Pourquoi jouer en banlieue?

Les salles de banlieue ne sont désormais plus à la remorque de la métropole, et... (PHOTO SIMON GIROUX, LA PRESSE)

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Les salles de banlieue ne sont désormais plus à la remorque de la métropole, et elles commencent même à prendre les devants en humour. Équipées pour présenter des productions similaires à celles proposées à Montréal, elles proposent aux artistes des conditions de travail très alléchantes. C'est pourquoi ils y reviennent, encore et encore.

Pour Ingénu, son second spectacle, Adib Alkhalidey a décidé de faire cavalier seul et de produire sa tournée. Et c'est seulement après un long détour par L'Assomption, Laval, Terrebonne, Rosemère, Brossard et Saint-Eustache que l'humoriste se produira au Théâtre Outremont, le 9 novembre, pour un soir seulement.

En tant que producteur, l'humoriste considère la banlieue comme un marché florissant où il est moins coûteux de présenter ses spectacles.

«Lors de ma première tournée, j'avais été fasciné: on annonçait deux soirs complets au Théâtre St-Denis, mais on ne faisait pas d'argent parce que ça avait coûté trop cher en stratégie promotionnelle!», lance l'humoriste de 29 ans qui s'étonne encore de remplir des salles en banlieue sans même faire de publicité.

«La pression de devoir remplir une salle de 2000 places m'enlève le bonheur de jouer. Et il est hors de question que je vende mes billets 50 $ pour rembourser la promotion de mes spectacles, surtout à l'ère des réseaux sociaux!»

L'artiste préfère multiplier les petites salles et garder le prix de ses billets à 30 $ (plus les frais de service déterminés par chaque salle).

Il est en effet beaucoup moins risqué pour un artiste de se produire en banlieue, car le plus souvent, il n'a pas à assumer les coûts de location de la salle, comme c'est le cas à Montréal. En outre, il touche un cachet garanti par les diffuseurs qui jouissent de subventions gouvernementales et municipales destinées à donner aux citoyens un accès équitable aux spectacles autrefois réservés aux grands centres.

Certaines salles de banlieue ont également une exonération de taxe foncière et bénéficient du programme d'aide à la tournée de la SODEC ou de celui d'aide à la diffusion du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF).

«À Montréal, le producteur prend tous les risques. Mais on peut aussi faire plus d'argent. Si on ne faisait que louer des salles, on ne pourrait pas faire de tournée», souligne Benjamin Phaneuf. Imprésario de Louis-José Houde, François Bellefeuille et Phil Roy, il observe depuis 2010 une véritable coupure entre Montréal et la banlieue dans le marché de l'humour.

«La clientèle en humour francophone est beaucoup plus en banlieue qu'avant. Alors on a suivi! Il y a maintenant des salles merveilleuses. Avant, un humoriste faisait quatre ou cinq spectacles à Montréal. Aujourd'hui, c'est plutôt deux.»

Benjamin Phaneuf estime vendre désormais 60 % des billets d'une tournée dans le quadrilatère Saint-Jérôme-Granby-Valleyfield-L'Assomption.

Un public différent

Tout comme en humour, les spectacles de variétés et de chanson francophone ont eu tendance à suivre leur clientèle et à migrer vers la banlieue.

«Ce qui a changé, c'est les habitudes de consommation des spectateurs et la multiplicité des lieux. Il y a une concentration de salles construites aux alentours de Montréal, gérées par des organismes à but non lucratif, ce qui fait que les salles à Montréal, qui sont davantage privées, ont peut-être un peu perdu au change», explique pour sa part Louise Martin, présidente du Réseau indépendant des diffuseurs d'événements artistiques unis (RIDEAU).

Au-delà des considérations économiques qui poussent certains artistes à se produire plus souvent en banlieue, d'autres aspects semblent motiver le choix des salles visitées en tournée.

«J'ai décidé d'aller à La petite église de Saint-Eustache, car j'adore cette salle. Le public mérite de recevoir un artiste et de le voir dans des conditions très intimes. J'ai toujours eu beaucoup de plaisir là-bas. Le volet humain n'est pas à négliger dans tout cela!», rappelle Adib Alkhalidey.

