Minorités culturelles: 61 artistes deviennent mentors

Jérôme Pruneau, Sophie Prégent et Dominique Leduc.... (Photo: David Boily, La Presse)

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Jérôme Pruneau, Sophie Prégent et Dominique Leduc.

Photo: David Boily, La Presse

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Immigrer au Québec comporte son lot de défis en matière d'emploi, ça va de soi. Mais quand on est artiste et qu'on a eu une longue carrière dans son pays d'origine, la transition peut malgré tout être pénible sans l'aide d'un mentor.

C'est ce qu'a constaté Jérôme Pruneau, anthropologue et directeur général de l'organisme Diversité artistique Montréal (DAM), qui veille à inclure les minorités culturelles et les immigrés dans le paysage artistique québécois. Hier, au Conseil des arts de Montréal, il a inauguré un nouveau programme de mentorat, pour lequel 61 artistes reconnus seront jumelés pendant six mois à des artistes professionnels issus de l'immigration.

«L'idée, c'est de transmettre du savoir et de créer des rencontres. Nous ne faisons pas du coaching ou du placement en emploi. Les mentors ne vont pas leur trouver des jobs et ils ne sont pas payés», a résumé le directeur.

Le programme, intitulé Mentorat artistique professionnel (MAP), couvrira le théâtre, la danse, la musique, les arts visuels et le cinéma. Les intéressés ont jusqu'au 28 mai pour soumettre leur candidature. Ensuite, un comité d'experts issu du milieu se réunira pour étudier les dossiers et sélectionner les premiers mentorés.

Fermée, la colonie artistique?

Lorsqu'elle a été élue présidente de l'Union des artistes (UDA), Sophie Prégent a rapidement abordé de front la question du manque d'ouverture de son milieu envers les minorités culturelles. «J'ai souvent dit que notre milieu manquait de diversité. Nous avons au moins dix ans de retard sur Toronto et les États-Unis», a-t-elle réitéré, hier, en marge du lancement du programme MAP.

Pour l'occasion, elle a accepté de devenir mentore pour un comédien issu de l'immigration. «Je peux bien tenir de beaux discours, si je ne donne pas l'exemple, à titre de présidente de l'UDA, ça manque de sincérité», a-t-elle dit.

«Nous vivons en vase clos. Avec ce nouveau programme, nous tentons de nous décloisonner et de nous rencontrer quelque part. Il faut provoquer cette rencontre, sinon les artistes [de souche] et les immigrés évolueront toujours parallèlement. C'est un drame, ce n'est pas ce qu'il faut perpétuer», a ajouté Sophie Prégent.

IsaBelle Paquette croit pour sa part que sa création artistique sera affectée - pour le bien - par les rencontres qu'elle aura avec son mentoré.

«Ce sera un bon moment qui teintera ce que nous deviendrons comme artistes», a dit l'ancienne danseuse soliste des Grands Ballets canadiens.

«Ce projet met en contact des artistes avec des artistes, plutôt que des artistes avec des structures bureaucratiques. C'est la meilleure façon de favoriser l'intégration des artistes issus de la diversité», a de son côté ajouté Dominique Leduc, fondatrice du théâtre Momentum et ancienne présidente du Conseil québécois du théâtre (CQT).

Un problème de financement

À peine né et déjà louangé, le nouveau programme MAP est malgré tout contraint à poursuivre sa quête de financement, en raison de certaines décisions récemment prises par le gouvernement du Québec.

«Notre programme de mentorat va nécessiter tellement de travail et de suivi que je peux créer un poste à temps plein, mais je dois le financer», a expliqué le directeur général de DAM, Jérôme Pruneau.

Pour ce faire, l'organisme a déjà reçu 25 000$ pour un an du Conseil des arts et des lettres du Québec, mais le gros du budget - 49 000$ sur deux ans - provient du Forum jeunesse de l'île de Montréal. Or, cette instance n'existera plus d'ici quelques semaines.

«Le Forum jeunesse a pour objectif de donner une place aux jeunes Montréalais à travers les projets qu'il finance. Cela dit, nous avons appris le 22 avril dernier l'abolition de notre instance pour le gouvernement. Nos investissements se termineront donc le 30 juin», a expliqué Marie-Pierre Tremblay, membre élue pour le secteur culturel au Forum.

«On a reçu pour l'instant 24 000$ de leur part, mais nous ne sommes pas certains qu'on aura le deuxième chèque. Notre recherche de financement est toujours en cours», a ainsi résumé Jérôme Pruneau.

À Montréal...

> 38% de la population est issue de l'immigration;

> 26% des élèves qui étudient dans les écoles publiques sont nés à l'étranger;

> 16% de tous les artistes sont issus de l'immigration

(Source: Conseil des arts de Montréal)

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