Jóhann Jóhannsson: ours multipolaire

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Jóhann Jóhannsson a signé les bandes originales des films Prisoners, Sicario et Arrival de Denis Villeneuve, sans compter la musique (en chantier) de la suite très attendue de Blade Runner. Or, l'univers musical de cet Islandais transplanté à Berlin dépasse largement le corpus cinématographique.

«Je ne me considère pas comme un compositeur de musiques de films. La plupart des compositeurs associés au cinéma qui m'intéressent sont morts», tient à souligner cet homme au débit lent, parfois hésitant, somme toute réfléchi. Au contact de ce costaud personnage, sorte d'ours multipolaire, on a la nette impression qu'il prend le temps de soupeser tout ce qu'il entreprend, y compris les interviews et les appels interurbains.

Avant de causer du concert qu'il présente ce soir à son public de Montréal, Jóhann Jóhannsson accepte de faire la genèse de sa relation avec Denis Villeneuve.

«Pour le film Prisoners, Denis cherchait un compositeur et il avait fait plusieurs écoutes avant de tomber sur ma musique. Il m'a contacté, nous avons pris rendez-vous et voilà, nous avons travaillé ensemble... Ainsi, j'ai d'abord travaillé sur Prisoners, dont la bande originale est la plus proche de mes compositions antérieures à notre rencontre. Nous avons tous deux beaucoup apprécié cette première expérience.»

Le compositeur affirme avoir développé depuis une relation très organique avec Denis Villeneuve.

«Pour Sicario, raconte-t-il en guise d'exemple, il voulait une musique souterraine, émanant des entrailles de la Terre. Nous n'avions pas à discuter longuement une fois le son initial trouvé, ce qui n'a pas exclu une étroite collaboration. Pour le film Arrival, j'avais écrit le thème principal avant que le tournage démarre. Au départ, c'est très instinctif et c'est suivi d'un long processus de création.»

Vers Blade Runner 2049

Jóhann Jóhannsson s'estime très chanceux d'avoir participé aux projets audiovisuels du cinéaste québécois qu'il estime d'un haut niveau.

«Nous avons mis en place une façon de faire qui fonctionne très bien, renchérit-il. Il y a très peu d'interférence en cours de création; je ne reçois jamais de commentaires de quiconque, sauf de Denis. Il y a une continuité entre les musiques de ses films sur lesquels j'ai travaillé, mais chacun a son approche spécifique, ses exigences propres.»

La collaboration la plus cruciale entre Jóhann Jóhannsson et Denis Villeneuve pourrait bien s'avérer le film Blade Runner. La suite de ce classique de la science-fiction réalisé par Ridley Scott et dont la bande originale avait été composée par Vangelis représente un défi colossal.

«Tous ceux qui travaillent de près sur ce remake sont très conscients du legs du film originel. Je suis personnellement un fan fini du premier Blade Runner, et je sais aussi que tant de cinéphiles le sont. Nous travaillons sous haute pression dans ce contexte, mais cela ne nuit pas.»

«Je n'utiliserais pas le mot "danger" pour résumer ce projet; je préfère de loin le mot "défi. Et puisque j'aime les défis et la pression, je suis d'autant plus motivé.»

Un concert autour d'Orphée

Avant de retourner à ce vaste chantier, Jóhann Jóhannsson vient défendre la musique de l'album Orphée, qui vient de paraître chez Deutsche Grammophon - la bande originale du film Arrival sortira d'ailleurs sous cette prestigieuse étiquette.

«Sans avoir d'échéances strictes, j'y ai travaillé depuis 2009 tout en menant d'autres projets de front, explique notre interviewé. J'ai soigné ce jardin dont les pousses ont lentement émergé de terre. Avec le temps, les idées musicales d'Orphée sont devenues autonomes. Lentement, j'ai enregistré les différentes parties de l'affaire: j'ai écrit pour quatuor à cordes, pour orgue, pour piano, pour violoncelle, etc. J'ai ensuite réarrangé cette musique pour l'ensemble avec lequel je tourne actuellement, sans compter certaines pièces de mes albums antérieurs.»

Sur scène, il joue du piano et des claviers et est accompagné d'un quintette à cordes dont certains membres peuvent aussi jouer des claviers et d'autres instruments, tel le glockenspiel. Des éléments de musique électronique étoffent le son d'ensemble.

Références à toutes les époques de la musique occidentale (du baroque au minimalisme contemporain), ouverture aux musiques expérimentales, inclination à l'avant-rock, au drone ou à l'électro: à l'évidence, l'éclectisme de Jóhann Jóhannsson le sert fort bien. En témoignent déjà 16 opus y compris ses bandes originales, dont une a été honorée d'un Golden Globe - The Theory of Everything de James Marsh.

«Je n'ai pas peur de mélanger les genres, de souder des influences de sources apparemment incompatibles. Tout ça ne constitue qu'un seul univers sonore.»

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À la Cinquième Salle de la Place des Arts ce soir, 20 h, dans le cadre de la série Jazz à l'année du FIJM.

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