L'humoriste observe d'ailleurs que la clientèle des villes de banlieue est souvent différente de celle de ses spectacles à Montréal. «Les gens qui vivent en banlieue ont pris la décision de s'assurer un certain bien-être. C'est un public orienté vers le plaisir et plus enthousiaste quand il va voir des spectacles», note-t-il.

La banlieue, reine du rodage?

Il est possible de voir la plupart des spectacles d'humour, de variétés ou de chanson francophone en rodage plusieurs mois avant qu'ils ne débarquent à Montréal. Mais existe-t-il vraiment une grande différence entre une production en rodage et un spectacle qui a déjà eu sa première montréalaise?

Damien Robitaille a amorcé sa tournée à La petite église de Saint-Eustache, qui lui a prêté gratuitement la salle pour une semaine afin de répéter, en échange d'un spectacle qui a donné le coup d'envoi à sa tournée, le 17 mars dernier.

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De plus en plus, les salles de banlieue sont les terrains de jeu des humoristes.

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«Techniquement, c'était la première à Saint-Eustache. C'est le même spectacle, mais on aime le roder avant de le présenter aux médias à Montréal. Le spectacle est identique à 90 % en rodage. Parfois on change l'ordre des tounes ou on enlève une chanson qui marche moins bien pour la première », explique Damien Robitaille, avant d'ajouter: «Je suis un perfectionniste, alors je suis continuellement en rodage!»

«Jouer à Montréal, c'est tripant, car tu joues dans la grande ville, devant tes amis. Mais dans mon cas, les billets vont moins se vendre, car il y a tellement de concurrence.»

Camille Poliquin, du duo Milk & Bone, a lancé son premier album solo (sous le nom d'artiste de KROY) et sa tournée le 27 septembre dernier dans une galerie d'art montréalaise transformée pour l'occasion en salle de spectacle.

«Quand on planifie un lancement ou une première, on pense déjà à trouver la bonne salle à Montréal pour avoir le plus de médias possible. On pourrait très bien le faire en banlieue, mais je crois qu'on se couperait de certaines couvertures», explique la jeune femme, qui se produisait à Laval en programme double avec Jesse Mac Cormack, jeudi dernier.

«Quand j'habitais Saint-Lambert, je ne voyais que les spectacles des artistes qui venaient sur la Rive-Sud dans des salles comme le Théâtre de la ville de Longueuil. On a accès au même spectacle, avec deux ou trois fois moins de gens dans la salle, et je trouve ça vraiment le fun

Directrice générale et programmatrice de [co]motion, diffuseur de spectacles à Laval, Julie Perron observe que les artistes sont de plus en plus enclins à effectuer leur première dans la couronne nord.

«À la salle André-Mathieu, on accueille beaucoup d'humoristes en rodage, mais peu font leur première à Laval, contrairement aux artistes de chanson francophone. Renée Martel, Patrick Norman et Mario Pelchat ont osé, et la semaine prochaine, Harry Manx lancera son album et sa tournée chez nous.»

Quinze soirs à Sainte-Thérèse

Le Cabaret BMO de Sainte-Thérèse accueillera cet été pendant 10 soirs le nouveau spectacle de Katherine Levac en rodage, puis celui de Louis-José Houde le temps de 15 représentations. Une manière pour ces artistes de peaufiner leur matériel avant de le présenter dans la métropole.

«On va dans des marchés où la clientèle est plus touristique pendant l'été. Les artistes en profitent parfois pour se prendre un chalet. Le rodage en banlieue permet aussi de rester près de Montréal pour les réunions d'équipe», explique l'agent d'artistes et producteur Benjamin Phaneuf.

Pour sa part, Adib Alkhalidey voit d'un très bon oeil l'idée d'organiser un jour une première médiatique dans une salle de banlieue comme L'Étoile de Brossard ou la salle André-Mathieu de Laval. «C'est une très bonne idée! Surtout que ça se passe vraiment de plus en plus là-bas en humour. Même les Montréalais se déplacent pour pouvoir se garer!», s'amuse-t-il.




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