Le cirque à table à Ibiza

Le Cirque du Soleil s'est allié à deux génies espagnols de la cuisine... (PHOTO FOURNIE PAR LE RESTAURANT HEART)

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(Ibiza) Le Cirque du Soleil s'est allié à deux génies espagnols de la cuisine d'avant-garde pour lancer un nouveau projet à Ibiza, île espagnole aux eaux turquoise adorée des multimillionnaires et des hippies, où les amateurs de fête du monde entier se retrouvent l'été pour se prélasser sur la plage le jour et danser toute la nuit. Bienvenue chez Heart.

L'idée est née il y a une bonne dizaine d'années. Une envie de Guy Laliberté de faire quelque chose avec Albert et Ferran Adrià, deux chefs géniaux de l'avant-garde, de créer une rencontre entre la créativité du Cirque du Soleil et celle de ces cuisiniers catalans maîtres des trompe-l'oeil, des présentations éclatées, des ingrédients excentrés, des recettes virées à l'envers.

Cet été, le projet a finalement été lancé. C'est à Ibiza, dans les îles Baléares, et ça s'appelle Heart.

Restaurant? Spectacle? Cabaret? Cirque alimentaire? Casino?

Heart, c'est un peu tout ça et en quelque sorte la version espagnole de ce que le Cirque voulait faire naguère à Montréal sur les rives du bassin Peel, avant d'abandonner l'idée face au déluge de protestations.

Il est 21h30, l'heure du début de l'apéro en Espagne. La terrasse au dernier étage de Heart, à côté de l'Ibiza Gran Hotel - l'un des partenaires du projet, hôtel où est intégré un casino -, commence à peine à se remplir. Sur un chariot, une dame propose des olives qui n'en sont pas, plutôt des sphérifications de jus d'olive concentré qui éclatent en bouche, snack signature des Adrià.

À côté, une danseuse aux seins nus se fait peindre le corps. Soudain, des personnages portant des arbres sur leur dos apparaissent entre les tables...

«On est ici pour créer des moments que les gens veulent vivre, mais aussi qu'ils ne savent pas qu'ils veulent vivre», explique Frank Helpin, directeur de création du projet. «Heart, c'est le voyage.»

Le voyage où?

Un peu partout, parce que le projet, qui s'articule en trois lieux différents, évolue constamment. Dans cet immense bâtiment adjacent au Gran Hotel, il y a au dernier étage une terrasse, où l'on mange de façon hyper conviviale, style cuisine de rue, et où l'on prend un verre alors que l'environnement se transforme, laissant place à des personnages et des performances qui s'intègrent à la foule.

À un autre étage, on est carrément dans une boîte de nuit éclatée, le Club. Et puis, au rez-de-chaussée, passé les oeuvres du Japonais Takashi Murakami et du Canadien d'origine mexicaine Rafael Lozano-Hemmer, on entre en quelque sorte dans un restaurant, un restaurant avec un spectacle et des oeuvres d'art projetées, notamment une pièce de Miguel Chevalier, artiste français, qui travaille avec des pixels liquides. L'oeuvre répond aux musiciens.

«On ne voulait pas trop distraire les gens quand ils mangent», explique Helpin.

La fête avant tout

Plus tard, un numéro mettant en vedette un canapé, un danseur et des projections viendra distraire les convives, suivi de numéros de danse, puis d'un band. Un peu avant ou après le dessert, la salle se mettra à danser.

«Ici, c'est un lieu de fête, il ne faut jamais l'oublier», explique Albert Adrià, qui passe plusieurs jours par semaine sur place, pour tout gérer, alors que son frère Ferran vient plus ponctuellement. «Il fait son apparition de temps en temps pour poser les bonnes questions», dit Helpin.

Le défi pour tout le monde est immense. Réconcilier les attentes du public ultrabranché sur la fête d'Ibiza et l'offre combinée du Cirque du Soleil et des Adrià, sans décevoir personne ni perdre son identité.

«Tout évolue constamment», explique Albert Adrià. Mais pour le moment, il n'y a pas de cracheurs de feu pour venir gratiner la crème brûlée ou de danseurs suspendus à des rubans pour servir les drinks. «On voulait se détacher des acrobaties, aller plus vers l'art», souligne Helpin.

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La chasse aux plus fortunés

En outre, le modèle d'affaires n'est pas évident à bâtir, précise Adrià. Dans le journal local, les frères ont déclaré que c'était leur plus gros défi jusqu'à présent, plus que de tenir l'El Bulli, restaurant culte des Adrià aujourd'hui fermé; plus que les multiples tables qu'Albert gère maintenant à Barcelone, comme Bodega 1900 ou Ticket.

Dans l'île, 10% du public dépense autant d'argent que les autres 90%.

«Dans l'île, il y a des chambres à 15 000 euros la nuit, des gens qui laissent 100 euros de pourboire, c'est sûr qu'on se bat tous pour cette clientèle», explique le chef.

Et malgré ce qu'on pourrait croire, malgré la notoriété de la marque Adrià en Espagne et en Europe, ainsi que celle du Cirque du Soleil, la concurrence est dure avec les autres clubs, avec leurs vues sur la mer et leurs DJ qu'ils paient 50 000 euros par soir!

Du côté du Cirque, on surveille l'évolution de Heart de près. Helpin est là à temps plein, le créateur créatif du Cirque, Jean-François Bouchard, est venu passer du temps dans l'île pour voir comment avançait le projet. Et Guy Laliberté, qui a une maison dans l'île, va régulièrement passer des soirées chez Heart.

«Il est très proche du projet. Il est là pour un mois et demi cet été», explique Albert Adrià. «Et quand il vient, il est toujours avec des groupes de 30 personnes...»

La grande designer Patricia Urquiola, qui a dessiné tous les meubles de Heart, passe elle aussi son été sur l'île, tout comme Giorgio Armani et Paul McCartney, qui ont leur bateau dans le port près de la petite île voisine de Formentera...

Le grand défi de Heart, expliquent tant Helpin qu'Adrià, c'est que tout se passe très vite. Le projet a ouvert le 1er juillet et déjà à la mi-septembre, le public aura délaissé l'île. «Tout est ouvert tout le temps pendant cette courte période, donc on n'a pas de recul pour répéter, pour s'ajuster», explique Helpin. Le spectacle change donc sous les yeux du public.

Adrià, lui, change son menu constamment. Tout est griffé Adrià. Tout est préparé avec des produits du plus haut niveau. «Tu as 1000 multimillionnaires ici, dit-il. Tu les veux tous dans ton restaurant!»

Mais selon Helpin, ce qui fait la force de l'île, c'est aussi la rencontre de tous les publics et le fait que tout ce monde est en vacances et relax. «C'est incroyable comment tous les gens sont heureux et souriants. Ils veulent juste qu'on les surprenne.»

Et Helpin et Adrià promettent que le meilleur est à venir.

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