chants polyphoniques issus du mysticisme orthodoxe. Le chorégraphe mêle avec bonheur les traditions spirituelles et fait plonger le spectateur dans un état méditatif qui s'intensifie et perdure bien après qu'il eut quitté la salle.

La gestuelle emprunte aux arts martiaux autant qu'à la calligraphie. Une lenteur ample, parfois cisaillée de mouvements de transe rapide et saccadée. Les interprètes sont extraordinairement habités par cette énergie qui circule et les traverse tandis que leurs visages restituent toutes les émotions indicibles.

Les quatre éléments

L'image du filet fluide qui s'écoule, symbolisant le sable du temps, appartient, elle, au bûto. Mais ici, ce n'est pas du sable, mais du riz - littéralement des tonnes de riz teint en doré, qui ensevelissent progressivement la scène et les corps. Le riz, emblème de nutrition terrestre et céleste, mais aussi rappel de l'élément liquide.

Les trois autres éléments sont également présents: l'air par le souffle, véhicule de la méditation autant que de la danse; la terre par la présence des branches et des feuilles qui rappellent que Bouddha a atteint l'éveil après une méditation sous le figuier millénaire de Bodh Gaya, pendant 90 jours. Et le feu, métaphorique embrasement du dernier chakra lors de la méditation. Il arrive vers la fin dans des coupelles posées sur les têtes d'un groupe de danseurs. Malheureusement, au cours de la représentation à Québec, un des danseurs a littéralement pris feu sur scène. Heureusement, il s'en est tiré indemne.

Écrivain lui-même, Lin Hwai-min s'est inspiré du roman métaphysique d'Hermann Hesse, Siddharta, qui relate la vie de Bouddha jeune. Songs of the Wanderers, créée il y a 20 ans, est délibérément plus narrative que des pièces plus récentes, comme Moon Water ou Wild Cursive. Elle raconte l'histoire universelle de la quête du sens de la vie. En 90 minutes - et non 90 jours -, jusqu'à la bouleversante explosion finale. Comme un début d'extase.

Au Théâtre Maisonneuve jusqu'à ce soir.




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