Le Duras Show : l'amour kitsch de Duras

Entre hommage et humour, la Compagnie Mobile Home propose avec le Duras Show une immersion dans l'univers de l'écrivain-culte en jouant avec ses clichés.

Marguerite Duras. Sa voix, son col roulé, ses lunettes, sa mère, l'alcool, ses cigarettes, ses tics, ses phrases courtes, ses déclarations, ses films. Ses fans, surtout.

À notre avis, le Duras Show ne sera d'aucun intérêt pour les néophytes de son oeuvre. Non pas qu'il faille une lecture profonde de ses écrits pour apprécier la pièce, faite d'une série de vignettes multidisciplinaires inspirées par ses romans, ses interviews et sa légende, mais parce qu'il s'agit ici, avant tout, d'un «trip de groupies». Pour ne pas dire un trip «gai» de groupies.

Dès l'ouverture, les metteurs en scène et cofondateurs de la troupe, Steeve Dumais et Lucas Jolly, font leur coming-out sous forme d'animateurs de variétés: ils se sont rencontrés dans un sauna sur Saint-Laurent, ils ont parlé de Duras, ils ont été séduits. Ils se payent le Duras Show - et Dieu sait que Duras savait faire son show.

Des extraits de ses entretiens rappellent comment elle a choisi son costume public, pendant qu'on le recrée sur scène avec une marionnette. Ensuite, on effleure Hiroshima, mon amour, Un barrage contre le Pacifique, Moderato Cantabile, India Song et la belle Anne-Marie Stretter, L'Amant, jusqu'à la fameuse mort de la mouche dans Écrire. Le tout agrémenté d'images, de musique, de danse, et même d'un brin de paillettes.

Trois femmes (Elinor Fueter, Carole Nadeau, Jacqueline Van de Geer) traversent lentement ces tableaux avec la grâce de statues de pierre des héroïnes durassiennes. Les moments d'intensité alternent avec des moments d'absurdité. Il s'agit d'un survol superficiel de l'oeuvre de Duras, mais c'est dans la superficialité que réside l'esprit du spectacle. Car Duras devient ici une icône au même titre que Dalida ou Barbra Streisand, version pour littéraires.

Tous les fans ont de Duras un premier souvenir marqué au fer rouge, presque une révélation - peut-être un ravissement comme Lol V. Stein. Un détail qui a déclenché la passion, et une création personnelle du personnage. Sauf que, comme le dit Duras: «Autant de gens que je connais, autant de portraits de moi. Ils sont tous valables.» Celui-ci comme les autres, qui, malgré ses maladresses, n'a rien de «durasoir».

Les intégristes de Duras - parce qu'il y en a - n'aimeront peut-être pas le côté «désacralisant» de cet hommage très affectueux qui contient ses décrochages comiques. Mais, encore, c'est la voix de Duras qui le souligne: «J'aime beaucoup rire». Et de faire l'éloge de «l'ivresse de la rigolade», elle qui en connaissait un bon bout sur l'ivresse en général...

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Le Duras Show, de Steeve Dumais et Lucas Jolly, avec Patrick Lamothe, Elinor Fueter, Carole Nadeau et Jacqueline van de Geer.  Jusqu'au 26 février au Théâtre Lachapelle. 514-843-7738




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