Corps Intérieur: expérience troublante et voyeuriste

Karina Iraola, Anne LeBeau évoluent dans une ambiance... (Photo fourie par Tangente)

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Karina Iraola, Anne LeBeau évoluent dans une ambiance sensuelle et déroutante.

Photo fourie par Tangente

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Aline Apostolska
La Presse

À l'entrée, une pancarte invite à prendre un vestiaire pour mieux profiter de l'expérience du Corps Intérieur, tandis qu'un message laisse présager que l'espace va être déstructuré, qu'il va falloir circuler, choisir librement ses angles de vue privilégiés, être soi-même en mouvement et non passivement réceptif comme un spectateur ordinaire. Le message prévient même qu'on risque d'être touché, voire de se faire toucher.

Et les promesses sont tenues: en suivant le danseur, mi-humain mi-bête, qui se déplace à quatre pattes entre les spectateurs, parfois en attrapant leur vêtement avec les dents, ou en posant sa tête contre une cuisse pour se faire flatter, on descend au sous-sol comme dans une caverne initiatique, plongé dans l'univers déroutant, sensuel et évocateur de la dernière pièce de David Pressault. Expérience inusitée, portée par six interprètes remarquables (Angie Cheng, Anne LeBeau, David Flewelling, Karina Iraola, Karsten Kroll et Daniel Soulières) dont la présence est d'autant plus impressionnante qu'ils sont tout proches, parfois quasi collés au public. Des interprètes expressifs et généreux de leur personne autant que de leurs corps, de leur enveloppe extérieure à la plastique parfaite, autant que de leurs intériorité exprimée par des mises en scène du rapport à l'autre, de la relation en miroir à soi et à autrui, à soi à travers autrui, des liens entre émotion et représentation, entre le caché et le surexposé. Six interprètes aussi exhibitionnistes que les spectateurs deviennent, du coup, voyeuristes.

 

C'est en même temps une installation multidisciplinaire qui crée une ambiance unique sans laquelle la portée de la pièce ne serait atteinte. Les plasticiens Gareth Bate et Angelo Barsetti ont créé une scénographie étonnante, à plusieurs niveaux entre le sol nu et le plafond de la salle de spectacle, avec des tentures transparentes et des cases de tissu où ont été découpées des ouvertures comme des lorgnettes dans un peep-show par lesquelles on voit des scènes ambiguës et intimes. Des textures dans lesquelles peuvent jouer magiquement les éclairages de Lucie Bazzo, créant un monde chimérique propre au fantasme. L'environnement sonore livré live par Michel F.Côté, entre sons, bruits et feulements, magnétise et déstabilise. C'est une invitation à une expérience totale.

Pressault joue ici sur un clavier de zones troubles, interrogeant ce que nous savons de l'autre, ou ce que nous croyons en savoir à travers ce que nous en voyons. Rien de plus vrai que ce que révèle un corps et en même temps rien de plus faux, ou du moins, de partiel. Car l'être humain se définit justement parce qu'il n'est jamais uniquement celui que l'on voit, la vérité intérieure échappant toujours à ce que l'on voit ou ce que l'on montre. Corps intérieur: une expérience vraiment pas banale.

Corps intérieur, de David Pressault, jusqu'au 31 janvier, 20h30, au Monument-National.

 




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